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06 févr. 09

Les actualités du 6 février 1909

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Sur la Planète Mars

Sans ce pauvre Coquelin, combien d'entre nous sauraient que Cyrano fut le premier à visiter la lune ? Tenté par l'exemple de Prométhée qui, autrefois, grimpa au ciel pour y dérober Le feu — Cyrano, un soir qu'il revenait de Clamart, décida de se transporter sur le satellite de notre planète pour voir ce qui s'y passait. (...) De nos jours ce n'est plus la lune, mais la planète Mars qui intéresse le public. Et cet intérêt va en grandissant.

A l'heure actuelle, on ne peut ouvrir une revue ou un magazine sans y trouver un article sur les canaux de Mars, sur les êtres qui peuplent cette planète, sur les signaux qu'ils nous envoient. Ce qui est vraiment curieux, c'est que cette littérature d'imagination ait pris un tel développement sous l'influence des travaux d'un savant astronome américain, M. Lowell. Toutes ses recherches, faites dans son observatoire d'Arizona, tendent en, effet a prouver que les détails qu'on voit sur la planète Mars, sont l'œuvre d'êtres intelligents plus ou moins analogues aux habitants de la Terre.

Mais voilà ! certains astronomes, et non des moindres, hochent la tête quand on leur parle de M. Lowell. Ils pensent que leur collègue américain est moins savant que poète, et M. l'abbé Moreux, le bien connu directeur de l'observatoire de Bourges, semble être de cet avis. Si vous le voulez bien, c'est à lui que nous allons demander de nous renseigner sur cette grosse question de la planète Mars.

Et tout d'abord, Mars possède-t-il une atmosphère respirable ? Sur ce point, tout le monde est d'accord. Il est aujourd'hui parfaitement démontré que notre voisin est entouré d'une couche d'air, et que cet air, tout comme le notre, contient de l'oxygène, de l'azote, des traces d'acide carbonique et d'hydrogène. Il est également acquis que cet air renferme de la vapeur d'eau. Comme chez nous, celle-ci forme parfois des nuages, des brumes, des brouillards, et parfois, sous l'influence du froid, se transforme en flocons de neige. Telle est en tout cas l'origine des calottes de glace qui se trouvent a chaque pôle de la planète Mars et qui fondent régulièrement pendant l'été. Malgré ces similitudes dans la composition de l'air, les conditions atmosphériques de la planète Mars sont tout autres.

C'est que Mars est, relativement, un tout petit monde. Par son volume et, surtout, par son poids, il ne saurait être comparé à notre globe terrestre. On a calculé qu'il faudrait dix planètes aussi pesantes que Mars pour contrebalancer le poids de la Terre. Du fait de sa masse moindre, il attire donc moins fortement les corps qui se trouvent à sa surface, et l'air n'échappe pas à cette règle. Si la hauteur de notre atmosphère est évaluée à soixante-dix kilomètres, celle de Mars doit être près de deux fois plus considérable. Autrement dit, l'air ne peut donc y être que fortement raréfié.

Ce n'est pas tout. Notre atmosphère, celle qui entoure le globe terrestre emmagasine pendant le jour la chaleur des rayons solaires; pendant la nuit elle s'oppose, à la façon d'un écran, à ce que la chaleur propre de la terre s'en aille dans les airs. L'atmosphère qui enveloppe Mars en fait autant, mais raréfiée qu'elle est, elle le fait moins bien. C'est, du reste, fort heureux, car la chaleur propre de Mars est fort élevée. Aussi est-ce grâce à son air raréfié qu'il offre à sa surface une température très acceptable de neuf degrés en moyenne, une température qui est, à peu de chose près, celle dû la partie méridionale de l'Angleterre.

En revanche, celte atmosphère raréfiée doit exercer une influence fâcheuse sur le régime des eaux. On sait. en effet, que plus l'air est raréfié, plus l'eau s'évapore facilement. Il est donc à supposer que, sur Mars, dès le matin, dès les premiers rayons du soleil, l'eau est réduite en vapeur pour se condenser, pendant la nuit, en rosée, en brume ou en neige suivant les saisons. Ce sont là de mauvaises conditions pour la formation des fleuves, des rivières, des ruisseaux, pour 1a circulation de l'eau indispensable à la vie. En admettant que toute l'eau résultant de la fonte des neiges polaires se répartisse uniformément sur les plaines de Mars la hauteur de cette couche, d'après les calculs de miss Clerke ne dépasserait pas quarante-trois millimètres. M. l'abbé Moreux a certainement raison de dire que c'est vraiment trop peu pour subvenir efficacement aux besoins de la végétation. Il est vrai que M.Lowell proteste contre les chiffres de miss Clerke et qu'il évalue

à soixante quinze centimètres la hauteur de la couche d'eau provenant de la fusion des neiges polaires. Mais ce chiffre est certainement sujet à caution.

Température moyenne de neuf degrés, air atmosphérique moins dense, mais ayant la même composition que le notre, régime des eaux laissant à désirer, sont ce là des conditions incompatibles avec toute idée de vie sur la planète Mars, de vie organisée, analogue à la nôtre? Sur notre globe nous avons des Lapons d'un côté et des Dahoméens de l'autre : les différences climatériques entre la Laponie et le centre de l'Afrique sont-elles plus grandes que celles que nous avons notées sur la Terre d'un côté et sur la planète Mars de l'autre ? Dès lors, pourquoi ne pas admettre que cette planète est habitée comme la nôtre et que les Martiens nous ressemblent à peu près comme les Lapons ressemblent aux nègres?

Cette hypothèse serait toujours restée à l'état d'hypothèse et n'aurait jamais passionné ni les savants ni le public, si sur elle n'était venue se greffer la fameuse question des "canaux". Que sont au juste les lignes sombres qu'on distingue sur toutes les photographies de la planète Mars ? Sont-ce des canaux au sens propre du mot? Ou ne seraient-ce pas plutôt des cours d'eau naturels ? ou encore, des gouffres, des crevasses? Pour M. Lowell, ces canaux sont de création artificielle, et ce mot d'artificiel fait penser à l'intervention d'un être animé et intelligent. Avec beaucoup de prudence. M. l'abbé Moreux se contente de dire que le moment n'est pas encore venu dé prendre parti clans ce débat passionnant.

En revanche, M. Flammarion est beaucoup plus explicite : "Dans ces canaux, écrit-il, on peut voir des travaux de drainage des eaux devenues rares sur la planète ; on peut y voir aussi des cultures collectives sur un globe à la période d'harmonie. Lorsqu'on songe aux progrès réalisés dans notre seul dix-neuvième siècle, on devine ce que le vingtième siècle et les siècles suivants réservent à l'humanité de l'avenir. Dès lors, n'est-il pas logique d'admettre que, plus ancienne que nous, l'humanité de Mars soit aussi plus perfectionnée, et que l'unité féconde des peuples, les travaux de la paix aient pu y atteindre un développement considérable?"

Entre ces trois hypothèses de Mars inhabité, habitable ou habité, je vous laisse, naturellement, le soin de choisir.

Le Petit Parisien – 6 février 1909


EN BREF

allemagne Inondations en Allemagne – Nombreux morts - Depuis deux jours d'inquiétantes nouvelles parvenaient de l'Europe centrale au sujet des inondations causées par la brusque fonte des neiges. Des dépêches signalent aujourd'hui que sur de nombreux points de l'Allemagne les dégâts causée sont énormes, et, ce qui est plus grave, rien n'indique une accalmie. Dans le Nord de la Bavière, quelques lignes d'intérêt local ont du suspendre leur service et il y a eu plusieurs accidents mortels. Près de Cologne; plusieurs ponts ont été enlevés et la circulation se trouve interrompue sur la rive droite du Rhin. A Stockhausen, sept mineurs et deux soldats occupés à des travaux de sauvetage ont été noyés. A Tebra, à Untersachsenberg, à Géra, on signale également des accidents mortels. Il y a longtemps, et même plusieurs siècles pour certaines régions, qu'une pareille catastrophe ne s'était produite. Le Figaro – 6 février 1909

Posté par Ichtos à 10:00 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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