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27 févr. 09

Les actualités du 27 février 1909

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Mort du dessinateur Caran d'Ache

Un de nos dessinateurs fantaisistes les plus réputés, un des caricaturistes les plus spirituels de la fin du XIXe siècle, Caran d'Ache, est mort à Paris, la nuit dernière, dans sa cinquante-deuxième année. Malade depuis longtemps, Caran d'Ache était depuis trois mois dans une clinique du Faubourg Saint-Honoré. C'est là qu'il a succombé des suites de l'affection cardiaque dont il souffrait.

Caran d'Ache, le nom sous lequel le dessinateur et caricaturiste acquit une grande popularité, était la transcription en français, littérale et fantaisiste à la fois, du mot russe "Karandache", qui signifie crayon. Caran d'Ache était, en effet, Russe d'origine, quoique Français d'adoption, étant né a Moscou en 1858. Mais il s'appelait de son vrai nom, Emmanuel Poiré. Il était le petit-fils d'un soldat de Napoléon Ier qui, à la suite de la campagne de Russie, en 1812, s'était fixé dans ce pays, une fois guéri de ses blessures. Tout jeune, il vint en France et reprit la nationalité de ses pères, en se faisant naturaliser Français.

Soldat au 119° régiment d'infanterie, il était détaché, six mois après son incorporation au ministère de la Guerre avec le grade de caporal. C'est au cours de son séjour au ministère, qui dura quatre ans et demi, qu'il s'intéressa aux coutumes militaires et qu'il spécialisa son talent dans l'étude des différents types, notamment des cavaliers. Il acquit ainsi une véritable maîtrise dans le dessin du cheval, et cette habileté, qu'il sut étendre plus tard à la reproduction des principaux animaux, constitua une de ses originalités dans la caricature.

D'ailleurs, tout jeune il avait appris le dessin en découpant avec rage toutes les images militaires qui lui tombaient sous la main. Caran d'Ache collabora à de nombreux journaux illustrés ou de caricature, et travailla également, en ces dernières années, pour de grands quotidiens, quand la mode s'implanta d'aviver les journaux par l'image.

Une verve primesautière et toujours renouvelée, jointe à un don d'observation très remarquable, un sens du ridicule chez les gens et des à-côté amusants chez les animaux furent ses qualités dominantes. Les dessins de Caran d'Ache étaient si "parlants" si l'on peut dire qu'il finit par se dispenser de les expliquer par des légendes, et il fut ainsi le créateur en France de ce genre, exploité depuis par nombre d'autres artistes, qui consiste à raconter une "histoire sans paroles" par une série de dessins se succedant logiquement.

Caran d'Ache était grand admirateur et grand amateur de tous les souvenirs se rattachant à l'époque Napoléonienne et ne contribua pas peu à la recrudescence du goût public qui se manifesta en ces dernières années pour l'histoire de l'époque impériale. Son Epopée, où, dans une foule de petites compositions vivantes et animées, il fit renaître par l'artifice de la lanterne magique, au fameux cabaret du Chat Noir les victoires de Napoléon Ier, est connue de tous L'Epopée fit courir tout Paris et consacra la célébrité de Caran d'Ache.

Depuis le nom du caricaturiste fut dans la bouche de tous les camelots du boulevard ; aux terrasses des cafés on entendit, dès lors crier à tue-tête : "Demandez le "Machin" illustré par Caran d'Ache". Et les promeneurs, certains de se distraire, achetaient les publications. Que de trouvailles dans les dessins de Caran d'Ache qui mettait de l'esprit dans les moindres gestes de ses personnages l'artiste ne laissait rien au hasard, même dans ses plus grandes bouffonneries, car il était dessinateur plus que caricaturiste.

Retour du Grand Prix, la Prise de Troie, le Salut de Nancy, la Charge, la Batterie des hommes sans peur et tant d'autres sont des scènes spirituelles et endiablées qui comptent parmi les histoires les plus amusantes sorties de la plume du dessinateur. Il excellait aussi dans le portrait-chargé; son Président Carnot et Guillaume II sont deux inoubliables spécimens du genre. Caran d'Ache illustra également d'assez nombreux ouvrages, parmi lesquels le Cheval de bois, l' Histoire de Marlborough, etc...(...).

Le Petit Journal – 27 février 1909

Posté par Ichtos à 14:45 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]
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