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29 mai 07

Les actualité du 29 mai 1907

Lancement verité

Lancement réussi du Cuirassé la Vérité

Bordeaux, 28 mai — Malgré l'épais brouillard, très gênant pour les amateurs photographes, tout Bordeaux était debout dès quatre heures, ce matin, et chacun, choisissant un véhicule à sa guise, se rendait à Lormont, où l'on lançait, à six heures, par une très forte marée, le dernier cuirassé de 15,000 tonnes (exactement 14,865) du programme naval de 1900. La Vérité présentait cette particularité qu'elle allait être lancée avec ses machines, ses chaudières, ses cuirassements, ses tourelles et même ses deux mâts militaires, n'ayant plus ainsi à recevoir que ses canons.

Le lancement en Garonne des 12,000 tonnes actuelles de la Vérité avait donc grand intérêt, d'autant plus que, si c'était la première fois qu'un navire de cette importance allait être lancé dans cet état d'achèvement, c'était aussi la dernière. L'expérience offre, en réalité, divers inconvénients auxquels tous songeaient ce matin, au moment où l'on débarrassait le navire de ses dernières épontilles. Le poids de ces tourelles, de cette cuirasse, portant sur les tôles du fond, après l'enlèvement des accores, n'allait-il pas provoquer des affaissements ? Le navire, entraîné par son énorme poids, n'allait-il pas acquérir une trop grande vitesse ? Si un retard se produisait, la hauteur d'eau n'étant plus tout à fait celle prévue, le cuirassé n'allait-il pas, à son entrée dans le fleuve, saluer ou cabaner ?

Déjà lorsque, au même endroit, fut lancé le Kleber avec un poids des deux tiers plus faible, on avait constaté bien dés inconvénients. L'expérience ne sera plus renouvelée, et l'on aura raison. Un bassin à flot va être construit à côté des chantiers de Lormont, et l'on y terminera, plutôt que de l'achever sur cale, le futur cuirassé Vergniaud, de 18,400 tonnes, qui est inscrit à notre programme de 1906.

Disons bien vite que rien de ce que l'on pouvait craindre ne s'est produit. Ses feux allumés, sifflant, lançant des panaches de fumée, la Vérité a pris, à six heures et demie, possession de son élément, et il n'y a à noter qu'un incident qui, certainement, est resté inaperçu de la plupart, mais qui eût pu être sérieux. Lorsque les premiers craquements se firent entendre, les hésitations du navire à quitter sa cale furent plus longues que d'ordinaire. Jamais un navire, même de poids plus faible, ne parcourut si lentement la fin du trajet de sa cale jusqu'à l'eau : la Vérité emportait sous elle son chemin glissant tout entier ! Ce n'est pas sur le suif, que l'on avait mis en abondance (12.000 kilos), sur les glissières que filait le navire, mais bien sur du bois sec, tout simplement, et il est fort heureux qu'il ait glissé dès le début avec une assez jolie vitesse, car cette vitesse ne s'est pas accrue au dernier moment, ce qui, dans ces conditions, aurait pu faire craindre un arrêt en route.

Voilà donc la Vérité prête à faire ses essais. M. le capitaine de vaisseau Bouxin, qui a suivi son achèvement, va la conduire à Brest, dans ce but, vers la fin de juillet. La construction de notre nouvelle unité, destinée, avec toutes celles du même type, à constituer deux divisions homogènes de notre escadre de la Méditerranée, a subi quelques retards, par suite des modifications ordonnées depuis l'ordre de mise en chantier. Elle n'en est pas moins réussie, et c'est avec raison que M. Gaston Thomson, en remettant la croix d'officier de la Légion d'honneur à M. Baron, directeur des chantiers de construction, l'a félicité au nom du gouvernement et, dans une courte allocution fort applaudie, a fait l'éloge de la construction navale française.

Le Matin – 29 mai 1907


EN BREF

Une sexagénaire prétend à la main du kronprinz - Strasbourg, 28 mai — Le fils aîné de Guillaume II, le kronprinz, vient de faire un héritage de 40,000 francs d'une façon plutôt bizarre. Au village de Gorze mourait, ces jours derniers, une veuve de 66 ans, nommée Clotilde Larchez. En procédant hier à l'ouverture du testament de la défunte, le notaire ne fut pas peu surpris de constater qu'il contenait une lettre d'amour portant l'adresse du kronprinz dans un style des plus ardents. Clothilde Larchez demandait au prince de lui donner son cœur ; en retour, elle l'institue son légataire universel. Il va de soi que le kronprinz ne prétendra nullement à cet héritage, d'autant plus qu'il a disposé de son cœur, et cela depuis longtemps déjà. Le Matin – 29 mai 1907

Drame dans un commissariat - Lille, 26 mai. — Un drame sanglant s'est déroulé mardi matin à Roncq, petite commune des environs de Tourcoing, sur la frontière franco-belge. Le commissaire de police avait convoqué a son bureau un nommé Leva, peintre, qui, pris de boisson, lui répondit sans aménité. Le commissaire voulut le mettre dehors et appelar à son aide un douanier, Léon Salez, vingt-cinq ans. Leva et le douanier se colletèrent. A ce moment, arrivait la mère du jeune homme et ses enfants. Le douanier, se voyant entouré, sortit son revolver. Trois détonations retentirent. On vit alors Mme Leva s'affaisser. Elle avait reçu une balle dans le côté droit. Le projectile avait perforé le poumon, et elle expirait quelques instants après. La balle qui venait d'atteindre la malheureuse, après avoir traversé le corps, alla frapper par ricochet Jules Dervaux, gendre de la victime, qui fut blessé au côté droit de l'abdomen, sans gravité. Le douanier prétend avoir voulu tirer en l'air. Il a été arrêté. Le Matin – 29 mai 1907

Des coloniaux mettent un village à sac - Toulon, 28 mai — Le passage du 22e régiment d'infanterie coloniale, caserné à Hyères, dans la petite localité de Belgentier, a causé de vifs incidents, qui pourraient avoir des suites graves, étant donné l'état de surexcitation des habitants de cette localité. Les soldats ont mis à sac un café et blessé de nombreux consommateurs, et il a fallu que les officiers, à la tête d'un piquet non indiscipliné, vinssent mettre fin aux exactions des coloniaux. Dans la nuit, de nombreux vols de poules, de lapins, de fruits et de légumes ont été commis, et le feu a été mis à plusieurs meules de paille à proximité du village, qui menaçait de devenir ainsi la proie des flammes. Les habitants de Belgentier sont indignés et ont adressé au maire de nombreuses plaintes pour qu'elles soient transmises a l'autorité militaire. Le Matin – 29 mai 1907

Poursuivi par la fatalité - Il y a deux ans, M. Fourdrivier, âgé de cinquante-cinq ans, habitant rue de l'Etoile, était victime d'un accident d'automobile et assez sérieusement blessé. Il actionna le mécanicien qui l'avait renversé et le procès en dommages et intérêts, engagé par lui, était pendant devant le tribunal civil de la Seine. Hier, ce procès, qui devait être appelé, pour jugement, fut remis à huitaine et M. Fourdrivier, qui était venu au Palais de Justice, en sortait vers cinq heures. Au moment où le plaideur descendait sur la chaussée, le chasseur d'un café, monté à bicyclette, arriva sur lui et le jeta à terre. M. Fourdrivier tomba si malheureusement sur la bordure du trottoir qu'il se fractura le crâne ; il est mort quelques instants après à l'Hôtel-Dieu, où il avait été transporté. Le Petit Journal – 29 mai 1907


Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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