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28 févr. 09

Les actualités du 28 février 1909

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L'extraordinaire odyssée du forçat Petitjean

S'il est une vie mouvementée, c'est celle qu'a menée jusqu'à ce jour Camille-Honoré Petitjean, né à Paris, le 25 février 1862, six fois condamné aux travaux forcés à perpétuité, six fois évadé de la Guyane, et qui vient d'être arrêté à Lyon, dans un café, place Morand, dans des conditions particulièrement dramatiques.

Au mois d'août 1907 Petitjean venait pour la sixième fois de s'évader de la Guyane. Il gagna New-York, prit place à bord d'un paquebot en partance pour Le Havre et débarqua tranquillement sur les côtes de France, son pays, qu'il venait, une fois de plus, mettre en coupe réglée. Il a de son propre aveu, commis, depuis cette époque, pour 6 à 7 millions d'escroqueries.

D'imagination fertile, Petitjean s'était tout simplement constitué l'état civil d'un certain baron de Wilbenson. Sur son impeccable complet fleurissait la rosette de la Légion d'honneur. Il inspirait confiance, autant par la correction de sa tenue que par l'aménité de ses manières, et voici l'industrie que lui permit de pratiquer Le titre nobiliaire dont il se prévalait.

Dès qu'il avait connaissance de la mise en vente d'un château, il se présentait comme acquéreur. Baron de Wilbenson !... Le nom sonnait haut et le personnage le portait avec aisance. Grand seigneur, il ne marchandait guère, d'autant moins du reste, qu il payait... à échéance. Le château acquis, le baron le faisait meubler à son nom par les plus réputées maisons d'ameublements. Il prenait six mois pour régler le prix du château et le coût des meubles ; mais, dès qu'étaient aménagés les appartements et dépendances de la demeure choisie, survenaient d'habiles complices qui déménageaient le tout, et aux portes désormais closes du mystérieux domaine, ne tardaient pas à venir se heurter les créanciers de l'énigmatique baron. Le baron avait disparu. Nul ne pouvait retrouver sa trace.

C'est que, depuis plus d'un an, Petitjean, tour à tour comte de la Vieuville et marquis de Bourreuville, aidé par de fidèles complices, Arthur Morau et Joseph Mouton, exploitait sous d'autres noms la crédulité de ses compatriotes et se jouait de la police. C'est ainsi, par exemple, que, au mois d'août 1908, il occupait à Mehun-sur-Yèvre, dans l'arrondissement de Bourges, un château splendidement achalandé.

Des manières brutales répugnaient à ce bandit de vieille école doué, cependant, d'une d'une force herculéenne. il ne se défendait pas. Il fuyait. Cependant, M. Sébille, contrôleur général des recherches à la sûreté générale, avait réuni sur son compte tous les documents susceptibles de faire tomber l'habile escroc aux mains de ses limiers, et c'est à Lyon, après une très habile filature, organisée par M. Jugon, chef de la brigade mobile de cette ville, que Petitjean fut capturé, hier.

Les inspecteurs, ayant leur chef à leur tête, avaient laissé Petitjean s'enfermer dans un café de la place Morand. Le bandit, entouré de trois compères et de deux femmes, devait négocier des titres et des bijoux volés qu'un escroc anglais, venu tout exprès de Londres, devait emporter. Ces messieurs étaient en grand conciliabule quand parut le commissaire. M. Jugon, accompagné de cinq de ses meilleurs agents. Muni de mandats d'amener émanant des parquets de Bourges, d'Etampes, de Saint-Etienne, et de Paris, le magistrat donna l'ordre à ses hommes de s emparer des cinq personnes qu'il leur désignait.

Déjà, les inspecteurs les maintenaient solidement, quand, soudain, se dégageant, Petitjean sortit un revolver de sa poche et fit feu sur M Jugon. La balle effleura le chapeau du commissaire. Un second coup de feu retentit puis un troisième. Dans l'émoi de la lutte, policiers et bandits étaient enchevêtrés. Ce fut un complice de Petitjean : Arthur Morau, qui reçut dans la tête l'un des projectiles destiné aux inspecteurs. Mais, grâce à l'émotion provoquée dans le café par cette lutte soudaine, l'Anglais, celui-là même qui avait déjà en sa possession les titres et bijoux volés, était parvenu à se dégager et à prendre la fuite.

Petitjean est donc à nouveau capturé. Il a été écroué à la maison d'arrêt, ainsi que Mouton et Morau, dont la blessure n'est pas grave. Le bandit — qui, du reste, a subi déjà douze condamnations et fut relégué en 1888 — a déclaré à ses gardiens qu'il échapperait, une fois de plus, à la justice de son pays. On verra bien.

Le Petit Parisien – 28 février 1909


EN BREF

Etrange accident à Saint Cloud - Un auto-taxi, d'un dépôt de Levallois, se dirigeant sur Boulogne, passait vers cinq heures, hier soir, sur le pont de Saint-Cloud. Le conducteur, Julien Desauge, 28 ans, demeurant rue Vocard, à Levallois, donnait une leçon de conduite à un élève mécanicien. En voulant éviter un tramway venant du Louvre, Desauge fit faire une brusque embardée à sa voiture par un trop violent changement de direction. L'auto-taxi monta sur le trottoir et heurta un candélabre. La glace d'avant se bri sa et un éclat de verre vint couper, derrière l'oreille, l'artère carotide de Desauge. Celui-ci sauta de sa voiture avec son compagnon, pour la vérifier. Il fit quelques pas, puis tomba à la renverse comme une masse, la mort ayant été presque instantanée. Le camarade de Desauge est sain et sauf. Le Petit Journal – 28 février 1909

Posté par Ichtos à 16:27 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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