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13 sept. 09

Les actualités du 13 septembre 1909

orage grele montpellier

Une avalanche de grêle dans la plaine de Corbeil

Dans la soirée de dimanche un orage d'une épouvantable violence, tel que les habitants ne se souviennent pas d'en avoir vu un semblait, s'est abattu sur toute la région de Corbeil, semant un peu partout, et principalement à Mennecy, la désolation et la ruine. Il était près de sept heures du soir ; soudain dans, un ciel de plomb, zigzaguèrent d'innombrables éclairs et la foudre tonna sans interruption, tandis qu'une pluie diluvienne s'abattait sur la contrée, en même temps qu'une véritable avalanche de formidables grêlons. Cela dura pendant deux heures et demie ; la tempête était si formidable que nul dans toute la région n'osait s'aventurer dans les rues et sur les routes.

En l'espace d'une demi-heure, toute la plaine où voisinent les communes de Mennecy, Ormoy, Echarcon, Le Coudray, Morsang, Moulin-Galant, Villabé et Saintry fut transformée en une sorte de lac, à la surface duquel surnageaient les récoltes, les fruits arrachés des arbres, les légumes, les volatiles tués par l'orage. Sur les routes, les promeneurs s'enfuyaient, se réfugiant dans les maisons les plus proches, afin de ne point être emportés par les torrents impétueux qui les sillonnaient.Toute la nuit s'écoula, pour les paisibles populations de cette région, dans des transes et des angoisses mortelles ; ce ne fut guère qu'hier matin qu'on put se rendre compte de l'étendue du désastre.

Pour donner une idée de la violence de l'orage, disons que sur le territoire de la seule, commune d'Echarcon on a relevé plus de 800 perdreaux qui avaient été tués par la chute des grêlons. Les plus petits d'entre ces derniers pesaient plus de 50 grammes. Dans les autres communes c'est encore par centaines que les gardes des grandes propriétés ont relevé les volatiles tués. Partout c'est un désastre irréparable ; les récoltes, quelles qu'elles soient, sont perdues, noyées, arrachées, saccagées ou emportées.

Mais c'est surtout à Mennecy, localité située en contre-bas, dans la vallée, que les éléments ont fait rage. Dans toutes les rues dont la déclivité est très prononcée, l'eau dévalait en véritables avalanches, pénétrant partout, emplissant les maisons qui menaçaient de s'effondrer, si bien que les habitants éperdus furent forcés, pour la plupart, d'abandonner leur logis et de se réfugier en plein champ à la merci des intempéries.

Quand nous arrivons à la gare de Mennecy, de bon matin, différentes équipes d'ouvriers sont occupées à épuiser l'eau qui emplit les caves et les salles. Les dégâts sont considérables. Au plus fort de l'orage, les grélons se sont entassés en cet endroit et sous le pont du passage à niveau à une hauteur de 2 mètres 50 et sur une longueur de 40 mètres. Sur la ligne, la voie est littéralement saccagée, surtout entre Mennecy et Moulin-Galant ; les terres, creusées par la prèle et l'eau se sont éboulées en plus de 50 endroits différents, principalement au kilomètre 39, à hauteur de l'écluse, près de Coudray-Monceaux.

L'éboulement s'étend là jusqu'aux maisons qui bordent la ligne. Aussi la circulation a-t-elle été interrompue sur la voie 2, et l'on a dû organiser sur la voie 1 — celle de Montereau — un service de pilotage qui durera plusieurs jours. Les trains de voyageurs y passent, mais circulent au pas ; quant à ceux de marchandises, beaucoup plus lourds, on a dû les détourner par la ligne de Bourgogne.

Au plus fort de l'orage, au moment où l'éboulement venait de se produire, un train de voyageurs allait passer. Une catastrophe était imminente ; elle ne fut évitée, que grâce à la présence d'esprit et au dévouement de M. Hussenet, gardien de l'écluse, qui, avec de l'eau jusqu'au-dessus du genou, courut avertir le chef dé gare et fit retenir le train.

Inutile d'ajouter, après cela, que la plupart des routes ont été saccagées et ravinées. La violence de l'avalanche fut telle que dans la côte de Montaizé dix mètres cubes de pierres destinés au rechargement de la route ont été, transportés dams les champs à 50 mètres du pied du talus. A Ormoy, le talus de la voie du chemin de fer s'est éboulé sur la chaussée ; aux Rayères, un mur de la propriété de M. Darblay a été renversé.

A Mennecy, les dégâts sont innombrables, mais c'est surtout la laiterie et la ferme de MM. Cuminge et Piatier qui ont souffert. Tous les animaux de basse-cour ont été tues, noyés ou assommés par des grélons énormes ; on a eu toutes les peines du monde à sauver les hôtes de la porcherie, dont deux malgré tout ont été noyés. Dans la ferme elle-même, l'eau s'élevait à un mètre cinquante de haut, et l'on a dû percer des ouvertures dans les murs afin de permettre aux habitants d'entrer et de sortir. Détail navrant, le corps de la mère de Mme Cuminge, décédée à Paris, fut ramené à Mennecy hier vers une heure de l'après-midi ; on ne savait comment faire entrer le cercueil dans la ferme. Tout le reste de la commune est saccagé.

Le passage à niveau souterrain fut longtemps obstrué par un amas de grêlons transformés en glaçons ; les maisons de M. Jungfleisch, professeur au Collège de France, de Mmes Trottier et Masson, de M. Esnault sont transformées en glacières ; tout y est bouleversé : meubles, linge, vaisselle, literie, ustensiles de cuisine, tout gît pèle-mêle dans les cours inondées et vaseuses.

Place de la Mairie, chez M. Héry, l'eau a défoncé la toiture, envahissant tout, si bien qu'au rez-de-chaussée une salle de billard fut en quelques instants transformée en bassin. Des pécheurs qui s'étaient réfugiés dans une cabane située sur les bords des marais de Mennecy y demeurèrent bloqués par les eaux, et pour les sauver on dut aller les chercher au moyen de barques.

Ajoutons enfin que la foudre est tombée au château de Villeroy, y occasionnant quelques dommages. Un peu partout, l'avalanche de grêle fut si violente que des cordes servant à étendre le linge furent coupées ; la cheminée de l'ancienne tuilerie fut emplie de grêlons, enfin les propriétaires du café Jacquet, chassés de leur chambre, durent coucher, et avec eux des voisins, dans la salle de bal.

Les secours ne furent organisés que fort tardivement, dans la matinée d'hier, par les pompiers de Mennecy, puis ceux de Corbeil, venus avec une pompe à vapeur sous la conduite du sous-lieutenant Leroy. Citons parmi les sauveteurs dont le dévouement a été le plus remarqué : MM. Métais, sergent au 82e d'infanterie à Orléans ; Lelière, facteur rural à Mennecy ; Bourdier, Rigault, Raoult, Ponchon, Lepluard et Serbillot, qui se sont multipliés et dont la conduite a été signalée à M. Au-trand, préfet de Seine-et-Oise.

Le Petit Parisien – 14 septembre 1909

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EN BREF

Capture d'un requin en Bretagne - Locmariaquer — On nous signale la capture, dans la baie du Monteno, près Port-Navalo, dans de golfe même du Morbihan, d'un requin que la mer, en se retirant, venait de laisser échoué sur le rivage. Jeudi dernier le comte de Lyrot rentrait à l'ile Renaud après avoir fait, à bord de la Thaïs, une partie de pêche avec ses enfants et quelques amis, lorsqu'il aperçut tout à coup ce monstre, absolument étranger à nos côtes. Ce ne fut qu'après beaucoup de difficultés, que les marins de la petite chaloupe parvinrent à l'amarrer au bord du bateau et à ramener jusqu'à Larmor-Baden, où, après ravoir hâlé sur la cale, avec l'aide des pécheurs et du douanier de service, ils réussirent enfin à l'achever, Car, détail caractéristique, la fraîcheur de l'eau semblait lui avoir rendu ses forces aau point qu'il avait coupé les quadruples cordages passés dans sa formidable mâchoire. Ce requin, qui pesait de 280 à 300 kilos, mesurait de la tête à l'extrémité des nageoires de la queue, 2 mètres 98 centimètres. Le Gaulois – 13 septembre 1909

A la conquête du pôle Sud - Les journaux anglais annoncent que le capitaine Scott partira en juillet 1910 pour une nouvelle expédition dans les régions antarctiques. L'expédition, qui s'organise avec le concours de l'expérience du lieutenant Shackleton, établira sa base dans une région encore inconnue de la terre de King-Edward-VII, à 650 kilomètres de Mac-Murdo-Sound, qui a servi de base jusqu'ici à ces explorations. Le capitaine Scott songe à utiliser un traîneau automobile, muni de larges roues lui permettant de rouler sur la neige, et qui a déjà été employé en Norvège. Le but de cette expédition, déclare le capitaine Scott, est d'atteindre le pôle Sud et d'assurer à l'empire britannique l'honneur de cet exploit. Les dépenses de l'expédition sont évaluées à un million de francs. Le Temps – 13 septembre 1909

Italie La Reine de la Mer - Hier, à Naples a eu lieu une pittoresque fête populaire. Pour la première fois on a couronné une reine de la mer sur le modèle de nos reines des marchés à la mi-carême. Sous le ciel de Naples, cette cérémonie s'est déroulée, le long du golfe avec une impressionnante splendeur. La reine, qui est la fille d'un ancien pêcheur du Pausilippe, se nomme Ersilia Lucarelli, véritable type séduisant et caractéristique de la bellezza popolana. On est allé la chercher en grande pompe au faubourg de Mergellina où elle habite dans la maison paternelle. On l'a conduite par mer sur une barque ornée de pourpre et d'or, suivie d'autres barques fleuries jusqu au château de l'Œuf où a eu lieu la cérémonie du couronnement. Puis revêtue de sa pourpre, sur un char, la reine de la mer s'est rendue à la mairie au milieu du peuple en fête, précédée des fanfares. Une cantate spéciale, déjà très populaire, a été chantée. Le Temps – 13 septembre 1909

Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Permalien [#]