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18 juil. 09

Les actualités du 18 juillet 1909

Qajar_Ahmad_Shah

Le Chah de Perse abdique

Les événements de Perse se sont singulièrement précipités. Mohammed Ali chah, après s'ètre réfugié à la légation de Russie, a renoncé au trône. Son second fils, Ali Mirza, a été proclamé à sa place. Comme il est âgé de onze ans, le chef de la tribu des Kadjars, Azed el Moulk, homme très populaire, prend la régence. Voilà deux ans que cette crise se prépare et se développe. En août 1906, Mouzzafer Eddine avait octroyé à son peuple une Constitution. Son successeur, Mohammed Ali, jura fidélité à cette charte en février 1907. Mais en octobre suivant, il en promulgua une autre. Et en décembre, il dirigea contre le Parlement un premier essai de réaction.

En janvier 1908, on crut à une réconciliation. Mais ce replâtrage ne dura pas. En février, on lança des bombes contre la voiture du chah, qui, quelques semaines après. quitta la capitale et fît bombarder le Parlement. Dès lors, la lutte était ouverte. Elle n'a pas cessé depuis. En juillet, les révolutionnaires s'emparèrent de Tabriz. Et l'on commença à concevoir des inquiétudes pour la sécurité des Européens, inquiétudes qui se dissipèrent par la suite.

La Russie et l'Angleterre, agissant en vertu de l'accord de 1907, exercèrent une pression sur le chah et le décidèrent à fixer les élections au 27 octobre, l'ouverture du Parlement au 14 novembre. Mais cette fois encore, le succès du libéralisme fut sans lendemain. Le chah en effet n'était pas de bonne foi et allait de nouveau manquer à ses promesses. En novembre, les élections n'avaient pas encore eu lieu et il n'était pas question d'y procéder. Bien plus, à la fin de ce mois, un décret abolissait la Constitution et il fallait, pour le faire rapporter, les énergiques instances de l'Angleterre et de la Russie.

Les continuels retours en arrière du chah avaient d'ailleurs lassé tout le inonde. Ispahan était aux mains des Bakhtiaris. Au nord les constitutionnels tenaient la campagne. La situation devenait de plus en plus inquiétante. Le gouvernement russe prescrivit alors l'occupation de Tabriz. Et une fois encore, dans une intention qu'il est malaisé de démêler, le chah rétablit la Constitution. Mais il était trop tard. Téhéran désormais se trouvait entre deux feux, les constitutionnels de Kasvin et les Bakhtiaris d'Ispahan. Ces deux forces convergentes en faisant leur jonction dans la capitale ont déterminé la chute du chah.

Pendant les jours qui ont précédé l'entrée à Téhéran des constitutionnels, les légations d'Angleterre et de Russie ont essayé de prévenir le choc, d'arracher des concessions et des engagements au sirdar Assad, chef des Bakhtiaris, et au cipahdar, chef des nationalistes de Kasvin. Elles n'ont pas réussi à les obtenir. Sir Edward Grey, résumant les résultats de ces efforts combinés, disait le 8 juillet à la Chambre des communes : "La situation se caractérise en deux mots ; confusion et hésitation... Le gouvernement anglais regarde l'ensemble des voeux émis par les constitutionnels comme de nature à accroître la confusion existante... Certains chefs nationalistes de Téhéran ont bien adressé au ministre d'Angleterre des documents déclarant qu'ils feraient respecter comme par le passé les vies et les biens des Européens non belligérants. _Mais, au même moment les constitutionnels de Kasvin envoyaient aux légations de Téhéran des télégrammes impliquant la possibilité d'une conduite toute différente... A ce point de vue la situation peut se résumer ainsi : des assurances satisfaisantes corrigées par des menaces occasionnelles."

Ces menaces, fort heureusement, ne se sont pas réalisées. Et bien qu'on se soit battu depuis quatre jours dans les rues de Téhéran, il ne semble pas qu'on puisse reprocher aux constitutionnels aucun excès. Ils ont eu recours aux armes, parce qu'ils avaient en face d'eux la brigade mercenaire du colonel Liakhof, à laquelle le chah avait donné l'ordre de résister. Mais ils ont pris soin de ne pas porter atteinte aux propriétés privées. Leur principal objectif a été d'agir et de vaincre avant l'arrivée des Russes. Et dans l'intérêt général, on doit se féliciter qu'ils y aient réussi. Si les Russes avaient occupé Téhéran avant l'assaut du 14 et du 15, on en serait venu forcément à une bataille générale, qui eût gravement compliqué les choses. Il était désirable — comme l'a fort bien montré la presse russe — que les troupes du tsar ne parussent pas mises au service du chah contre ses sujets. Leur attitude réservée prouve qu'elles n'étaient pas entrées en Perse avec un tel dessein. Il n'y a eu ni contact ni conflit entre elles et l'armée constitutionnelle. C'est d'un bon augure pour la suite des relations russo-persanes.

Que dire du lendemain ? Le chah qui disparaît ne laissera point de regrets. C'était un fourbe médiocre qui a menti à tout le monde et qui n'a même pas eu l'excuse du succès. Son successeur est un enfant, sous le nom duquel on ne sait encore qui gouvernera. Quel que soit ce gouvernement, son premier devoir sera de se rappeler le mot si juste de sir Edward Grey : "Le plus sûr moyen de prévenir l'intervention étrangère est de maintenir l'ordre." Nous avons grand plaisir d'ailleurs à constater que ce conseil a déjà été suivi. La Perse pacifiée et affranchie devra tenir ensuite un compte clairvoyant des avis qui lui seront donnés de Saint-Pétersbourg et de Londres. Car sans la sympathie de ces deux puissances tout effort durable de réorganisation serait pour elle difficile. Elle sait enfin que sans avoir les même intérêts politiques, la France, comme ses alliés et ses amis, n'aspire qu'à rétablissement d'un ordre de choses meilleur auquel elle est prête à collaborer dans l'avenir comme elle l'a déjà fait dans le passé.

Le Temps – 18 juillet 1909

tigre

Banania

EN BREF

Tour_1909 La septième étape  n'a pas été gagné par Faber — invraisemblable, mais vrai — C'est son frère de mère : Ernest-Paul qui a terminé le premier l'étape Nice-Nimes (345 kil.) en 12 heures 43. Le second est Trousselier, en 13 heures; 3. Garrigou à une roue; 4- F. Faber, à une demi-roue, 5. Alavoine, à une longueur; 6. Cruchon, en 13 heures 2 ; 7. Duboc ; 8; Van Houwaert ; 9. Ménager; 10. Fleury. Faber est toujours en tête du classement général, avec 16 points au lieu de 17 sur Garrigou. Demain, huitième étape : Nîmes-Toulouse, 303 kilomètres. Le Matin – 18 juillet 1909


Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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