CPA Scans

Collection de cartes postales anciennes numérisées en haute définition. Actualités d'époque. Histoires insolites.

17 sept. 09

Les actualités du 17 septembre 1909

Grandes manoeuvres Lapalisse

Les manœuvres: grande bataille sous Lapalisse

Lapalisse, 16 septembre - Nous avons assisté, aujourd'hui à une fort belle manœuvre, très bien conduite de part et d'autre, et pendant laquelle les adversaires en présence ont fait preuve des plus réelles qualités de logique, de résistance à la fatigue et d'ardeur. Il semble même que le temps ait voulu nous réserver une surprise : quand, à quatre heures et demie, ce matin, nous avons quitté Lapalisse, le ciel s'empourprait d'une merveilleuse aurore, et le ton bleu-vert de l'azur disait assez de quelle splendeur serait la journée.

Si matinal que j'aie été, les soldats m'avaient encore devancé et certains régiments avaient, dès trois heures du matin, quitté leurs cantonnements ; je ne tarde pas à rencontrer les cavaliers du IVe corps (parti rouge), que le général Robert envoie en avant avec mission de refouler la 13e brigade de cavalerie devant eux, de s'emparer de Lapalisse, et de s'y établir. Ce qui hier eût été une grande imprudence est aujourd'hui une hardiesse savante ; car l'armée dont le 14e corps est l'avant-garde, armée hypothétique, dont l'action influe sur les réalités du champ de combat, s'est emparée du pont de Digoin, qui assure sa liaison avec son avant-garde, de la Pacaudière à Lapalisse.

Le chemin est assez court ; chasseurs et dragons l'ont fait en flânochant, pour ne pas arriver trop tôt. Derrière eux marchait une section de mitrailleuses, et on leur avait adjoint pour soutenir leur effort, une batterie d'artillerie. Cependant que mitrailleurs et artilleurs marchaient crânement sur la route nationale, dragons et chasseurs s'égaillaient et se défilaient, peur se réunir un peu plus tard sous les murs de Lapalisse.

A sept heures onze minutes exactement ils virent s'élever au-dessus des peupliers de la route le long corps jaune du dirigeable République qui filait doucement vers les forces du 14e corps d'armée, auquel il était aujourd'hui attaché. Ils le saluèrent du geste et de la voix, et se rallièrent ; puis ils prirent le petit trot, et entrèrent sans coup férir dans Lapalisse, a peu près veuve de défenseurs. Mais comme ils s'aventuraient sur la route de Donjon, une fusillade épouvantable les accueillit.Les cavaliers de la 13e brigade, prévenus un peu tard, avaient barricadé la route, mis pied à terre et, la longe de leurs chevaux au bras, ils faisaient le coup de feu, tout comme de simples fantassins.

Dragons et chasseurs pleins d'ardeur s'élancèrent sabre haut sur la barricade. Mais à ce moment, un arbitre intervint, leur démontra que l'on ne prenait point une barricade avec des sabres, mais avec du canon, et leur ordonna de recommencer leur mouvement. La 14e brigade, humiliée, tourna dos, et s'en alla chercher ses artilleurs et mitrailleurs, lesquels, à moins de 1500 mètres de distance, commencèrent un feu roulant sur la barricade.

Puis la charge recommença, et cette fois ce fut la 13e brigade qui se retira, canonnée, sabrée. Enhardi par ce succès, le général Robert décida de tenter une offensive plus énergique. D'ailleurs, il fallait bien savoir ce que faisaient ces satanés manchons blancs, si prompts à se défiler que, dans tout leur blanc, le parti rouge ne vit que du bleu et en rit jaune, si j'ose employer cette phrase polychrome. Donc, le général Robert ayant donné l'ordre a son infanterie d'avance, la 28e division, entre huit et neuf heures, va s'établir sur une longue crête qui forme la ligne de séparation des eaux de la vallée de la Besbre et de la vallée de la Loire. C'est à trente-cinq bons kilomètres du point où je suis, J'y file, et m'y voici rendu en moins d'une heure.

C'est, dans un décor merveilleux, une position stratégique de premier ordre, que le général Goiran, malgré sa finesse et sa ruse, aura de la peine à enlever. Imaginez une longue butte boisée, haute d'une centaine de mètres, dont la crête n'a pas vingt mètres de largeur. De chaque coté de cette crête se creusent deux profonds ravins, dont les pentes sont raides, boisées, coupées de haies, de vignes, semées de petites maisons, et au bas desquelles s'étendent de larges places découvertes que l'on peut aisément battre d'un ouragan de balles. En temps de guerre, on sacrifierait des régiments entiers avant d'enlever une forteresse naturelle comme celle-là.

Mais les manchons blancs sont, eux aussi, dans une position excellente, sur les crêtes qui dominent les villages de Barrus, Bussolles et Loddes. C'est sur ces crêtes que s'établissent résolument les fantassins du 38e d'infanterie, qui occupait hier le hameau de Choux. Le colonel Legros, qui commande ce régiment, avait avec lui, pour le soutenir, trois batteries d'artillerie. Avec ces faibles forces, il a tenu trois et même quatre heures, avec succès, contre la 28e division tout entière. Celle-ci ne se faisait pourtant pas faute de le canonner, ce pauvre détachement mixte ! Trois batteries, puis quatre tirèrent dessus. pendant une bonne demi-heure, et quand le "brutal" eut interrompu sa chanson, les sections dès mitrailleuses du 99e d'infanterie commencèrent leur ritournelle, soutenues par le fredon des tirailleurs, qui escarmouchaient contre les manchons blancs.

Mais ceux-ci, lentement, sûrement, avançaient, profitant des moindres avantages du terrain, se défilant avec une telle habileté que les arbitres, pourtant sévères, et le générai Trémeau lui-même, ne purent trouver lieu à la moindre critique. Tantôt avançant, tantôt se repliant apparaissant ici, disparaissant là, faisant feu de tous ses fusils, de toutes ses mitrailleuses, de tous ses canons, la petite colonne mixte du colonel Legros faisait rage, et donnait réellement l'illusion qu'une force énorme se trouvait là.

Émerveillé de cette belle résistance, je me fis conduire dans les rangs des manchons blancs, où l'on me donna l'explication de la manœuvre qui m'avait ravi. Nous ne tiendrions pas si longtemps, me dit un officier, si nous ne savions que les zouaves et les chasseurs de la brigade régionale vont venir attaquer le parti rouge en flanc. Mais s'ils tardent trop, nous devrons ficher le camp d'ici, car la position, dans la réalité, ne serait guère tenable. Cependant, puisque les arbitres estiment que nous pouvons rester là, allons-y gaîment.

On attendit encore durant quelque temps un assaut qui ne vint pas, puis il y eut une accalmie. Enfin, vers midi, le tonnerre de l'artillerie recommença, parmi le craquètement bref des mitrailleuses : les alpins arrivaient-La brigade régionale, dont ils font partie, avait été considérablement retardée dans sa marche par des attaques successives de la brigade de dragons du parti rouge, cependant que les cuirassiers du 7e régiment, marchant avec des sections de mitrailleuses, s'opposaient à la marche offensive de la 13e brigade de cavalerie. Aussi, la 6e division de cavalerie, dont font partie ces unités, continue excellemment son œuvre.

Les fantassins alpins, je dis fantassins et non chasseurs, qui arrivaient à la rescousse refoulèrent devant eux, au carrefour de la Fayette, le demi-bataillon que le général Robert envoyait contre eux. Une vive fusillade s'engagea, puis les zouaves de la brigade régionale étant annoncés au loin, les forces du général Robert commencèrent alors un mouvement de retraite et la manœuvre fut arrêtée pour permettre aux troupes de prendre un repos bien mérité. Mais elle recommencera ce soir sans aucun doute.

Tout comme hier, le ballon République a pu inspecter les directions de marche des colonnes du 13e corps et renseigner utilement ses amis du 14e corps. Il s'est maintenu à une hauteur constante de 400 à 500 mètres. Le temps, qui était superbe — la brume ne le gêna guère que pendant une heure — a favorisé son rôle.

Le Petit Parisien – 17 septembre 1909

Vichy

EN BREF

Une sardinière ébouillantée - Brest,16 septembre— Une ouvrière sardinière, de Concarneau, Julienne Le Bail, âgée-de soixante-trois ans, employée depuis trente ans à l'usine Ramel, vient de mourir dans des circonstances affreuses. La pauvre femme, prise d'un étourdissement est tombée dans une cuve d'eau bouillante où l'on avait jeté de la potasse. Retirée aussitôt, elle est morte dans d'horribles souffrances. La Presse – 17 septembre 1909

Otero

Otero au théâtre Marigny - Nous connaissions déjà d'Otero sa beauté sans seconde et son immense talent de mime prompt à traduire toutes les émotions de son rôle, nous goûtions également le charme prenant de ses danses tour à tour furieuses ou nonchalantes, mais c'est à Marigny qu'il était réservé de nous révéler, dans la Belle Mexicaine, une Otero nouvelle, chantant en artiste parfaite et d'une voix vraiment harmonieuse les couplets populaires aux pays d'amour d'Amérique, où se trouvent exprimés tour à tour l'amour, le plaisir, la douleur et la haine. La Presse – 17 septembre 1909

Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Permalien [#]