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12 oct. 09

Les actualités du 12 octobre 1909

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Théâtre de l'Opéra - Mlle Mary Garden dans Monna Vanna

Mlle Mary Garden vient d'obtenir un grand succès en reprenant dans Marina Vanna le rôle qu'avait créé Mlle Lucienne Bréval. On est toujours tenté en pareil cas d'opposer le talent de la seconde interprète au talent de la première ; et il est bien rare, dans un pareil combat, que celle-ci ne soit point victorieuse de celle-là. Le parallèle serait, cette fois, assez malaise à établir. Tout d'abord parce que les traditions établies par la créatrice du rôle sont, je crois, inconnues de Mlle Garden, ensuite parce qu'on ne saurait opposer le talent de l'inoubliable Mélisande à celui de l'inoubliable Brunnhiide de la Walkyrie. Il n'en est pas de plus différents.

Rien de ce qui fait la beauté de l'un n'appartient à l'autre ; leur but, leurs moyens, n'ont pas un trait commun. La Vanna de Mlle Garden, ne devait donc avoir aucune parenté avec celle de Mlle Bréval, et cette transformation d'un personnage aussi nettement dessiné était attendue avec une sympathique curiosité. Ce n'est point l'héroïsme de Monna Vanna qui est l'essentiel de l'interprétation de Mlle Garden; ce sont plutôt ses grâces féminines, par endroits sa puérilité, et surtout sa feinte hypocrisie.

C'est précisément de cette opposition entre la tendresse innocente de la jeune femme et la force qui se révèle en elle à l'instant du mensonge que Mlle Garden a tiré le plus grand effet de son interprétation. Interprétation audacieuse s'il en fût mais qu'un talent aussi personnel, un accent aussi incisif, un jeu aussi habilement contrasté devaient faire triompher devant le public. On s'attendait à ce qu'ayant à interpréter un nouveau personnage de M. Maeterlinck, Monna Vanna se souvînt trop de la dolente Mélisande.

Il n'en a rien été. C'est de la douceur, de l'ingénuité, un courage un peu inconscient que Mlle Garden a prêté au rôle, et une réserve dans ce jeu, une dignité dans l'attitude qui, avec de délicieuses inflexions dans la voix et un phrasé pénétrant, ont donné au second acte une exquise saveur. Mais c'est au troisième acte que le vrai personnage — tel que l'a conçu Mlle Garden — s'est pleinement révélé. C'est dans la scène du mensonge qu'elle a chanté et joué, avec une véhémence, une âpreté, une diversité de jeu dignes de toute admiration.

A côté de cette Monna Vanna si captivante on a admiré le Prinzivalle généreux et ardent que fait M. Muratore, l'impressionnante manière dont M. Marcoux a composé le personnage de Guido Colonna, M. Gresse, un émouvant Guido, et la direction si digne et si sûre de M. Paul Vidal. Le spectacle s'est terminé par ce chef-d'œuvre d'esprit et de grâce qu'est Javotte et dont Mlle Aida Boni a dansé le rôle principal avec la virtuosité la plus élégante et la grâce la plus savoureuse.

Le Figaro – 12 octobre 1909


EN BREF

A l'Odéon — L'Odéon a donné hier une excellente représentation d'Andromaque pour la rentrée de Mlle Gilda Darty et les débuts de Mlle Colonna-Romano. Mlle Colonna-Romano interprétait le personnage d'Andromaque où elle montra l'intelligence, les qualités de grâce et d'émotion qui lui valurent, au dernier concours du Conservatoire, un premier prix de tragédie. Mlle Gilda Darty prêtait sa beauté impériale à la petite princesse ombrageuse et farouche qu'est Hermione ; elle ne fut point inégale à ce rôle redoutable. Le public témoigna, par ses applaudissements répétés, qu'il appréciait à sa valeur la vigoureuse et pittoresque sobriété de son jeu. M. Desjardins est toujours un Pyrrhus excellent, et M. Grétillat un Oreste plein de feu. Mlles Devilliers et Du Eyner tenaient les emplois de confidentes avec beaucoup de dignité. Le Figaro – 12 octobre 1909

Un prévenu meurt en pleine audience - Le 9 octobre dernier, un agent arrêtait rue Ballu un mendiant, Jules Dubois, originaire de Saint-Quentin, âgé de soixante ans, demeurant, 4, rue du Quatre-Septembre. Jules Dubois, qui avait été hospitalisé à Nanterre, dont il était sorti le 9 avril dernier, fut renvoyé devant la onzième chambre du tribunal de police correctionnelle, à l'audience des flagrants délits, présidée par M. Locard. On amenait cet après-midi Jules Dubois dans la salle d'audience. A peine était-il assis sur le banc des prévenus que le vieux mendiant s'affaissait. On le sortit dans le couloir mais le médecin du Palais, M. Delfau, appelé en toute hâte, ne put que constater le décès de Jules Dubois qui a succombé à une embolie au cœur. La Presse - 12 octobre 1909

Accident à Saint-Etienne - Accident à Saint-Etienne — On télégraphie de Saint-Etienne qu'un accident s'est produit hier soir, vers cinq heures trois quarts, sur le champ de manœuvres de Meons, où chaque dimanche MM. Perrin et Béthenod font des expériences d'aviation avec un biplan de leur construction lancé par une automobile. Ils venaient de réussir, hier, de cette manière, un vol de deux cents mètres à une hauteur de quatre mètres. L'automobile fut alors détachée et le chauffeur, voulant faire écarter une foule de plusieurs milliers de personnes qui se pressait sur le champ de manœuvres, lança sa voiture à toute vitesse, frôlant la rangée de curieux. L'un d'eux, M. Thévenon-Joannes, Agé de 25 ans, mécanicien, se plaça par bravade en dehors de la ligne des spectateurs. Le chauffeur, voulant l'éviter, donna un coup de volant, mais Thévenon, qui venait de sauter du même côté, fut happé par la voiture et projeté en avant. Les deux roues de l'automobile lui passèrent sur le corps. Des cris d'épouvante retentirent et on s'empressa de relever la victime inanimée. Le chauffeur, sautant à terre, fut aussitôt entouré par une foule hurlante et violemment frappé, tandis que les spectateurs tentaient de démolir sa voiture. Dégagé par des amis, le chauffeur, M. Grua, dut attendre deux heures, l'arrivée d'une brigade de gardiens de la paix, envoyée de Saint-Etienne, pour regagner la ville, car il avait été informé qu'une bande d'individus armés guettaient son passage sur la route. L'état de Thévenon, qui aurait le bassin fracturé, serait désespéré. Le Temps – 12 octobre 1909

Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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