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15 févr. 09

Les actualités du 15 février 1909

Felix Faure a t'il été assassiné ?

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De toutes les affaires mystérieuses qui ces dernières années passionnèrent l'opinion publique, la mort du président Félix Faure reste celle sur laquelle continue toujours de planer un doute tragique.

On avait pu croire un instant qu'un peu de vérité serait connue quand Mme Steinheil fut arrêtée et que l'on commença à rappeler le rôle qu'elle avait joué auprès de l'ancien chef de l'Etat. C'est un fait que personne de bonne foi ne songerait à contester que l'affaire Steinheil est intimement liée au drame de l'Elysée. Mais le gouvernement a toujours paru peu soucieux de faire la lumière sur ce point; la justice, docile, fait traîner d'une façon anormale une instruction qui ouverte depuis neuf mois est loin d'être close, puisqu'elle n'a élucidé aucun point essentiel.

Le but manifeste du parquet, obéissant aux suggestions, pour ne pas dire aux ordres du gouvernement, est d'atteindre le 16 février prochain, date à laquelle la prescription pour la mort de Félix Faure sera atteinte, dix ans jour pour jour s'étant écoulés. Dans deux jours, c'est-à-dire mardi prochain, en admettant même que des révélations nouvelles permettent d'affirmer que le décès de Félix Faure fut le résultat d'un crime nulle instruction ne pourra plus être ouverte contre la coupable.

Mais il s'est trouvé hier un député; M. Jules Delahaye qui, dans l'intérêt de la vérité est venu se constituer partie civile dans l'affaire et a déposé entre les mains du doyen des juges d'instruction, M Albanel, une plainte contre X afin d'interrompre la prescription. (...) Voici les passages principaux de la plainte qu'il a déposé hier:

A Monsieur Albanel, doyen des juges d'instruction du.Tribunal de la Seine.

Le soussigné,

A l'honneur de vous exposer et de vous rappeler que le 16 février 1899, Monsieur le Président de la République française, Félix Faure, est, subitement décédé dans des conditions qui parurent, dès le premier abord, mystérieuses, et qui, depuis, n'ont jamais été élucidées ;

Que sans qu'il y ait lieu d'examiner quant à présent si des considérations précises peuvent faire présumer une liaison quelconque de cet événement avec certains intérêts, tout à la fois politiques et particuliers, au profit desquels ce decès paraît avoir été singulièrement opportun, il convient en tout cas de vous rappeler certains faits notoires, desquels il résulte jusqu'à l'évidence que la mort de M. Félix Faure ne peut pas avoir été naturelle;

Qu'il résulte des déclarations officiel les que M. Félix Faure serait décédé' le 18 février 1899, vers six heures du soir, et qu'en admettant que ce décès ait pu survenir quelques instants, plus tôt, il découle dans tous les cas, d'une façon certaine,qu'il ne peut avoir eu lieu avant quatre heures et demie.

Que cependant il est avéré, ainsi que le soussigné pourra vous en rapporter la preuve que dans deux endroits, éloignés, à Anvers et à Philippopoli, la mort du Président de la République française a été annoncée comme un fait accompli et certain; dans, le premier endroit à trois heures et demie et dans le second à quatre heures de l'après-midi, c'est-a-dire bien avant l'heure où M. Félix Faure a été atteint visiblement du mal qui devait l'emporter quelques instants plus tard ;

Que sans qu'il y ait lieu de faire va loir a vos yeux, quant à présent, aucune autre considération, il résulte d'une façon indubitable de ce rapprochement que la mort du Président Félix Faure a été prévue et escomptée, par un syndicat d'intérêts ayant des ramifications puissantes et éloignées, puisque avant même, qu'aucun symptôme ait pu le faire prévoir, des indiscrétions ont pu se produire à une distance considérable du lieu où l'événement devait arriver;

Qu'il résulte donc de ces constatations qu'il n'est pas admissible que la mort du Président n'ait été concertée et préparée et que, par conséquent, il n'y ait eu crime;

Qu'il importe de vous rappeler en ou tre que dans cinq jours, le 16 février prochain, la prescription de ce crime serait accomplie ; qu'il y a donc le plus grand intérêt et la plus grande urgence à ce qu'une instruction soit ouverte, tout au moins contre inconnu, pour empêcher cette prescription de s'accomplir ;

Que le soussigné, se plaçant au point de vue des intérêts publics dont il a la garde en ce qui le concerne, comme mandataire du peuple, estime que dans une inculpation de cette nature, il y a péril national à laisser s'accomplir la prescription.(...)

La Presse – 15 février 1909

EN BREF

Des voyageurs affamés dépècent une chèvre - La faim est, dit-on, mauvaise conseillère. Une brave garde-barrière, dont la maisonnette se trouve dans les Cévennes, entre les stations de l'Hospitalet et de Nant-Combe-redon, vient d'en faire la cruelle expérience. La chose vaut d'être contée. Dimanche dernier, un train de voyageurs était bloqué par les neiges près de l'Hospitalet. Le Petit Parisien a signalé ce fait et les difficultés éprouvées pour dégager le convoi qui ne put reprendre sa route qu'après une longue journée d'attente. Or, les voyageurs, au nombre d'une quarantaine, transis de froid, quittèrent leurs wagons, et après une marche des plus pénibles dans la neige, gagnèrent la maisonnette voisine d'une garde-barrière ou ils trouvèrent un refuge contre le froid. Mais le temps passait et la faim se faisait cruellement sentir.Les voyageurs firent alors main basse sur le poulailler de la garde-barrière. Poules et poulets furent tués, plumés, cuits et mangés : mais ce ne fut pas tout : la pauvre femme possédait une chèvre qui fut a son tour tuée, dépecée et dévorée par les affamés qui, réconfortés, rejoignirent leurs wagons. Quelques instants plus tard le train se remettait en route. Aujourd'hui, la garde-barrière réclame a la compagnie du Midi le remboursement de sa volaille et de sa chèvre. La compagnie n'a pas encore répondu à cette demande. Si elle refuse de payer, espérons que les voyageurs auront un mouvement de générosité et paieront ce qu'ils ont consommé. Le Petit Parisien – 15 février 1909

Posté par Ichtos à 15:15 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Permalien [#]