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20 avr. 06

Les actualité du 20 avril 1906

Mort tragique de Monsieur Pierre Curie

pierre-curie

Paris a été attristé, hier, — et toute la France le sera également aujourd'hui, — par un bien douloureux événement, M. Pierre Curie, l'illustre chimiste à qui l'on doit la découverte du radium, a péri tragiquement dans les circonstances suivantes :

Il était trois heures moins dix minutes environ. M. Curie, qui avait déjeuné chez un professeur de ses amis, M. Perrin, en compagnie de plusieurs de ses collègues, venait de sortir de la librairie Gauthier-Villars, quai des Grands-Augustins. Arrivé à l'angle de la rue Dauphine, il voulut traverser la chaussée pour gagner le quai Conti qui forme le prolongement de celui des Grands-Augustins. A cet endroit, la circulation est actuellement très difficile. Beaucoup de cochers et de conducteurs de véhicules préfèrent effectuer un détour plutôt que de passer par la place Saint-Michel, complètement bouleversée par les travaux du Métropolitain.

Un fiacre passait, se dirigeant vers le Pont-Neuf. M. Curie, qui avait quitté le trottoir, après s'être arrêté quelques secondes à peine, le devança et courut pour gagner le trottoir opposé. C'est alors qu'il alla se jeter dans le cheval de gauche d'un lourd camion à quatre roues chargé de papier qui venait de s'engager dans la rue Dauphine. L'attelage allait au pas. L'infortuné savant glissa sur le macadam mouillé; il perdit l'équilibre et roula sous les pieds des chevaux. D'un mouvement instinctif, le charretier, qui était sur son siège et avait vu l'accident, tira sur les rênes pour arrêter ses deux bêtes. Ayant ramené a lui avec plus de vigueur la guide de gauche, l'avant-train du camion obliqua légèrement, pas assez cependant, car l'une des roues de derrière vint heurter la tête de l'illustre chimiste, quelle broya en partie.

De toutes parts on accourut. Hélas ! il était trop tard : M. Curie avait cessé de vivre. Un cantonnier, M. Louis Fauvel, et un gardien de la paix relevèrent son corps et le transportèrent sur une civière à la pharmacie Laboureur, quai Conti, où deux médecins, les docteurs Drouet et Veillard ne purent que constater la mort. M. Rebondin, commissaire de police du quartier de la Monnaie, et son secrétaire, M. Bénézech, arrivèrent à leur tour, et leur premier soin fut de fouiller les poches de la redingote du défunt pour y découvrir des papiers permettant d'établir son identité. On juge de leur stupéfaction quand, dans un portefeuille, ils trouvèrent un coupe-files, une carte d'électeur et des cartes de visite nu nom de M. pierre Curie.

Comme il n'était fait mention d'aucune des qualités que ce nom évoquait dans leur esprit, ils dépêchaient un agent à la Faculté des sciences. Un quart d'heure plus tard, ils ne pouvaient plus douter : un appariteur, M. Pierre Clerc, reconnaissait le savant professeur dans la victime de l'accident de la rue Dauphine. Le cadavre fut alors transporté au poste de police du quartier, rue des Grands-Augustins.

Il restait à prévenir Mme Curie, qui était allée passer la journée à Fonlenay-aux-Roses avec ses deux petites filles du malheur qui venait de la frapper. C'est M. Appell, accompagné de M. Gillet et de M. Bénézech, qui se chargea d'accomplir cette pénible démarche. Quand, à six heures, il arrriva à la petite maison du boulevard Kellermamn, où habitait le célèbre chimiste, Mme Curie n'était pas encore de retour. Le doyen de la Faculté des sciences fut reçu par le père de M. Curie, ancien médecin, auquel il annonça la nouvelle avec tous les ménagements possibles.

A sept heures, Mme Curie, qui avait été rappelée par dépêche, sous un prétexte quelconque, était informée du tragique événement de l'après-midi. Pendant toute la soirée, elle est restée en proie à une surexcitation nerveuse très violente, et cet état n'est pas sans causer une vive inquiétude à son entourage. Sur sa demande, le corps de son mari a été ramené, dans la soirée, au numéro 108 du boulevard Kellermann. Elle s'est formellement opposée à ce que l'on procédât à l'autopsie, opération parfaitement inutile d ailleurs, les causes de la mort n'étant que trop connues. La date des obsèques n'est pas encore fixée.

Le Petit Parisien – 20 avril 1906


EN BREF

Paquebot

Le paquebot la Provence. — Hier a eu lieu au Havre l'inauguration du nouveau paquebot transatlantique la Provence. La Compagnie générale transatlantique avait convié à cette cérémonie un certain nombre de notabilités du monde officiel et du monde maritime. Un dîner leur a été offert sur le paquebot. Des discours ont été prononcés par M. Charles-Roux, président de la compagnie ; MM. Joannès Couvert, président de la chambre de commerce du Havre ; Maillard, maire du Havre ; Tréfeu, directeur de la marine marchande et représentant le ministre de la marine. Ce dîner a été suivi d'un bal auquel ont assisté un grand nombre de Havrais. Le Temps – 20 avril 1906

La catastrophe de Courrières - Lens — Hier, à onze heures, quatre sauveteurs, étaient descendus, par la fosse n°4 , à Sallaumines pour explorer des quartiers non encore visités par suite des éboulements. Ils ont constaté bientôt la présence d'une grande quantité d'oxide de carbone, et l'air devenant de plus en plus irrespirable, ils ont revêtu leurs appareils respiratoires, mais l'un d'eux fonctionnant mal, l'ouvrier qui s'en servait est tombé bientôt asphyxié. Ses camarades l'ont emporté à l'accrochage et l'ont remonté au jour où, malgré les soins empressés; il est mort au bout d'une heure.Les sapeurs-pompiers de Paris occupés comme sauveteurs à la fosse de Billy-Montigny, sont retournés à Paris ce matin, l'incendie dans le fond étant éteint. Le Figaro – 20 avril 1906

Grève générale à Lorient — La grève générale a été déclarée par toutes les corporations ouvrières de Lorient. Ce matin, dès là première heure, les chantiers, les usines et les quais du port de commerce étaient gardés militairement. A la sortie des tramways électriques, mille grévistes, massés devant l'usine, ont empêché les voitures d'avancer. Menacés, bousculés et frappés, les wattmen et les receveurs, terrifiés, se sont joints aux grévistes. Malgré les mesures d'ordre prises par les autorités, plusieurs incidents assez sérieux se sont produits. Des voitures ont été renversées et brisées. Les grévistes parcourent la ville en cortège, conspuent les patrons, menacent les usines. Dans diverses réunions tenues dans l'après-midi, les ouvriers ont préconisé la grève à outrance. Par ordre du préfet maritime, les troupes sont consignées. Le chômage est complet partout. Le préfet du Morbihan est arrivé à Lorient. Il examine la situation des employés de commerce qui ont manifesté l'intention de prendre part au mouvement gréviste. D'autre part, les grévistes ayant déclaré que demain ils empêcheraient les facteurs d'effectuer leur service, le receveur des postes en a référé au sous-préfet, en le priant de faire accompagner les facteurs par des gendarmes. Le Figaro – 20 avril 1906


Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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