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12 sept. 09

Les actualités du 12 septembre 1909

Char de MArennes

A Bordeaux, on célèbre Bacchus et le vin

M. Gounouilhou, directeur de la Petite Gironde, a eu l'heureuse idée d'organiser, dans la patrie d'Ausone, les 11, 12 et 13 septembre, une grande manifestation artistique toute à la gloire du vin de Bardeaux : la fête des Vendanges. Cette fête fut placée sous le patronage d'un comité d'honneur composé de MM. Dureault, préfet de la Gironde ; Bouché, maire de Bordeaux ; Monis, sénateur, président du conseil général de la Gironde ; Buhan, président de la chambre de commerce de Bordeaux, et des sénateurs, députés, présidents des conseils généraux et chambres de commerce de la région.

Les organisateurs, voulant donner à leur programme toute l'importance et le développement qu'il comportait, le divisèrent en deux parties bien distinctes, concourant au même but : une cavalcade et une représentation théâtrale en plein air de Bacchus triomphant, l'œuvre de MM. Camille Erlanger et Henri Cain, interprétée par M mes Litvinne et Chenal et M. Muratore.

Ce matin, profitant d'une embellie, la cavalcade, empêchée hier par la pluie, a pu : quitter les allées de Chartres et sortir pour le plaisir de l'immense foule entassée sur son passage. Elle comprenait de nombreux chars encadrés de hérauts d'armes en costume moyenâgeux, de trompettes, de trompes de chasse et de fanfares à pied et à cheval dont les sonneries déchiraient l'air. Cette longue théorie a défilé à neuf heures à travers les principales voies de la ville entre deux haies compactes de curieux. Ce premier itinéraire a été toutefois écourté, par crainte d'une ondée qui aurait été désastreuse.

C'est sur la magnifique place des Quinconces que s'est déroulée, à trois heures, la seconde partie du programme : la représentation en plein air de Bacchus triomphant. Sur le vaste emplacement qui s'étend du monument des Girondins aux colonnes rostrales, a été installé un immense théâtre de plein air en bois pouvant contenir vingt-cinq mille spectateurs, il a été édifié en l'espace de cinq semaines par la Coopérative des charpentiers de Paris sous la direction de M. Favaron. Soixante ouvriers seulement y ont coopéré : c'est un merveilleux tour de force. Les masses chorales formant un ensemble de six cents choristes, et l'orchestre comprenant deux cents exécutants, étaient conduits par M. Camille Erlanger.

Bacchus triomphant

L'œuvre lyrique de Camille Erlanger et Henri Coin comprend trois actes : Le premier est consacré aux fêtes de la terre. Les chars de Bacchus et de Cérés sont entourés d'une foule joyeuse qui glorifie le dieu de la vigne et la déesse des moissons. Cérès chante un hymne en l'honneur du laboureur Bacchus célèbre le vigneron et au milieu des danses des dryades, des syl-vains et des faunes, Bacchus et Cérès magnifient la terre sacrée. Puis Silène parait avec son cortège, et l'acte finit sur un chant triomphal à la gloire du dieu de la vigne.

Au deuxième acte, nous assistons à l'arrivée des Barbares devant Burdigala. Les Goths font fuir dans l'intérieur de la ville, dont les portes sont aussitôt fermées, les habitants qui, en un jour de fête, se livraient devant les remparts à leurs jeux favoris. Les Barbares sont conduits par Hunter qui, montrant la ville promise à leur convoitise, entonne un chant guerrier. Soudain, les cloches de la ville sonnent; un cantique de grâce s'élève derrière les remparts, et une vierge gauloise, suivie de jeunes filles, supplie Hunter et ses soldats d'épargner la cité, car elle leur apporte le bonheur. Hunter se laisse charmer et conquérir par tant de douceur ; il tend son hanap et la vierge le remplit du vin de son amphore. Les guerriers boivent. Burdigala sera épargnée. Les portes s'abaissent, les Barbares chargent sur leurs chars les outres de vin que l'on apporte et s'éloignent, tandis que la foule porte en triomphe sa libératrice, la jeune fille, qui élève au-dessus de tous un cep chargé de grappes : la vigne victorieuse.

Le troisième acte est divisé en deux tableaux : l'un, consacré au défilé des saisons, se termine par un important ballet ; l'autre, le triomphe de Bacchus, couronne l'œuvre. La partie symphonique du Bacchus triomphant montre une fois de plus que M. Camille Erlanger connaît à fond les divers instruments qu'il met en jeu pour produire l'effet voulu : c'est ainsi que les cordes, renforcées de saxophones, ont donné un ensemble qui a produit chez les connaisseurs une profonde impression.

Si, par ailleurs, cette œuvre si personnelle a semblé peut-être trop amenuisée par certains côtés, comme harmonie ; si la partie sauvage et mythologique paraissait demander un caractère plus typique, en revanche certaines pages du deuxième acte, comme les danses des captives dont l'air busqué, d'une originale facture, est très joli, et surtout l'évocation au vin qui à notre point de vue, est l'inspiration la plus heureuse de l'œuvre, et la marche qui salue l'entrée des Barbares, ont été particulièrement goûtées.

En somme, il résulte de l'ensemble de cette grande composition lyrique une impression de beauté réelle qui a vivement séduit et intéréssé. Quant à l'interprétation, elle fut ce qu'on était en droit d'attendre d'artistes de premier ordre comme Mme Litvinne (Cérès et la déesse des Saisons) : M. Muratore (Bacchus et Hunter) ; Mlle Chenal qui, dans le rôle de la vierge gauloise, au deuxième acte, a obtenu pour ainsi dire le plus gros succès ; M. Claverie (Silène) et enfin Mlles Regina Badet (la Volupté) ; Irène Lovati et Popinet (la Griserie), et Greppi, qui ont été parfaites dans la danse bacchanale du premier acte : l'orgie au camp des Barbares au deuxième acte, et le ballet des saisons au troisième acte.

Chenal reginal Badet acchus triomphant

La mise en scène de l'ouvrage fait ressortir une fois de plus les qualités de M. Stuart, régisseur de l'Opéra. Tout était admirablement ordonné, et les costumes aux couleurs chatoyantes ainsi que les groupements des chœurs, du ballet et des figurants témoignaient d'un incomparable goût artistique et d'un réel souci de couleur historique qui ont été justement appréciés. La représentation, commencée à trois heures a pleinement réussi.

Le compositeur Erlanger dirigeait l'orchestre. Et le public qui remplissait le vaste amphithéâtre a témoigné par ses applaudissements le plaisir qu'il avait éprouvé à ce magnifique spectacle, tout nouveau pour lui, et pour lequel ceux qui l'ont tenté méritent toutes les félicitations. La foule a fait bisser d'enthousiasme la marche finale et acclamé les auteurs. Il est à souhaiter maintenant que les représentations de lundi et de mardi soient aussi favorisées par le beau temps que cette grande première à laquelle nous venons d'assister.

Le Petit Parisien – 13 septembre 1909

Grands_vins_de_bordeaux

EN BREF

allemagne Des pétards font stopper le train de Guillaume II - Munich, 11 septembre. On annonce officiellement que le train spécial de la cour dans lequel voyageait l'empereur d'Allemagne et qui allait cette nuit d Iglau à Carlsruhe, par la ligne bavaroise de Furth-im-Wald, Nuremberg et Crailsheim, a été obligé de s'arrêter à la station de Cham, par suite de l'explosion de pétards qui avaient été placés sur les rails. Il ne s'agit là évidemment que d'une grossière plaisanterie. Les pétards sont, comme on sait, des signaux qu'on emploie pour faire stopper les trains quand le temps est brumeux Le train impérial a continué sa route après un arrêt de peu de durée. Le Petit Parisien – 12 septembre 1909

Violents orages en Aveyron – Plusieurs victimes — A la suite de violents orages qui ont éclaté dans l'Aveyron, la plupart des cours d'eau ont débordé. Le Viaur, notamment, est devenu un torrent qui a emporté le vieux pont ogival du village de Camboulas,un des sites les plus pittoresques de l'Aveyron. Les riverains, effrayés, ont dû quitter en pleine nuit leurs habitations pour se réfugier dans la partie haute du village. Récemment, le conseil général avait décidé l'élargissement de ce pont, devenu insuffisant pour la circulation. Les orages ont causé d'autres désastres, principalement dans la vallée du Viaur, où s'est abattue une trombe. En certains points des gorges du Viaur, la colonne d'eau a atteint 12 mètres de hauteur. Des routes détruites, ponts emportés, murs renversés, maisons envahies, jardins saccagés, lignes télégraphiques coupées, animaux noyés : voilà le bilan; malheureusement, on compte plusieurs victimes. Outre le pont de Camboulas, celui de Ségur a été enlevé, celui de Pont-de-Salars détruit et toutes les communications sont interrompues avec le canton de Salles-Curan. Au moulin du Mazet, le meunier et sa femme, essayant de sauver leurs animaux, ont péri emportés par le torrent; à Gaillac, les habitants ont du évacuer précipitamment leurs habitations pendant la nuit; à Millau, une maison s'est effondrée sous la pression des eaux, ensevelissant une victime, Mlle Garleno, âgée de vingt-huit ans; à Recoules, un domestique de ferme et quarante brebis ont été tués par la foudre. Le Temps – 12 septembre 1909

Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]
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