CPA Scans

Collection de cartes postales anciennes numérisées en haute définition. Actualités d'époque. Histoires insolites.

14 sept. 09

Les actualités du 14 septembre 1909

dirigeable republique

Le dirigeable République ressuscité

II y a neuf jours, le 4 septembre dernier, le dirigeable militaire République atterrissait près de Nevers, dans des conditions extraordinairement périlleuses, et beaucoup de nos confrères considéraient le ballon comme perdu. Grâce au sang-froid de nos officiers, pour lesquels nous n'aurons jamais assez d'éloges ; grâce au dévouement de tous les instants des ingénieurs et des soldats, le dirigeable militaire s'est élevé dans les airs, hier lundi, à l'heure même que nous avions annoncée, dès le milieu de la dernière semaine.

L'aéronat est complètement remis a neuf, et l'accident n'est plus qu'un souvenir lointain semblable à celui d'un mauvais rêve. Les réparations se sont effectuées par les seules ressources du génie, avec son matériel et son personnel spécial, dans son hangar démontable qui le suit ; comme cela se serait passé en cas de guerre, à la suite d'avaries dues, soit à une cause analogue, soit a une déchirure de l'enveloppe par suite de coups de feu.

Hier matin, a six heures et demie, le ballon réparé faisait son apparition hors de son campement à Lapalisse. Soixante sapeurs, sous le commandement du lieutenant Chaure, ont sorti le dirigeable de son hangar, en le maintenant par des cordages, pendant que, dans la nacelle, un adjudant et deux sous-officiers mécaniciens s'occupaient de la manœuvre du moteur.

Les curieux, assez nombreux sur la route: poussent des cris enthousiastes de : Vive la France ! Vive l'armée ! On entend même un cri de : Vive le ressuscité ! Le lieutenant Chaure conduit le ballon vers l'endroit choisi pour les essais du moteur. Les commandements à gauche ! en avant ! la pointe à gauche !... s'exécutent sans effort; Le temps, quoique couvert et pluvieux, ne paraissant pas trop défavorable, on décide une ascension.

Le commandant Bouttiaux, ainsi que les capitaines Bois et Marchal, montent dans la nacelle. On éloigne tous les hommes qui ne sont pas nécessaires a la manœuvre. Il n'en reste que quelques-uns, répartis aux deux extrémités, à gauche et à droite de l'appareil. Préparez-vous à lâcher tout ! commande le lieutenant Chaure, qui, quelques instants après, donne l'ordre du Lâchez tout ! Le dirigeable s'élève lentement.

Les curieux, très nombreux, manifestent leur enthousiasme et, de nouveau, retentissent les cris de : Vive l'armée ! Vive la France ! Dans la foule des spectateurs, on sent courir un frisson de réelle émotion patriotique.Le dirigeable, après avoir fait un tour complet au-dessus de la plaine, continue ses évolutions. Une heure après son vol de réglage, le dirigeable République en a accompli un second, emportant a bord, en plus des officiers du génie, un officier de l'état-major. La République s'est dirigée sur Saint-Gérand puis, après plusieurs évolutions, est revenu trois quarts d'heure après atterrir et rentrer dans son hangar.

Le dirigeable a fait à nouveau, dans l'après-midi, un assez long vol d'essai. Tout fait prévoir qu'il sera en état, demain ou après-demain au plus tard, de partir pour le théâtre des manœuvres qui se déroulent actuellement dans le Bourbonnais.

Le Gaulois - 14 septembre 1909

Compagnie_generale_transaerienne

Italie La semaine d'aviation de Brescia

curtiss

La dernière journée des épreuves internationales a été favorisée par un temps idéal ; elle s'est terminée sous les yeux d'une foule encore plus considérable que celle qui avait assisté à la journée de début. Les tribunes étaient combles, les populaires envahies ; autour de l'aérodrome les champs en bordure étaient noirs de monde. On jugera du peuple qui s'est déplacé en apprenant qu'hier soir, pendant deux heures, les automobiles ont été immobilisées sur la route de Montichiari à Brescia, envahie et encombrée par la populace.

Aucun vol n'avait été effectué jusqu'à deux heures. C'est Rougier qui est parti le premier pour le Grand-Prix de Brescia (50 kilomètres), qu'il a couverts en une heure neuf minutes, après un ravitaillement annoncé a l'avance et effectué devant les tribunes dont les spectateurs l'applaudissaient. Après Rougier, Curtiss est parti pour un tour de piste rapide, accompli facilement. L'américain a ensuite concouru pour l'altitude et il a atteint 51 mètres ; il a été très acclamé, très fêté.

Le lieutenant Calderara, qui jusqu'ici n'avait pas été très heureux, a ensuite gagné le prix Oldofredi, pour le premier Italien qui accomplirait un kilomètre en circuit fermé. Il est ensuite parti avec le lieutenant Savoia, et il a effectué les 10 kilomètres du parcours très aisément, aux applaudissements de toute la foule, qui voyait enfin se révéler un de ses aviateurs nationaux, les autres n'ayant même pas jusqu'ici accompli 500 mètres. Cobianchi n'a pas son biplan prêt ; de Zara a essayé, en vain, de s'enlever avec un monoplan bizarre aux ailes très incurvées. Quant à Guido Moucher, il est arrivé hier soir, avec son hélicoplane dans des caisses, sur un camion automobile; il sera, paraît-il, prêt le 20 du courant, le roi d'Italie devant venir, ce jour-là, voir les aviateurs italiens.

Plusieurs essais très courts ont été faits par Blériot et Leblanc dont les moteurs ne sont pas au point. Cependant ce dernier s'est classé dans le prix du Lancement, s'élevant en moins de cent mètres, en neuf secondes trois cinquièmes, et bouclant ensuite un kilomètre. La princesse Laetitia Bonaparte était venue de Venise pour assister à cette dernière journée ; elle s'est montrée fort intéressée et s'est fait présenter tous les aviateurs, avec lesquels elle s'est longuement entretenue.

Alors que les épreuves étaient terminées, Curtiss a essayé d'enlever avec lui comme passager M. Gabriel d'Annunzio ; mais l'appareil qui avait quitté le sol difficilement, a atterri aussitôt. Plus heureux avec le lieutenant Calderara, M. d'Annunzio a pu voler avec lui pendant un quart d'heure environ, regrettant, a-t-il dit, d'être redescendu du ciel, où il avait été pour la première fois. Il n'a pas caché son enthousiasme pour la locomotion aérienne, qu'il se propose de pratiquer.

Le palmarès du concours est établi ainsi : Grand-Prix de Brescia : 1er (30,000 fr.) Curtiss ; 2e (10,000 fr.) Rougier, Prix de Lancement: 1er (3,000 fr.) Curtiss; 2e (2,000 fr.) Leblanc. Prix des Passagers : 1er (3,000 fr.) Calderara. 

Le Temps – 14 septembre 1909


Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Permalien [#]