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01 oct. 09

Les actualités du 1er octobre 1909

statue victor hugo

Inauguration de la statue de Victor Hugo au Palais Royal

Félicitons les dévoués organisateurs du cinquantenaire de la Légende des siècles. Ce matin, aux sons de la Marseillaise, dans ce Palais-Royal où Camille Desmoulins monte sur sa chaise, ils ont délivré le Victor Hugo que sculpta Rodin, de sa captivité légendaire et séculaire, puisqu'elle date du siècle dernier.

Le monument s'élève dans une prodigieuse blancheur qui l'isole complètement des quatre murs du jardin qu'on croit voir, de loin, entre les deux arbres factionnaires, un oiseau posé sur le gazon et prêt à prendre son vol. On s'approche et on admire la serenité éternelle du poète étendu sur son rocher avec une lassitude majestueuse. Nu comme un dieu, il se penche vers la mer, en appuyant dans sa main droite son front trop lourd de pensées, en imposant silence du bras gauche à toutes les forces extérieures.

Comme cette fêle eût été belle si l'administration, se souvenant de la gloire populaire d'Hugo, avait été moins prévoyante! Une tente était dressée dans le jardin; des cordes étaient tendues auprès de quintuples fortifications de chaises et des gardes du jardin et des agents de police avaient été placés comme les piquets mobiles d'un jeu de plein air. La foule aurait bien voulu s'associer à la cérémonie : mais elle avait dû renoncer à entendre et à voir.

Et la cérémonie, qui aurait pu grandir de tout le concours des passants, resta une honnête inauguration officielle. Sur l'estrade qui faisait face au monument, M. Gaston Doumergue présidait, entouré de MM. Dujardin-Beaumetz, de M. Gustave Simon, de M. Auguste Rodin, de M. Emile Blémont, de M. Edmond Haraucourt, de M. Camille Le Senne. Au second rang des fauteuils avaient pris place MM. Lepine, d'Estournelles de Constant, André Michel, Alfred Bruneau, Gabriel Mourey, comte Robert de Montesquiou-Fezensac, M. de Royau-mont et des attachés discrets du sous-secrétariat des beaux-arts et d'autres fidèles du poète, encore plus discrets. Une double haie s'était formée de l'estrade au monument : à gauche, les photographes et les journalistes; à droite, les chevaliers du cinquantenaire, décorés d'un large ruban violet, marqué aux grandes initiales V. H.

Dix heures et demie. Un joli matin. L'air était frais. De l'autre côté du jardin, la garde républicaine, avec sa musique, chassait les moineaux et attirait les enfants. Dans les galeries, les boutiquiers s'étaient mis à leurs portes, des bonnes en tablier blanc s'attardaient en revenant du marché. Certes, le tableau était d'une intimité charmante : mais ce n'était pas à la gloire de François Coppé que M.Emile Blémont prononçait son discours avec un soin pieux...Maître, disait-il, Paris vous garde une reconnaissance profonde ; et vos disciples d'hier, blanchis par l'âge à leur tour, maintiennent fidèlement votre gloire. Un grand artiste vous ramène parmi nous. Recevez l'hommage de la ville que vous appeliez la Ville-Lumière, la Cité-Mère, et que vous avez rendue plus epique, plus sainte que l'Ilion des aèdes et la Jérusalem des prophètes.

M. Gustave Simon, exécuteur testamentaire de Victor Hugo, dut élever la voix pour nous associer à la commémoration illustre. Avec une parfaite discrétion, il remit le monument à la ville de Paris, heureux que le marbre de Rodin ait été placé "dans ce jardin, dans la verdure et dans les fleurs, tout près de ce Théâtre-Français, qui, après avoir été le confident de ses premières espérances, le témoin de ses premières luttes, est devenu et restera le gardien de sa gloire !"

Dans un grand manteau blanc à boutons et soutaches d'or, Mlle Madeleine Roch se leva, comme pour répondra au nom de la Comédie-Française. D'une belle voix ardente elle- déclama des vers de M. Gabriel Volland, le dernier lauréat du prix de poésie. (...) Ce poème fut très applaudi et M. Rodin, qui jusqu'alors avait paru rêveur, témoigna à la jeune tragédienne sa satisfaction. Lorsque le silence fut revenu, M. Gaston Doumergue lut un discours d'une concision éloquente. (...)

Sur les cuivres de la garde républicaine, la Marche du cortège de Gounod annonça que la cérémonie était terminée. Bientôt la tribune officielle fut vide. Mais à ce moment les enfants s'approchèrent du1 monument et déposèrent, au nom des écoles, une gerbe de fleurs. Et presque aussitôt, se rapprochant d'arbre en arbre, une délégation de moineaux forma au-dessus du poète une couronne d'ailes et de cris.

Le Figaro – 1er octobre 1909

EN BREF

Une artiste blessée dans la cage aux lions - Au dernier acte d'une pièce représentée en ce moment au théâtre Moncey est installée, sur la scène, une cage de fer occupée par cinq fauves. Mlle Marie Rochoude, qui joue dans le drame, venait, hier soir, de pénétrer dans la cage lorsqu'un des animaux la blessa grièvement d'un coup de griffe à la poitrine. Immédiatement dégagée par les aides du manager, la jeune femme fut transportée à l'hôpital Lariboisière, dans un état assez grave. La brusque intervention des dompteurs ayant quelque peu excité les fauves, le rideau de fer dut être baissé et la représentation suspendue. Le Petit Parisien – 1er octobre 1909

L'avion de Blériot saisi à la semaine d'aviation de Berlin - Le quatrième jour de la grande semaine d'aviation de Berlin nous a apporté une fâcheuse surprise : celle de la saisie de l'aéroplane de Blériot par la société organisatrice des épreuves. Un conflit s'était en effet élevé entre l'aviateur français et la société; la société prétend que Blériot était engagé par contrat à participer cinq jours aux expériences d'aviation. Or, Blériot est parti pour Cologne où il était appelé pour un engagement antérieur. La société qui avait déjà payé à Blériot la moitié du prix fixé pour l'engagement, soit 25,000 francs réclama la restitution de cette somme. L'aviateur refusa. La saisie de l'aéroplane appartenant à Blériot fut alors décidée, et l'on plaça un pompier devant le hangar de l'aviateur français. Celui-ci prétend avoir observé strictement les stipulations de l'engagement, à savoir : exécuter des vols de deux minutes au moins pendant deux jours. Dans la soirée, les organisateurs du meeting se sont ravisés, paraît-il, et ont renoncé à la saisies Mais ils n'auraient pas, dit-on, renoncé à poursuivre Blériot. Le Temps - 1er octobre 1909

Un campement de Romanichels à la Gare du Nord - Gros émoi hier matin à la gare du Nord. Une caravane de soixante-quinze romanichels en provenance de Belgique avait cru pouvoir installer provisoirement son campement dans la salle d'attente des 3e classes. Guenilles multicolores, ustensiles divers, bambins bronzés aux cris, gutturaux, tout cela grouillait pêle-mêle dans un désordre baroque et pittoresque. On juge de l'effarement des autres voyageurs qui s'empressèrent de protester auprès du chef de gare. M. Mallet. commissaire spécial, aidé de ses collègues, MM. Œuvre, Vidal et Rollet se mit alors en devoir de faire déménager la tribu, mais celle-ci opposa une telle résistance qu'il fallut l'intervention des gardiens de la paix pour l'expulser manu militari. Ce ne fut d'ailleurs pas sans quelques horions, mais finalement force resta à la loi, et les voyageurs purent rentrer en possession de la salle d'attente... après une prudente désinfection. Le Matin – 1er octobre 1909

Posté par Ichtos à 19:08 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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