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09 févr. 09

Les actualités du 9 février 1909

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Mort tragique du poète Catulle Mendès

"Ce jour, cinq heures matin, trouvé écrasé à extrémité côté Paris du tunnel du parterre, voie descendante, M Catulle Mendès. Le corps a été transporté à son domicile". Telle est la dépêche, terrible dans sa concision, par laquelle la gare de Saint-Germain a annoncé à Paris la mort du poète. Gomment s'est produit l'accident ? Voilà ce que nous avons pu savoir:

Depuis trois ans, Catulle Mendès avait, loué, pour y passer l'été, un petit pavillon entouré d'un jardin, 3, rue de Sully, à Saint-Germain. Cette année, pour des motifs personnels, il décida de s'y retirer l'hiver. Mais il venait souvent a Paris pour ses travaux et aussi pour ses relations.Dimanche matin il se rendit au pavillon Henri-IV où il prit l'apéritif, en compagnie de quelques amis parmi lesquels Mme Liane de Pougy qui collaborait avec lui à une œuvre nouvelle. Puis, il rentra déjeuner chez lui et se mit à sa table de travail. Il avait en chantier plusieurs ouvrages, un poème sur la mort de Coquelin, demandé par un magazine parisien, une pièce, l'Impératrice dont il attendait avec une impatience: "de débutant", disait-il en riant, les répétitions qui devaient commencer prochainement au théâtre Réjane.

A cinq heures il s'habilla pour aller, comme presque tous les dimanches, dîner et passer la soirée chez le baron Félix Oppenheim, rue de Villejust. Il devait rentrer à une heure et avait recommandé à sa bonne Mlle Ruellau de lui tenir prêt un bouillon froid pour son arrivée. A minuit, il se rendit à la gare Saint-Lazare, accompagné par M.Charles-Henri Hirsch. Le poète paraissait très gai et causa avec son confrère jusqu'au moment de monter dans le train de minuit treize qui devait le ramener à Saint-Germain.

C'est ici que se passe la partie mystérieuse du drame, celle sur laquelle il sera difficile, peut-être impossible, de jamais savoir la vérité. On connaît la disposition topographique de la gare de Saint-Germain. Après avoir dépassé la station du Pecq, les trains traversent la Seine et arrivent à la montée. La ligne décrit d'abord une courbe assez accentuée vers la gauche, traverse un premier tunnel, ressort à ciel ouvert, mais très encaissée, et disparaît ensuite sous le second tunnel, long de quatre-vingt-trois mètres, qui conduit à la gare.

C'est sous ce second tunnel, à seize mètres de l'entrée et soixante-sept mètres du quai de débarquement, que le corps de Catulle Mendès a été trouvé. Il était cinq heures du matin. M. Foucher, lampiste attaché à la gare, visitant la voie, aperçut une tache blanche sur le côté. Il s'approcha, et à la lueur de sa lanterne, reconnut que c'était le plastron de chemise d'un homme en habit de soirée. Il revint précipitamment sur ses pas et informa le chef de gare de sa découverte. On fit prévenir le commissaire de police, M. Carette, et on se rendit à l'endroit indiqué.

Tout secours était inutile. Le corps qui gisait là était horriblement mutilé. La partie postérieure de la boîte crânienne était fracturée et la matière cérébrale avait jailli et s'était répandue sur les cailloux ; le bras droit était écrasé, l'épaule désarticulée et le pied droit coupé. Près du cadavre étaient un chapeau et une canne brisée. Quant à l'identité, elle n'était pas difficile à constater. M, Carette, du premier coup d'œil, reconnut M. Catulle Mendès qu'il rencontrait souvent dans les rues de la ville.

Pendant qu'on relevait le cadavre, il se rendit rue de Sully et informa la domestique qui, après avoir attendu vainement son maître jusqu'au dernier train, avait supposé qu'il couchait à Paris. En même temps, M. Carette faisait prévenir la sœur de Catulle Mendès, qui habite boulevard Gounod, à Croissy. Puis il fit ramener le corps au domicile, où le docteur Grandhomme, médecin de la Compagnie procéda aux constatations officielles. Dans les poches du défunt on a trouvé 750 francs en billets de banque, un carnet de chèques sur le Crédit Lyonnais et la montre de Mlle Ruellau qu'il avait emportée, la sienne étant en réparation.

D'après les constatations, d'après l'opinion des personnes qui ont relevé le cadavre, il y a lieu de supposer que le poète a été victime d'une erreur,fatale. Endormi probablement, il se sera réveillé à une heure, au moment où le train franchissait la partie de la voie qui est à ciel ouvert. Se croyant déjà dans la gare, il aura ouvert précipitamment la portière pour descendre et se sera broyé la tête sur le mur d'entrée du second tunnel. Rejeté sur le wagon par le contre-coup, il à franchi les seize mètres qui le séparaient de cette entrée et est retombé sur le côté de la voie.

Selon toute probabilité, il a été tué sur le coup. Quant à la mutilation du pied et du bras droit, elle a dû être faite par le train de minuit 42, qui suit celui de minuit 13. Mme Catulle Mendès, prévenue par un télégramme du docteur Guinard, est arrivée par le train de 10 h 47, accompagnée d'un ami du poète, le graveur Desmoulin. En proie à une vive douleur, elle, s'est rendue à la maison mortuaire. En même temps se sont présentés de nombreux amis. Elle n'a reçu que les plus intimes, M Eugène Fasquelle, M Henri Barbusse, le secrétaire de Mendès, M. Payen, le docteur Guinard, etc. Le docteur Guinard, un médecin de Saint-Germain, et M. Desmoulin ont procédé à la toilette mortuaire, opération assez difficile à cause des mutilations. Puis le corps, étendu sur un lit funéraire, a été veillé par Mme Catulle Mendés, M. Léon Dierx, M. et Mme Henri Barbusse, M. et Mme Bénassit, M. et Mme Gustave Kahn(...)

Le Figaro – 9 février 1909


EN BREF

Imprudente plaisanterie - Un jeune homme brisait hier la vitre d'un avertisseur d'incendie place Cambronne. Cela causa une alerte et, comme elle n'était pas justifiée, l'individu fut arrêté. C'était "pour rigoler", dit-il, au commissaire de police.Or, en examinant son identité, on découvrit qu'il se nommait Georges Ricout et était déserteur du 31e de ligne à Melun. Sa plaisanterie lui coûtera cher. Le Figaro 9 février 1909

Posté par Ichtos à 15:00 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]
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