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12 janv. 09

Les actualités du 12 janvier 1909

Pollet et ses complices ont éxpié leurs crimes

JusticeLes chefs de la sinistre bande d'Hazebrouck qui, durant plusieurs années, sema l'effroi dans la région du Nord, ont expié leurs nombreux crimes. A sept heures trente-deux, la tête d'Abel Pollet, le chef de la redoutable association, tombait sous le couperet qui avait déjà abat tu celles de ses trois complices, tandis qu'au loin, de la foule surexcitée et difficilement contenue par la troupe, s'élevaient des chants et des cris de mort.

DANS L'ATTENTE

Il est trois heures du matin. Nous sortons pour aller assister au montage de la lugubre machine. Il fait nuit, une nuit noire, que percent de loin en loin les lueurs rougeâtres des réverbères. Il pleut : l'averse froide cingle nos visages.

0901012prison

Deux traînées de lumière perdues dans la brume : c'est la rue d'Aire. Quelques instants plus tard nous arrivons devant la prison. Des formes noires sont là : silhouettes imprécises de mineurs et de paysans, venus de très loin, de tous les points du bassin houiller pour assister à ce spectacle sans précédent : une quadruple exécution capitale.

Les citadins ont déjà quitté leur lit ; nombre d'entre eux, même, ne se sont point couchés pour ne rien perdre de la tragédie qui va se dérouler. Des soldats isolent de la foule un vaste carré dans lequel, à la lueur falote des lanternes, des ombres passent et repassent, se lèvent et se relèvent très affairées.

Anatole Deibler et ses aides montent la guillotine que le fourgon vient d'amener. Du fourgon ont été extraites une à une les pièces de la lugubre machine et c'est lui qui, tout à l'heure, emmènera les corps des quatre suppliciés.

Avec un soin extrême, doucement, méticuleusement, on dresse l'échafaud. Le bourreau va de l'un à l'autre, donne un ordre bref, aussitôt exécuté, met lui-même la main à l'ouvrage et, après deux heures de travail, la « Veuve » dresse vers le ciel ses deux bras sanglants, à droite et tout près de la porte d'entrée de la prison, sur le trottoir, le long du mur sombre. Les condamnés n'auront ainsi que quelques mètres à parcourir : une trentaine au plus, pour arriver devant ta fatale bascule sur laquelle, d'un geste violent, les aides les coucheront l'un après l'autre.

SINISTRE RÉPÉTITION

M. Deibler s'approche de la guillotine, la regarde longuement, la palpe en tous sens et examine les organes attentivement ; puis, par deux fois, il fait jouer le déclic ; le couteau glisse sans bruit le long des montants graissés. On perçoit un choc mat. La lugubre machine fonctionne à souhait. Tout est prêt pour la sanglante besogne.

Les fenêtres de la prison, sinistrement éclairées, sont comme voilées de vapeur : il pleut toujours. Tout est plongé dans une nuit humide. Tombant du ciel, une lumière grise s'étend graduellement sur les choses, dont les contours commencent à s'estomper. Les reliefs de chaque objet s'accusent, les formes se font plus distinctes,

L'AUBE ROUGE

Une déchirure s'ouvre dans le ciel nuageux : peu à peu l'aube parait Une aube pluvieuse et triste. Il est six heures. (...). On va réveiller les condamnés. A ce moment, la foule des curieux, contenue au loin, trop loin, à son gré, du lieu du supplice, se montre bruyante et par instants cherche à forcer le barrage des troupes. Des chants s'élèvent, accompagnés de cris de mort

LE RÉVEIL DES CONDAMNÉS

A six heures un quart exactement M. Deransart, procureur de la République, pénètre dans la cellule d'Abel PolleL Le condamné était éveillé. Au bruit de la porte tournant sur ses gonds, il se dresse brusquement sur son lit, pâle, défait, haletant. Il a compris. Abel Pollet, dit le magistrat, M. le Président de la République a rejeté votre recours en grâce. L'heure de l'expiation est venue. Il faut avoir du courage. Abel Pollet qui, déjà, a repris son sang-froid, répond d'une voix ferme : C'est bien, j'en aurai ; vous pouvez compter sur moi. D'ailleurs, je m'y attendais. Le condamné n'avait cependant rien entendu du brouhaha de la rue, des rumeurs et des cris de la foule. Aucune clameur n'était parvenue jusqu'à lui. Il se leva et, d'une voix très basse, demanda : Alors, c'est pour aujourd'hui.

Personne ne lui répondit. Il s'habilla et revêtit les vêtements qu'il portait le jour de son arrestation : puis, assis sur son lit, il attendit, sans mot dire, les yeux vagues fixant le vide. (...).Passant ensuite dans la cellule voisine, le procureur de la République alla réveiller Auguste Pollet .

Le condamné dormait profondément. Il eut, quand le magistrat le toucha à l'épaule, un sursaut de frayeur. Il jeta autour de lui des yeux hagards emplis d'épouvante. Quoi ! Quoi ! Qu'est-ce que c'est ! bégaya-t-il. Auguste Pollet, lui dit le magistrat, votre recours en grâce a été rejeté par le Président de la République. L'heure est venue d'expier vos crimes. Ayez du courage. D'une voix faible, le condamné murmura :Oui, oui, j'en aurai. Je m'attendais, d'ailleurs, à être guillotiné. Tant pis pour moi. Et Auguste Pollet se leva, s'habilla sans mot dire et s'abîma dans un mutisme complet

DEROO DORMAIT

Cependant, de son côté, le substitut Monnier avait pénétré dans la cellule de Deroo. Il dormait aussi profondément, enveloppé, comme ses complices, dans les ligatures de sa camisole de force, le visage tourné contre la muraille. Le bruit de la porte ouverte, l'arrivée du magistrat et du gardien chef ne purent le tirer du lourd sommeil dans lequel il était plongé : il fallut le secouer violemment.

Quand il vit devant lui, à son chevet, des figures inconnues, il tressaillit et, dans ses yeux, se lisaient l'hébétement et la peur. Le condamné se dressa sur son séant, porta ses regards autour de lui et rejeta lentement ses couvertures. Ah ! oui, murmura-t-il, du courage, j'en aurai. Alors on va me guillotiner, je m'y attendais.Et le condamné se vêtit, sans se presser, comme à regret. Quand il fut un peu remis. M. Monnier lui dit : Un prêtre est là : voulez-vous vous confesser ? Oui, monsieur, je veux bien, répondit-il, et puis je voudrais entendre la messe et communier, si c'est possible.Le prêtre entra dans la triste cellule. Hors de la présence des gardiens, seul avec lui, il confessa l'homme qui allait mourir.

C'EST LE TOUR DE CANUT-VROMANT

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Tandis que le condamné restait seul avec le prêtre, le substitut, laissant un gardien devant la porte de Deroo, alla se faire ouvrir la cellule occupée par Canut-Vromant.Lui aussi, dormait profondément, d'un sommeil très doux et que sans doute ne troublaient point de mauvais rêves.

M. Monnier toucha le condamné à l'épaule et les yeux de Canut-Vromant s'ouvrirent effarés devant l'apparition subite de ces gens dans sa cellule. Que me voulez-vous ? Le substitut répéta la formule consacrée (...) Le condamné regardait autour de lui sans comprendre, il fallut lui répéter la phrase. Ah ! bon ! c'est bon !... J'en aurai, du courage. Et à ses lèvres, à lui aussi, reviennent les mots déjà dits par ses trois complices : D'ailleurs, je m'y attendais.

Ils attendaient tous le châtiment suprême, mais tous étaient frappés de stupeur de le voir venir.

Canut se plissa hors du lit et s'habilla. M. Monnier lui demanda s'il voulait un prêtre pour se confesser. Le condamné accepta et, en compagnie de Deroo, mais sans le voir, ignorant même sa présence à ses côtés, il entendit la messe et communia

L'EXPIATION

Quand cette cérémonie, qui avait duré vingt minutes environ, fut terminée, M. Deibler et ses aides entrèrent, à leur tour, dans les cellules et procédèrent à la toilette funèbre des condamnés. Ils échancrèrent leurs chemises, largement, d'un seul coup de ciseau, leur attachèrent les bras dans le dos, leur entravèrent les pieds. Pas un des criminels ne bougea, n'eut un mouvement de révolte pendant la lugubre opération. Puis, ils burent chacun un verre de rhum.

Maintenant, tout est prêt pour la marche au supplice.M. Deibler et ses aides s'emparent de Deroo et l'entraînent dans le couloir de la prison. Le prêtre marche, le crucifix levé, devant le condamné, qui titube et chancelle.. On traverse la cour rapidement. Un commandement retentit au dehors :  Arme sur l'épaule droite...

On perçoit un cliquetis d'acier. La porte de la prison tourne sur ses gonds. Toutes les tètes se découvrent et l'homme apparaît, livide, tiré et poussé par les deux aides du bourreau. Le voici à côté de la guillotine, qu'il n'a pas encore aperçue. Violemment, les aides lui font faire un brusque « à gauche » et le couchent sur la bascule. Le bourreau lève la main vers le déclic, un bruit sourd, un choc mou, une poussée de gens : la tète est tombée ; le corps a roulé dans le panier que vivement on referme. Et justice est faite.

Cependant que, d'un geste rapide, M. Deibler essuie avec son éponge le sang qui a giclé partout et qui ruisselle sur le couperet, les aides vont chercher le second condamné. C'est Canut-Vromant. Il refait, trébuchant et prêt à tomber à chaque pas, le chemin que, tout à l'heure, a suivi Deroo. Le voici qui parait, tout aussi livide que son complice, a la petite porte de la prison. Dans sa face blême, ses lèvres s'agitent dans un tremblement nerveux. Il voudrait parler, dirait-on, mais la force et l'énergie lui manquent ; la terreur arrête sa voix dans la gorge.

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Le commandement « armes sur l'épaule droite » retentit, et de nouveau les têtes se découvrent. Le condamné va devant lui, sans voir, les yeux dans le vague. Une poussée à droite, il est sur la bascule : on l'y pousse, on le tire par les oreilles pour bien fixer sa tête dans la lunette : le déclic joue, le même bruit mat, une autre tête tombe. On jette le corps dans le panier où gît celui de Deroo, mais le cadavre, d'un brusque ressaut nerveux, rebondit, et il saute presque hors du panier que, vite, un aide est obligé de refermer.

AUGUSTE INSULTE LA FOULE

Nouvelle poussée de la foule. Tandis que M. Deibler, flegmatiquement, essuie avec son éponge la guillotine une fois encore rouge de sang, les aides vont prendre livraison du troisième condamné. C'est Auguste Pollet qui apparaît bientôt entre les quatre aides. L'homme est très pale, mais il semble marcher plus hardiment que les deux condamnés qui l'ont précédé.

Dans la montée sanglante, ses yeux vifs, inquiets, scrutateurs, parcourent tous les visages. Ses yeux se tournent vers toutes les figures. Ses lèvres sont agitées : il semble qu'elles murmurent une réponse aux cris de mort lancés de tous côtés. C'est pas la peine de gueuler si fort, tas de v... ! » murmure-t-il, mais on ne l'entend pas ; nous seuls pouvons percevoir ce vague balbutiement. La planche bascule, le déclic joue, et une tête roule encore dans le panier. Les aides, une fois encore, disparaissent dans l'intérieur de la prison, tandis que M. Deibler essuie toujours.

L'EXÉCUTION D'ABEL

Enfin le dernier condamné parait : c'est Abel Pollet, le plus redoutable des bandits. On attend sa venue avec impatience et curiosité. Le voici. Il est horriblement pale, mais il parait plein de fermeté. Il s'avance d'un pas assuré, la tête en avant, d'un air menaçant. L'œil clair, perçant, mauvais, il essaie de dévisager chacun de nous. La mâchoire inférieure avance terrible, comme prête à mordre, les dents se heurtent et grincent. Il avance comme une bête qui tire la charrue et va droit devant lui sans se rendre compte.

Soudain les aides le saisissent, le poussent vers la bascule. Alors il se raidit, il veut parler et de sa gorge s'élève une voix grêle, aigre, comme un tintement fêlé, qui crie :  Vive la révolution ! A bas les calotins. Les aides le bousculent. Il résiste, se débat énergiquement. On a peine à fixer sa tête dans la lunette. Une dernière fois, on perçoit le mot « calotins » puis un râle. Un geste de Deibler vers le déclic. Le bruit mou du couteau glissant dans les rainures, et la quatrième tête tombe !

Nous pataugeons dans une boue sanglante. Il est 7 heures 32 minutes. On avait com mencé la première exécution à 7 heures 24.

A L'AMPHITHÉÂTRE

Par les rues de Béthune, le fourgon qui emporte le panier contenant les cadavres des quatre suppliciés roule à fond de train vers l'hôpital de la ville. Le fourgon s'arrête dans une petite rue, et le panier d'osier est porté dans une des Salles de l'hôpital. On en retire quatre hommes sans têtes qui ont les mains liées, d'une pâleur transparente de cire, les bras couverts de meurtrissures noires.

Les têtes sont déposées dans une caisse de bois et les corps étendus tout nus sur une table. On les ouvre, on les charcute. On scie un crâne, celui de Canut-Vromant, on prélève sur tout cela des fragments d'organes, que le professeur Debierre, les docteurs Laguesse, Curtis et Locten, de la Faculté de Lille, examineront plus tard. Les corps sont sains. Des mouvements réflexes parfois les agitent et l'on remarque que, sur la tête d'Abel Pollet, le cuir chevelu tremble convulsivement...

UN PRÉCÈDENT

Nous disions hier qu'il fallait remonter assez loin pour trouver un précédent à la quadruple exécution de Béthune. C'est, en effet, en 1866, il y a quarante-deux ans, que, pour la dernière fois, quatre têtes étaient tombées le même jour sous le couperet de la guillotine. Les assassins qui subirent le même sort que les bandits d'Hazebrouck étaient quatre marins condamnés à mort par la cour d'assises de Rennes pour avoir tué le capitaine et les officiers du bateau Fœderlis-Arca, à bord duquel ils étaient embarqués. C'est M. Deibler, le père du bourreau actuel, alors à ses débuts, qui fit jouer quatre fois de suite le déclic de la « Veuve ».

Une éxécution capitale à Paris

Posté par Ichtos à 10:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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