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15 août 08

Récit de la Bataille

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09 H 12 Claquements précipités. Une grêle de balles taillade le parapet et nous arrose de terre…Mes hommes se dévisagent. L'un d'eux crie "Tu vois bien qu'il y a encore des mitrailleuses!" et le voisin de beugler "Non, mais, quoi, t'as déjà vu des attaques sans mitrailleuses !".

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09 H 15 Ils doivent sortir, on va les voir.

09 H 16 Rien

09 H 17 Rien encore Le commandant essuyait nerveusement les verres de ses jumelles. Une voix étranglée articule soudain près de moi: « Ça y est, ils sont partis ». Dans le paysage terne et mouillé, nos fantassins sortaient des tranchées. On apercevait distinctement une grande masse de tout petits hommes qui montaient la pente lentement, serrés les uns contre les autres, semblable à un curieux troupeau dont le front ondoyant et allongé progresse avec tranquillité.On les voyait se séparer en colonnes pour franchir sous le barrage ennemi faiblement déclenché les brèches dans les fils de fer. Ils avançaient avec précaution, leurs silhouettes se profilaient sur la crête, puis ils disparaissaient sur l'autre versant. Une deuxième vague succède à la première puis une troisième à la seconde.

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09 H 15 "Mes amis, en avant". La ligne s'est déployée face aux tranchées allemandes…Dans la plaine, je suis dans la plaine dressé tout debout sur ce champ de mort et j'écrase sous mes talons les débris de quatre cents jours de bataille. A travers les clameurs, les balles et les obus, je marche comme un dément chassé par le fouet des Furies. Je tourne la tête à gauche: une marée humaine…des vagues bleues jusqu'aux horizons. Malgré le tourbillon d'images qui me tiraillent dans tous les sens, je cours fasciné par la vision grandiose. Ces vagues bleues déferlent,

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s'incurvent, se gonflent et parfois explosent en gerbes blanches comme des flots sur un écueil.

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A 9 h 15 le bombardement s'exaspéra, et toute la ligne des bois derrière nous fut une traînée de feu; l'ordre circula de mettre baïonnette au canon, et au coup de sifflet la section franchit le parapet. D'un pas rapide elle s'élança vers la ligne allemande nettement marquée par une ligne blanche de terre remuée (tranchée d'Iéna). Les réseaux de fil de fer avaient en partie disparu; des mitrailleuses Maxim crépitaient dans le bois à droite, sans nous atteindre. Mais les fusants éclataient nombreux sur notre tête, et Daydé qui les redoutait particulièrement ne tarda pas à recevoir un éclat qui lui perfora le ventre et lui fit pousser des cris déchirants.


JMO

A 9 H 15, le régiment se lance à l'assaut sans une hésitation, avec un enthousiasme émouvant et un élan irrésistible.

La triple tranchée de première ligne allemande est enlevée d'emblée, avant que le résistance ait eu le temps d'être organisée. Cependant, dès l'apparition de la première vague, un certain nombre de tireurs et de mitrailleuses lourdes réussissent à ouvrir le feu. Le tir est relativement peu nourri, mais ajusté.

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Mais soudain, contre cet emportement qui semble irrésistible, un brise-lame surgit: le Fortin ! La houle majestueuse se disloque, reflue et devant cette digue imprévue, une crique bleue s'arrondit. Au même instant siffle derrière nous un vent strident qui nous pousse en avant "Baissez-vous, le Fortin nous tire dans le dos…et rapidement sur les Dardanelles !"

Une course de vitesse et mes hommes s'y engouffrent. Des mausers fracassés, des cadavres à demi enfouis: plus de vivants Les parapets fustigés par des centaines de knouts claquent, piaulent, gémissent. Dans une brèche de fumée, un homme hagard en colimaçon, le coude levé, cherche à voir d'ou vient l'ouragan. Un autre que je ne vois pas vocifère: "Y a trop de moulins !".

Devant moi, les deux premières vagues ont débordé la troisième tranchée et submergent le ravin de la goutte. Elles moutonnent déjà sous les fusants…et cependant, heureuses vagues, elles ont marché à l'abri de nos colonnes de feu et de nuée et ont surpris un ennemi qui ne les voyait pas.

"En avant les amis, à toutes jambes sur Marmara". Quarante pas et nous franchissons la deuxième tranchée allemande qui semble aussi anéantie que la première. En face et à gauche, le brouillard crépite continuellement. Un parapet hérissé de bustes gris darde des flèches de fumée et des flammes aiguës. A quelques mètres, nos petits soldats chavirent dans une tornade. "En avant mes amis, en avant !". Ployés en deux, haletants, la tête dans les épaules comme sous la grêle, ils galopent, livides…. Nous nous précipitons dans un feu dévorant.

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La première ligne ennemie franchie, nous tombâmes dans un enchevêtrement de boyaux défoncés, de barbelés arrachés et emmêlés, de trous d'obus qui se confondaient, de chevaux de frise déplacés, où la marche devint lente et pénible. Et toujours les fusants qui éclataient en déchirements métalliques . Et partout les épaves diverses du champ de, bataille : des casques d'acier, fusils Mauser et cartouchières abandonnés sur le revers de la tranchée ou du trou d'obus, mitrailleuses fracassées dont le canon était dressé ou bien piqué en terre, toiles de tente déchirées et sanglantes, sacs à terre éventrés, sapes défoncées et croulantes, etc...

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Ici un Boche gisait près d'une flaque de sang noirâtre qui s'écoulait de sa cuisse arrachée; là un autre était étendu face contre terre. Un blessé était assis à un tournant de boyau, tête baissée, et de ses yeux vitreux regardait ses jambes qui n'avaient plus de pied !

Des prisonniers, par groupes de trois ou quatre, désemparés et hagards, nous saluaient au passage: "Messié! Kamerad Franzouz!" et, les bras levés, se hâtaient vers l'arrière. La plupart étaient tête nue, la longue capote vert-gris leur descendant jusqu'aux talons. Sales et crottés, on devinait que depuis plusieurs jours ils avaient sous le bombardement rampé dans le fond des tranchées bouleversées, et la pluie qui tombait depuis une heure les avait transformés en paquets de boue.

Du Bois Sabot que nous longions il ne restait plus que des arbres déchiquetés, des souches arrachées, où la progression des autres bataillons était encore plus dure, Des nids de mitrailleuses avaient échappé au bombardement, et leur tac-tac incessant obligeait les assaillants à avancer courbés et à se jeter d'un trou d'obus dans l'autre. Marche harassante parmi les barbelés qui vous oppressent la poitrine, les fusants qui déchirent l'air et vous plaquent au sol.

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A l'aube du 25 septembre, je constate que j'ai dormi malgré le feu de l'artillerie qui roule sans interruption. Vers l0 h, une accalmie se produit, puis notre sentinelle donne l'alerte. Nous nous précipitons dehors et constatons que les troupes françaises forment des lignes de tirailleurs sur la montagne de craie dans notre arrière et se dirigent vers nous pour nous prendre à revers. Nous sommes donc encerclés et nous trouvons devant l'unique alternative envisageable: ou bien nous défendre jusqu'à la mort ou bien nous rendre sans plus tarder. Le Commandant de notre le bataillon décide de riposter et donne l'ordre d'ouvrir feu sur les troupes qui se trouvent dans notre dos. Nous nous posons avec angoisse la question de savoir comment les troupes françaises sont parvenues jusqu'à nos positions de réserve sans passer à travers nos tranchées et pendant le pilonnage de nos positions par leur artillerie. En réalité, l'artillerie française avait cessé le feu seulement àSimont - Battle 006certains endroits, là où la résistance avait déjà été très faible les jours précédents. Tout en maintenant le tir sur les autres secteurs, les troupes françaises étaient alors passées, en colonnes et même avec la cavalerie, à travers les brèches ainsi faites et s'étaient avancées jusqu'à nos positions de réserve. Ainsi avaient-elles encerclé les autres secteurs du front qui n'avaient pas été attaqués de face. Notre situation menaçait de devenir tragique d'un instant à l'autre. Convenait-il de tirer jusqu'au dernier moment et de se faire tuer ou valait-il mieux se rendre en temps voulu? Le Commandant, officier de carrière, ne voulut pas sacrifier ses soldats. Bien que, 4 jours auparavant, ayant envoyé un message au Quartier Général pour dire que notre position devenait intenable et demander l'autorisation d'évacuer les troupes, et ayant reçu une réponse négative, il décida de se rendre. Il nous intima donc l'ordre d'arrêter les tirs, de rendre nos fusils inutilisables en ayant soin de jeter le fermoir des chargeurs, de quitter nos casques et nos ceintures garnies de munitions et de mettre notre manteau.


JMO

Le feu de l'ennemi cause au régiment des pertes sensibles sans toutefois ralentir son élan. La 1ere et la 3e section de mitrailleuses subissent elles aussi quelques pertes.

La tranchée de la Shafthouse, les bois e, f, g, h sont traversés sans qu'on y rencontre d'obstacles sérieux. Mais, à ce moment, notre artillerie commence à tirer trop court. Les unités subissent de ce fait quelques pertes. Il est 9 H 40.

Les observateurs ne voient ni directement la progression de notre première ligne, ni les signaux constamment répétés de nos signaleurs. La brume à empêché les aviateurs de sortir.

Ordre est donné par le lieutenant-colonel de ralentir pour permettre à l'artillerie d'allonger son tir et de remettre de l'ordre.

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Après avoir traversé la tranchée d'York, et sur l'ordre du colonel, les unités s'arrêtent un instant pour remettre de l'ordre et reprennent leur marche sur les bois g et h où elles pénètrent sans difficulté.

Puis elles gravissent la croupe du bois du Paon vers 10 H 00. A mi pente, le bataillon, par suite de tir trop court de notre artillerie est obligé de marquer un certain temps d'arrêt après lequel il s'engage à travers le bois du Paon.

La traversée du bois du Paon amène la prise de plusieurs pièces d'artillerie allemande. A droite, la 11e compagnie prend une pièce de gros calibre.

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A la sortie du bois du Paon, nouvel arrêt du bataillon (environ ½ heure) par suite de tir trop court de notre 75. A la reprise de la marche, le bataillon se porte en avant dans la formation suivante: 3 compagnies en première vague, 11e à droite se dirigeant vers las batteries 5582-5985. La descente dans le ravin s'exécute rapidement et sans incident.

Arrivés au fond du ravin marqué par la route Tahure-Souain, les compagnies se portent: 11e et 12e en ligne sur les bois au sud du bois 151, 9e et 10e à l'Est de ces bois le long de la voie ferrée.

   

Posté par Ichtos à 17:14 - Le parcours du sergent Feuchot 1914/1915 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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