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01 janv. 08

Les actualités du 1er janvier 1908

Mort du Garde des Sceaux en plein Sénat

guyot dessaigne

PolitiqueUn dramatique incident a vivement ému le Sénat hier matin. A dix heures précises, la première séance venait d'être levée, après le vote d'une enquête sur les liquidateurs de congrégations, et les sénateurs se disséminaient, comme d'habitude, dans les couloirs. Un assez grand nombre se. dirigeaient vers la salle des Conférences. Au moment d'y pénétrer, M. Guyot-Dessaigne croisa M. Le Provost de Launay, qui l'avait loué, à la tribune, pour la publication du rapport sur la liquidation des biens congréganistes, et lui dit : Je vous remercie, monsieur le sénateur, des paroles que vous avez prononcées et je tiens à vous donner l'assurance que j'en suis très touché. Monsieur le garde des sceaux, répondit M. Le Provost de Launay, si je suis votre adversaire politique, je ne vous en considère pas moins comme un honnête homme.

Les interlocuteurs se séparèrent. sur ces mots, et M. Guyot-Dessaigne avait fait à peine trois ou quatre pas dans la salle des Conférences lorsqu'il saisit le bras de son chef de cabinet qui marchait à sa droite; Soutenez-moi, murmura-t-il, je tombe, je... et il s'affaissa. M. Dominique Dalahaye, qui se trouvait devant lui, se retourna, frappé de la caractéristique altération des traits du ministre, et s'écria: Vite, un médecin ! M. Guyot-Dessaigne se meurt !

Quelques amis du garde des sceaux disaient, au contraire : Mais non ! Mais non ! II est sujet à ce-genre d'indisposition. Cependant, des huissiers relevaient le ministre et le portaient sur un canapé, où les sénateurs médecins Reymond, Borne, Bataille et plusieurs autres procédèrent aux tentatives habituelles en semblable occurrence. Soins inutiles. M. Guyot-Dessaigne était mort, foudroyé par un arrêt du cœur ou la rupture d'un anévrisme.

J'avais remarqué dans une tribune la présence d'un ecclésiastique, veut bien me dire M. Dominique Delahaye. Je courus, espérant le retrouver ; mais il avait déjà, m'a-t-on dit, quitté le Luxembourg. A la réflexion, je me suis demandé comment aurait été reçu un prêtre dans ce milieu de sectaires et de francs-maçons...Enfin, j'ai essayé de remplir mon devoir de catholique.

La mort constatée, on alla chercher un brancard, sur lequel le corps a été descendu au rez-de-chaussée. L'acte de décès a été dressé par M. Rajaud, commissaire le police du quartier de l'Odéon. La levée du corps a été faite en présence des questeurs. A une heure et demie, la dépouille mortelle a été transportée 1, square du Roule, domicile particulier du ministre. Le corps de M. Guyot-Dessaigne est exposé dans la chambre qu'il occupait à côté de celle de sa femme qui, atteinte d'une grave maladie, est alitée depuis plusieurs mois.

Aussitôt informé du décès de son collègue, M. Clemenceau s'est rendu à l'Élysée pour conférer, avec le président de la république : il a été convenu que les réceptions officielles du nouvel an seraient supprimées. Au Palais, toutes les audiences civiles ont été levées en signe de deuil.

Par une coïncidence singulière, M. Guyot-Dessaigne meurt presque à l'anniversaire du jour de sa naissance : 26 décembre 1833. Ce ministre radical appartenait à une vieille famille Conservatrice du Puy-de-Dôme. Son père était député de ce département sous la monarchie de juillet. Son frère était, on se le rappelle, un ami du prince Napoléon. Lui-même, procureur impérial à Issoire, puis avocat général à Riom, trouvait — sous l'Empire — que le climat de la Nouvelle-Calédonie était trop doux pour les républicains. Il proposait de les envoyer à la Guyane !

Depuis, il avait été en 1885, député de la concentration républicaine du Puy-de-Dôme, puis ministre des travaux publics dans le cabinet Léon Bourgeois. La vie parlementaire est ainsi faite que, la mort du garde des sceaux à peine connue, on s'occupait dans les couloirs des deux Chambres, du choix de son successeur. On prononçait les noms de MM. Jean Dupuy et Monis, sénateurs ; mais le plus probable reste celui de M. Cruppi, président de la gauche radicale — c'est à ce fauteuil que M. Clemenceau fut chercher M. Guyot-Dessaigne — et de la commission de la réforme judiciaire : ce qui lui constitue, aux yeux de ses collègues, un double titre pour une candidature à la justice.

Aussi bien a-t-on établi dans les combinaisons ministérielles, une sorte de proportionnalité entre députés et sénateurs ; or, M. Guyot-Dessaigne étant député, c'est sans doute à un membre de la majorité du Palais-Bourbon que sera réservé, l'héritage de son portefeuille. Aucun choix ne sera fait avant des obsèques.

Le Gaulois – 1er janvier 1908


EN BREF

En ramassant un lapin abattu un chasseur est tué par son chien - Dreux, 31 décembre - Un cultivateur, habitant le hameau de Lasalle, commune du Mesnil-Thomas, M. Létang, avait été invité, hier, par un de ses amis à chasser sur le territoire de la commune de Crucey. A un moment donné, d'un coup de fusil, M. Létang tua un lapin. Il courut, suivi de son chien, pour ramasser le gibier, mais il oublia de décharger son arme. Comme il se baissait pour prendre le lapin, son chien, en sautant vers le gibier, fit partir le second coup de fusil. La charge atteignant le chasseur en pleine poitrine le tua net. C'était la première année que M. Létang s'adonnait au sport cynégétique. Le Petit Parisien – 1er janvier 1908

It

Une explosion à la bourse de Rome – 12 blessés - Une grave explosion s'est, produite, à. la Bourse, cet après-midi, à trois heures quarante-cinq. C'est une fuite de gaz qui l'a causée. Tandis qu'on procédait aux opérations de liquidation de fin de mois, on a entendu, tout à coup, une terrible détonation. Les vitraux de la toiture de la salle centrale sont tombés, par morceaux, sur les personnes qui s'y trouvaient, en grand nombre, et dont douze ont été blessées plus ou moins grièvement. Les portes ont été arrachées. Un coin de la salle menaçant de s'écrouler, les pompiers, aidés des hommes de troupes et des agents de police, ont aussitôt entrepris un travail de déblaiement et d'étayement. Douze personnes ont été blessées. Les blessés ont été transportés à l'hôpital Saint-Jacques. Le ministre des postes, M. Schanzer, est allé visiter les blessés. Aucun agent de change n'a été blessé. Les chambres de compensation sont intactes et, par suite, les valeurs sont indemnes. L'accident a causé une émotion énorme sur la place Colonna, où, durant toute la soirée se sont pressés de nombreux curieux. Le Petit Journal – 1er janvier 1908

Eglise enneigée

ClimatLa neige en Normandie - On nous mande de Caen que la neige est tombée en grande abondance sur la région normande. Entre Caen et Lisieux notamment, les fils télégraphiques ont été rompus et les communications arrêtées dimanche, n'ont été rétablies que lundi vers dix heures du matin. A Caen la rupture des fils a momentanément interrompu le service des tramways électriques. Lundi soir le dégel commençait, mais le vent froid semblait devoir persister. Le Temps – 1er janvier 1908


Posté par Ichtos à 11:29 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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