CPA Scans

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24 août 09

Les actualités du 24 août 1909

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Semaine d'aviation de Champagne: Deuxième journée

100,000 personnes ont assisté hier, dans les plaines de Bétheny, au plus extraordinaire des spectacles qu'il ait été donné au monde de voir jamais. Dans 1'atmosphère conquise, on a vu évoluer ensemble six aéroplanes; dix autres ensuite ont a leur tour pris leur envolée, et pendant les deux heures qui précédèrent la fin du jour, le ciel a été sillonné de machines volantes. Visions uniques et inoubliables, sensations d'étonnement, de joie, d'esthétique et de beauté, rien ne nous a manqué. On se demande aujourd'hui si hier était bien une réalité. Mais déjà les hommes volants d'hier se chargent de nous répondre, puisqu'ils se préparent à nous étonner à nouveau dans quelques heures.

La journée avait commencé triste, grise, sous la pluie; elle a fini claire et gaie, et le soleil, quand il s'est couché derrière les tribunes, a doré les derniers aéroplanes qui volaient. Nous avons eu toutes les sensations. Le matin d'abord, lorsque Lefebvre, téméraire qui pilotait un biplan Wright, n'a pas hésité à se lancer malgré un vent, qui constaté officiellement au cours de son vol, a atteint une vitesse de 9 métrés à la seconde. Après lui, Blériot a aussi pris son envolée dans le vent, qui très violent encore, le forçait à revenir vers la terre. Mais tous deux avaient accompli le parcours nécessaire pour se qualifier en tête des représentants de la France dans la Coupe Gordon-Bennett internationale qui se disputera samedi.

Hubert Latham, lui aussi, avait réussi a prendre le départ avec ses camarades; mais plus tôt vaincu par le vent, l'appareil ne put couvrir le minimum de la distance de 10 kilomètres qui était imposée. Comme on avait affiché dans Reims que l'on ne volait pas au champ d'aviation, le public était venu peu nombreux le matin. Il n'en fut pas de même l'après-midi. Les curieux affluèrent, envahissant les enceintes populaires, mais les tribunes se garnissaient moins vite. Les trains spéciaux se succédaient et débarquaient des milliers de visiteurs tandis que tout autour du circuit des groupes se formaient, s'accusaient, et que sur l'énorme périmètre de 16 kilomètres que comporte le champ d'aviation, peu d'espace restait libre.

Facilement maintenue aux tribunes, la foule grouillante aux places populaires devint quelque peu menaçante vers cinq heures du soir ; les barrières furent même brisées, mais le service d'ordre, supérieurement organisé par le générai Valabrègue, aidé du lieutenant-colonel Geoffroy, eut vite raison de cette manifestation. Deux pelotons de dragons de la réserve partirent au galop vers le point menacé et forcèrent les spectateurs à rentrer dans les enceintes qui leur étaient assignées. Ce fut le seul incident de la journée, d'ailleurs vite réprimé.

Des nuages noirs traversaient le ciel a ce moment; ils crevèrent juste au-dessus des tribunes et une averse abondante arrosa les spectateurs dont pas an ne bougea, car le soleil se montrait dans une éclaircie et on annonçait au mât des signaux que les aviateurs allaient sortir. Le vent tomba subitement comme pour favoriser les essais, et l'anémomètre officiel n'enregistra du. reste depuis cinq heures quarante-cinq du soir, heure à laquelle s'enleva, le premier, Latham, que des vitesses qui ne dépassaient pas deux mètres à la seconde. Ce fut alors le spectacle inoubliable pendant plus d'une heure, des exclamations des cinquante mille spectateurs des places populaires et des tribunes qui acclamaient les biplans et les monoplans qui évoluaient.

Latham le premier, prit son envolée, et gracieux, majestueux, passa à trente mètres d'altitude devant les tribunes. Mais au même moment de Lambert part à son tour, puis Sommer, Cockburn, Delagrange et Fournier. En moins de dix minutes, six appareils se profilent dans le ciel, s'en allant auloin, là-bas, vers Witry-lez-Reims, tandis qu'un immense arc-en-ciel monte en face des tribunes. C'est alors l'enthousiasme indescriptible. Des places populaires on crie, on acclame. Aux tribunes, on applaudit, on agite les mouchoirs, on se félicite; les gens s'interpellent, joyeux. Tous les mauvais moments précédents sont oubliés; on ne pense plus au cyclone d'il y a quinze jours, à la journée lamentable et pluvieuse d'hier. C'est le triomphe, et l'on pourrait ne plus voler ni aujourd'hui ni demain, ni aucun jour encore de la semaine, que cet inoubliable début suffirait.

Mais les hommes-oiseaux ne n'arrêtent point. Voici encore Paulhan, Sommer, de Rue qui ne peut s'envoler, Guffroy aussi qui essaye en vain de prendre un départ, cependant que ceux qui tiennent l'air continuent régulièrement à parcourir le tracé de l'immense piste de 10 kilomètres, les uns pour se qualifier encore pour la Coupe Gordon-Bennett, les autres qui concourent pour le prix de la Vitesse de 30 kilomètres. A six heures cinquante, le dernier départ était donné et à sept heures et demie, les derniers vols se terminaient. Hubert Latham était resté le dernier dans l'atmosphère, pilotant un second appareil ; mais une panne de moteur l'arrêtait près d'un pylône extrême à 3 kilom. 500 du départ, et tandis qu'il revenait aux tribunes sur un cheval de dragons, ses hommes d'équipe partaient pour ra mener son monoplan immobilisé.

Satisfait, le public partit. Mais on devine quel encombrement fut celui des routes et celui de la gare spéciale du Fresnoy-Aviation. Néanmoins les retours à Reims furent assurés assez rapidement par le chemin de fer. Quant aux théories d'attelages de toutes sortes, longtemps dans la nuit elles se déroulèrent sur toutes les routes avoisinantes, les phares d'automobile piquant leurs clartés lumineuses sur la plaine immense,

La soirée à Reims fut très animée. Les hôtels, naturellement, regorgeaient de monde. On dînait partout en plein air. Les principaux monuments et de très nombreuses maisons étaient décorés et illuminés. A onze heures du soir, à la chambre de commerce, spécialement affectée à la presse pendant la semaine d'aviation, les commissaires sportifs ont fait afficher le communiqué (...) qui résume les résultats de la journée (...).

Le Temps – 24 août 1909

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Henry Farman, gagnant du grand prix

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EN BREF

us-1908 Sanglantes courses d'automobiles aux états-unis - New-York, 22 août. — Un grave accident s'est encore produit aux courses d'automobiles à Indianapolis. Jeudi, deux personnes furent tuées, et hier le nombre des morts a été porté à cinq. Dans une course de 300 milles (480 kilomètres environ) une voiture, dont l'un des pneus s'était crevé, vint heurter et traverser la palissade. Les spectateurs s'enfuirent de tous les côtés, mais quatre personnes furent écrasées sous la voiture qui s'était renversée. Deux des victimes succombèrent et les deux autres furent grièvement blessées. De plus, le mécanicien fut tué, le chauffeur lui n'a reçu que quelques égratignures seulement. Plus tard survint un nouvel accident: une voiture fût encore détruite et ceux qui la montaient ont été blessés. Sur ce, les autorités ont décidé de mettre fin aux courses. Le Matin – 23 août 1909

Le Monoplan de Blériot reproduit dans le gazon – Curieux effet de végetation spontanée - Douvres, 23 Août — Au point exact où, le matin du 25 juillet, l'aéroplane de Blériot, ayant traversé le Pas de Calais, atterrit près de Douvres, au lieudit Northfall Meadow, la forme de l'aéroplane apparaît maintenant reproduite de très curieuse façon. Le monoplan victorieux est retracé en épais gazon d'un beau vert qui reproduit exactement ses contours, tranchant sur l'herbe fanée et jaunie par le piétinement des milliers et des milliers de spectateurs qui accoururent pour voir l'aéroplane. Le gazon, ayant été protégé par les ailes et le corps de la machine, a poussé vif et dru.C'est maintenant un nouveau pèlerinage que les habitants de Douvres et des environs vont faire à Northfall Meadow pour voir ce curieux phénomène de végétation qui marque l'emplacement où sera érigée plus tard la stèle commémorative de l'Aéro-Club, formant le pendant, en Angleterre, du monument similaire qui doit être dressé, aux environs de Calais, à l'endroit où Blériot prit son essor. Le Petit Journal – 24 août 1909

Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Permalien [#]