CPA Scans

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02 avr. 09

Les actualités du 2 avril 1909

090403mole

Un pétrolier explose au milieu du port de Marseille – 9 morts

Une formidable explosion s'est produite, ce matin, à bord du voilier pétrolier Jules Henry, amarré à quai dans le parc à pétrole du môle F dans le nouveau bassin du cap Pinède. L'explosion, qui a eu lieu à 9 heures 3/4, a causé neuf morts ; il y a, en outre, onze blessés, dont plusieurs sont dans un état très grave, et qui tous ont été transportés à l'Hôtel-Dieu. Il y a deux disparus.

Le trois-mats Jules-Henry, dont les armateurs sont MM. Vimont et Cie était arrivé mardi dernier à Marseille, venant de Philadelphie et de Cette, où il avait débarqué son chargement de pétrole. Il venait de passer dans une des formes sèches du bassin du carénage et, après avoir été remis en état de propreté, il était venu mouiller à vide dans le parc à pétrole, tout près du quai au soufre et à proximité du grand steamer anglais Heliopolis, qui fait les voyages d'Egypte. Le voilier était, d'ailleurs, en partance pour Philadelphie et deux équipes d'ouvriers effectuaient à bord les dernières réparations.

Un des ingénieurs du bureau Veritas, M. Emile Pons, âgé de 42 ans, était venu ce matin à bord du voilier, avec un de ses employés, pour faire les vérifications d'usage ; son inspection se poursuivait sans incident, lorsque, soudain, au moment où M. Pons allait pénétrer dans une cale-citerne, située dans la partie du milieu avant du navire, sous le mât de misaine, une explosion formidable se produisit. Les gaz, accumulés dans la cale qui avait contenu tout récemment une quantité considérable, de pétrole, s'étaient enflammés au moment même où M. Pons, suivi de son employé, qui tenait à la main une lampe électrique, venait de faire ouvrir les panneaux de ce vaste réservoir.

A la suite de quelles circonstances particulières ou de quelle imprudence, les gaz ont-ils causé cette explosion, l'enquête ne l'a point encore établi. D'ailleurs, M. Pons, projeté sur le pont au milieu d'un inexprimable désordre et gravement blessé, n'a pas encore pu être entendu à ce sujet. On l'a cru disparu toute la matinée et c'est à midi seulement, qu'on vient de savoir qu'il a échappé à la mort et qu'il a été transporté à l'Hôtel-Dieu avec les autres blessés.

L'explosion a été puissante, puisqu'elle a été entendue jusque dans certaines parties de la banlieue de Marseille, fort éloignées du cap Pinède, mais elle n'a point produit une détonation violente comme celle d'un formidable coup de canon, bien plutôt un bruit sourd comme celui du brusque écroulement d'un énorme édifice. Lorsque je l'ai entendue, à plus de huit kilomètres du cap Pinède, je n'aurais su dire si un train venait de dérailler ou si une maison venait de s'écrouler dans le quartier mais je n'aurais point songé à une explosion comme celle qui, en 1903, fit sauter un autre navire pétrolier, le San-Leonardo, dans le même bassin.

Un des ouvriers qui travaillaient sur le quai à proximité du Jules-Henry m'a dit qu'on aurait crû que le navire venait de mouiller brusquement toutes ses ancres. Quoi qu'il en soit, l'explosion a été d'une puissance terrible. Les boulons des plaques de blindage, arrachés sur toute une partie de la coque, ont été projetés au loin comme par une mitrailleuse. Le pont du navire a été soulevé et presque entièrement démoli ; des poutres énormes, des plaques de fer, d'acier, de fonte, etc... ont été lancées avec force sur le quai et dans la mer. Deux minutes après l'explosion, le parc à pétrole offrait l'aspect d'un terrible combat.

Au milieu des épaves du navire, on retrouvait çà et là des débris humains : un bras, un pied, des morceaux de crâne; en maints endroits, les pavés du quai étaient couverts de sang, comme après une bataille à l'arme blanche. Tandis que, sur le quai au soufre, un ouvrier recueillait trois morceaux d'une boîte crânienne, horriblement fracassée, un homme de l'équipage sur le pont arrière du navire, retrouva un amas d'entrailles et de chair mutilée. Trois hommes qui travaillaient sur les vergues du mât de misaine avaient été emportés par l'explosion : un fut projeté sur le quai, où son cadavre, affreusement abîmé, est méconnaissable; le deuxième a disparu dans la mer, le troisième, complètement déshabillé par l'explosion mais sain et sauf, s'est sauvé à la nage et a été recueilli sur le quai, à demi fou de terreur.

Les deux morts d'abord identifiés sont deux ouvriers charpentiers de la maison Vaccario, Loubier, demeurant rue Clotilde, père de quatre enfants et Scotto demeurant rue Esus. Trois des blessés transportés à l'Hôtel-Dieu, Dominique Cazanova, ouvrier, demeurant rue d'Endoume, Eugène Gatizi, entrepreneur de peinture, demeurant rue Vincent-Leblanc et le journalier Jean Lanperti ont succombé à leurs blessures dans le courant de l'après-midi.

D'autre part, les scaphandriers qui ont effectué, après l'accident, des recherchés dans le bassin du parc à pétrole, ont retrouvé le cadavre du charpentier du navire, dont l'identité n'est pas encore exactement établie, puis un bras, et une jambe appartenant à une des victimes projetées sur le navire et dont les trois corps, affreusement mutilés, ne sont toujours pas reconnus. Il y a donc neuf morts à l'heure actuelle. Le chiffre exact des blessés serait de onze et il est établi que quatre hommes, ouvriers ou marins du bord, peu grièvement atteints, se sont fait conduire directement à leur domicile après l'explosion. (...)

Le Petit Journal – 2 avril 1909


EN BREF

Italie Tumulte et pugilats à la chambre italienne - A la suite du refus du gouvernement de répondre à une question sur les élections en Sicile, l'extrême-gauche a provoqué, aujourd'hui, une nouvelle scène de désordre. Le socialiste, M. Morgari, a accusé la majorité d'être domestiquée par le ministère. Des collisions se sont produites et les questeurs ont dû séparer les combattante. Le député Longinotti s'est précipité sur son collegue Podrecca, rédacteur de la feuille anticléricale Illustrea-l'Asino, en lui criant : "Ane pornographe ! " M. Podrecca a répliqué : "Viens dehors, enfant de chœur, je te fracasserai les côtes ! " Le tumulte prenant des proportions formidables, le président a fait évacuer les tribunes. A la reprise de la séance, le vice-président, M. Cappelli, a regretté les intempérances de langage de la minorité, qui nuisent à la majesté de la représentation nationale. Le Petit Journal – 2 avril 1909

us_1908 Attentat contre le viaduc de New-York - New-York, 1er Avril - Une audacieuse tentative criminelle a eu lieu, hier matin, dans le quartier de Hoboken. Des individus encore inconnus ont voulu faire sauter le grand viaduc. L'explosion a causé une panique indescriptible. La ville semblait ébranlée par un tremblement de terre ; de nombreux carreaux de fenêtres ont été brisés à plus d'un kilomètre à la ronde; les maisons voisines du viaduc sont encore couvertes de débris d'acier et de pierre. La maison d'une grande compagnie, située en face du pont, a été complètement démolie.Les morceaux d'acier projetés en l'air ont blessé six personnes. Le Petit Journal – 2 avril 1909

Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Permalien [#]