CPA Scans

Collection de cartes postales anciennes numérisées en haute définition. Actualités d'époque. Histoires insolites.

01 sept. 08

Veillée d'armes

<p><p>BATAILLE DE CHAMPAGNE</p></p>

Dès le 23 septembre au soir, le service météorologique signale que le temps semble devoir changer. De fait, dans la nuit du 24 au 25, il pleut abondamment. Néanmoins, l'attaque n'est pas décommandée.

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Vient la troisième nuit des bombardements qui durent maintenant depuis près de 60 heures. L'atmosphère de notre abri est lourde et presque irrespirable. Le moral est très bas. L'un de nous "craque" et se met à pleurer et à hurler.. Il nous faut le gifler pour le calmer.

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Depuis deux jours on ne sait plus ou donner de la tête, l’attaque est pour demain matin. Samedi au jour, c’est notre bataillon qui attaque ; depuis deux jours, nous avons un bombardement terrible, nous montons ce soir pour l’attaque. Ce matin, nous avons passé la revue du général de brigade, présentation du drapeau, pas de charge, etc.… Le colon nous a fait un discours d’imbécile comme toujours. Nos sacs sont a2_tranchee_de_premiere_ligne_en_Champagne_1915vides, nous n’avons plus de linge, que seulement : deux mouchoirs, une serviette, mais j’ai mis une paire de chaussettes et tous mes mouchoirs. Au moins, si je suis blessé, cela me servira. Nous n’avons plus de veste ni de couvertures, plus rien ! Heureusement que j’ai toujours gardé le petit gilet de laine de Sens. Dans le sac, nous avons deux sacs pour mettre de la terre, la toile de tente et 4 jours de vivres, biscuits, sucre, café, boîte de thon, sardines, singe, potage salé et voilà tout. Nous avons un bidon en plus, une petite bêche, 290 cartouches, 4 grenades, 2 musettes. Tout le reste, nous avons fait des paquets individuels que nous avons mis au train de combat…

Il faut que nous sautions dans la tranchée boche en cinq minutes, jugez un peu comme ça va tomber, celui qui sera blessé sera heureux, enfin, les officiers ont espoir. Si vous saviez ce bombardement que nous faisons, c’est à ne pas croire. Voilà comment on pratique : l’artillerie bombarde pendant deux ou trois jours selon les besoins, bouleverse toute la tranchée et les travaux, et ensuite nous partons à l’assaut à la baïonnette, ce qui n’est pas beau. Il faut que nous les poursuivions le plus loin possible. Celui qui pourra passer cette attaque sera sauvé.

JMO

Ordres pour l'occupation du secteur

Les compagnies s'arrêtent à Cabanes et Puits pour prendre les grenades et les fusées, retirer la viande des cuisines roulantes pour le repas de demain et manger la soupe. Les trois premières compagnies du troisième bataillon après avoir mangé la soupe et pris leur matériel à Cabane et Puits se rendront par le boyau A9 dans le secteur où elles devront arriver à 1 H du matin pour relever les 3 compagnies du 24e territorial. La CM 75 précèdera le 3e Bataillon, et ira relever les mitrailleurs du 24e Territorial. Départ le 25 à 1 H 00. L'officier des détails s'assurera dans la journée du 25 qu'il ne reste aucun matériel dans le bivouac actuel. Du silence, de l'ordre, pas de lumière et pas de cigarettes depuis le moment de la mise en marche jusqu'au moment de l'assaut que rien ne doit faire soupçonner à l'ennemi.

<p><p>BATAILLE DE CHAMPAGNE</p></p>

Dans l'opération projetée, le 75e RI est chargé d'enlever la tranchée de la Vistule et le mouvement de terrain au Nord. Le 75e RI est en première ligne.

JMO

Ordres d'attaque

Le mouvement se fera en tirailleurs. Les fractions qui ne pourront se déplacer en tirailleurs dans la tranchée de départ se formeront sur deux rangs pour franchir le parapet et se déploieront immédiatement après. Marche au pas de charge, cadencé, en ordre et alignés autant que possible. Officiers et Chefs de section devant la troupe. Aucun arrêt en route. Les unités donneront l'assaut aux tranchées qui tenteraient une résistance, mais ne s'y arrêteront pas. Un coup de baïonnette au boche en passant s'il y a lieu. On se reforme après l'obstacle et on continue. A moins 5, le couvre-bouche et le couvre-culasse seront enlevés et la baïonnette mise au canon. La 4e section (Sous- lieutenant CANDY) avec laquelle marche le capitaine SIMON part derrière la 12e compagnie (2eme vague). Chaque section de mitrailleurs emporte 25 caisses de munitions.

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20 H 00 Là-bas, vers les brasiers, des lueurs profondes creusent les ténèbres jusqu'au zénith. Voilà trois jours et trois nuits que gronde et roule le tonnerre de nos pièces . Trois jours et trois nuits que sans interruption nos canons crachent des éclairs et des éclairs, des obus, des obus. Mais les gueules de feu semblent essoufflées. Le lune ne s'est pas levée ce soir. Je ne vois qu'un réseau d'étoiles où des traînées de vapeur font des brèches profondes. Des vagues de fraîcheur passant sur le camp faisaient flotter les toiles de tente et m'apportaient la bonne senteur de la résine. Dans la sérénité de la nuit, le bivouac s'endormait.

23 H 00 "Allons, debout la Ière, sac au dos !" Nous quittons le camp tout en rumeur. Interpellations des derniers adieux, bourdonnements de voix qui fredonnent le "Chant du départ". Notre bombardement qui, tout à l'heure, ralentissait progressivement, avait maintenant presque cessé: il fallait tromper l'ennemi. Nous suivons des boyaux interminables qui s'étirent à mesure que nous marchons. Piétinements, arrêts brusques…

04 H 00 Voici enfin la parallèle de départ ou j'installe ma section. Munis de nos outils, nous pratiquons un ou deux gradins dans le parapet pour le mieux franchir à l'heure de l'assaut. Puis chacun prenant son sac en guise de siège, s'installe au fond de la tranchée. Derrière nous, la pluie noire, les ruines fantomatiques de Pertes-les-Hurlus. Le 116e est encadré à gauche par le 14e corps (75e régiment d'infanterie), à droite par le 62e régiment. Cette butte de Tahure est à 5 kilomètres de nous et les régiments voisins ont des objectifs aussi éloignés.

JMO

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L'occupation du secteur à lieu dans les conditions prévues. Le régiment est en place à 5 H 20. Avis est reçu à 6 H 54 que l'heure H du commencement de l'attaque est fixé à 9 H 15. Une dernière reconnaissance ayant fait constater que la destruction des fils de fer était imparfaite, l'artillerie reçoit l'ordre de l'achever. Puis le feu est ralenti pour ne pas donner l'éveil à l'ennemi. Commencement de la prise du dispositif d'attaque à 8 H 30. En place pour l'attaque à 9 H 00."

champagne4_html_664622f9Et nous montâmes à la tombée de la nuit prendre nos positions de départ. Quelques obus ennemis tombaient dans le boyau ; l'un d'entre eux tua devant nous deux hommes de la 3ème section, qui furent aussitôt poussés sur le parapet pour dégager le passage: c'étaient les deux infortunés réservistes, qu'un destin cruel avait désignés les premiers et unis dans la mort! La nuit se passa dans une attente impatiente, tandis que notre bombardement croissait d'heure en heure. A l'aube on but la gnôle destinée à réchauffer les cœurs , mais une pluie fine se mit à tomber et à embrumer le paysage!

champagne4_html_a7a68aaA la première heure, chacun était debout. L'attaque était pour ce jour là. Le temps magnifique la veille encore s'était gâté. Un vent d'ouest soufflait par rafales, bousculant devant lui des nuages bas et ventrus qui nous saupoudraient au passage de quelques gouttes d'eau.

<p><p>BATAILLE DE CHAMPAGNE</p></p>

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06 H 00 Notre artillerie silencieuse vient de se déchaîner subitement: 58, 75, 155, 220 tombent pèle mêle dans un ouragan de clameurs. Mais les 75 veulent à tout prix dominer le concert de leurs coups d'archets éblouissants. Subitement dressés sous cette voûte hurlante de cuivre et d'acier nous cherchons les lignes ennemies: une muraille d'éclairs et de fumée. On m'avise que les hommes doivent prendre un repas froid avant le départ. Tous accueillent cette invitation comme une trouvaille mais tous ne mangent pas d'appétit, révélation infaillible de leur angoisse.

08 H 00 Voici notre général de brigade qui passe au milieu de nous. Il me serre la main et s'éloigne en semant des mots victorieux entre deux coups de tonnerre. Le bombardement s'accroît de minute en minute et devient frénétique. C'est une ruée de monstres en délire qui nous presse, nous frôle, et dont les

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rugissements nous attisent comme des dards de feu. J'ai les tympans à vif et mes nerfs sont tellement bridés que d'un seul coup de jarret, je bondirais sur les créneaux.. L'un des miens se bouche les oreilles de ses deux poings et braille "Pas possible, on à saoulé nos artilleurs.". Quel déluge de projectiles ! Des quartiers de parapets s'envolent et la pluie de terre n'est pas encore retombée qu'au même endroit surgit une trombe de suie…

08 H 30 Ordre du capitaine: "Faites rectifier la tenue, boucler les sacs. Que tout le monde soit prêt". Les hommes sont graves et recueillis comme à l'approche d'un sacrement. Certains semblent prier, d'autres chercher l'énigme prodigieuse de leur destin. Des visages qui me paraissaient tout à l'heure jeunes ont soudainement vieilli. Tout ces hommes ont le même âge: l'âge du martyre.

9 H 00 Nos braves sont debout coude à coude dans le parallèle de départ. Encore quinze minutes et nous marcherons dans l'ombre de la mort. Mais quelle quiétude ! Je ne me reconnais plus. C'est ma première attaque, j'ai l'impression d'en avoir fait vingt.

09 H 05 Je clame: "Dans dix minutes, sortir en silence, faites passer". Le rythme de mon cœur s'est légèrement accru.

09 H 10 "Sac au dos, baïonnettes au canon !"

Posté par Ichtos à 16:22 - Le parcours du sergent Feuchot 1914/1915 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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