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06 nov. 09

Les actualités du 6 novembre 1909

dirigeable espana

Le dirigeable Espana désemparé

Le Dirigeable Espana, que les parisiens ont pu voir évoluer au dessus de la capitale il y a quelques jours a eu un accident grave. Déjà, lors d'une de ses dernières sorties, il était resté en panne aux environs de Rebais. Hier, notre correspondant de Meaux nous télégraphiait, dans la matinée, qu'au cours d'une des épreuves auxquelles il est soumis par les représentants du gouvernement espagnol, le ballon venait de partir à la dérive ; un accident, au moteur était, croyait-on, survenu.

Les officiers espagnols, le colonel Vives y Vich et le capitaine Kindelan, avaient décidé, récemment, d'accord avec l'ingénieur pilote, M. Airault, de procéder à l'essai de dix heures. On devait partir dans la nuit de mercredi à jeudi, mais la violence du vent avait empêché les aéronautes de mettre leur projet à exécution. Ce projet devait être repris le lendemain.

La nuit dernière, dès minuit, une agitation extrême régnait au hangar de Beauval, où tout le monde était en permanence pour surveiller les derniers préparatifs de ce premier voyage nocturne, qui n'avait pas cependant, vu l'heure tardive, attiré l'attention de la population ; à part les travailleurs occupés à la manœuvre, quelques personnes seulement étaient sur le terrain. M. Airault, ingénieur, à qui il incombait d'entreprendre cette ascension, visita avec minutie les appareils. , Les aéronautes prirent enfin place dans la nacelle, où 13 sacs de lest et 20 bidons d'essence avaient été placés.

M. Hova dirigea la manœuvre à la sortie du hangar ; au commandement de : "Lâchez tout !" le ballon s'éleva très légèrement ; il paraissait chargé d'humidité en raison de l'épais brouillard. On jeta du lest et l'aéronat se dirigea sur la Marne, en vue de Nanteuil-les-Meaux. A ce moment seulement, l'hélice se mit en marche et pendant cinq heures consécutives, avec régularité, l'aéronat évolua dans le triangle qu'il s'était tracé.

Vers huit heures moins le quart, le moteur parut faiblir, l'hélice ne tourna plus avec la même vitesse. Le ballon partit à la dérive. Certes, quelque chose d'imprévu venait de se passer. Du hangar, au passage du dirigeable, on crut entendre un craquement sinistre et des appels de secours, mais la hauteur où il se trouvait les rendait inutiles. On se mit bien à la poursuite du dirigeable, mais on ne parvint pas à le rejoindre, il fila à toute allure dans la direction nord de Paris.

C'est à ce moment que notre correspondant de Meaux nous avisa de ce qui venait de se produire et de la catastrophe, appréhendée. Des heures et des heures passent. L'inquiétude grandit. Où le dirigeable; parti à la dérive, parviendra-t-il à atterrir ?... Nous envoyons plusieurs collaborateurs, dans la direction qu'il paraissait suivre. Enfin, les nouvelles tant attendues nous arrivent.

Elles ne sont pas bonnes, mais du moins rassurent-elles sur le sort de l'équipage. L'Espana a atterri à Meulan-les-Mureaux, près du château de Romainville, mais il a touché terre avec tant de violence que la nacelle a été brisée. Le pilote et les passagers n'ont pas été blessés; après avoir contemplé les dégâts causés par cette sorte de chute de l'aéronat vers le sol, ils ont aussitôt commencé à vider l'enveloppe du ballon et ont pris les mesures nécessaires pour son retour à Beauval.

Pendant toute la matinée, à Beauval, près de Meaux, on est resté dans une inquiétude bien naturelle. Malgré les nouvelles très rassurantes envoyées par les aéronautes aussitôt après l'atterrissage, les esprits ne se sont calmés que lorsque des automobilistes partis àla poursuite du dirigeable sont revenus à Meaux et ont pu raconter que, somme toute, l'accident avait été purement matériel.

On a su dans la soirée quelles avaient, été les préoccupations des aéronautes dès qu'ils virent l'Espana désemparée. Tout d'abord, ils avaient eu la pensée de regagner le port d'attache du dirigeable par la voie des airs, après avoir procédé sur place aux réparations nécessaires. Mais il a paru plus prudent de renoncer à cette tentative, car on n'avait pas à sa disposition les instruments indispensables pour opérer ces réparations.

Le Petit Journal – 6 novembre 1909


EN BREF

Un bateau, aveuglé par des projecteurs, se jette sur les rochers - Lorient, 5 novembre. La défense fixe de Lorient effectuait des exercices de projection à l'entrée de la rade, lorsque le chalutier Saint-Guenhael sortait pour se rendre sur les lieux de pêche. Le capitaine Armand, commandant le chalutier, aveuglé par les projections, donna une fausse direction au navire, qui alla se jeter sur des rochers. L'eau pénétra par une large déchirure ; toutefois, elle fut arrêtée par les cloisons étanches. M, Guillerie, second, fut projeté à la mer, mais on put le sauver. Deux mécaniciens ont été assez grièvement blessés. Le Saint-Guenhael gravement avarié, a été ramené à Lorient. Le Gaulois – 6 Novembre 1909

Graves bagarres à Bordeaux — Les grévistes conspuent le maire — Troubles à craindre - Ce soir, à six heures, une violente bagarre a eu lieu, devant la mairie, entre la police et les grévistes dockers et terrassiers venus pour protester contre les arrestations faites pour entraves à la liberté du travail. Une délégation avait été reçue par le maire. Cela n'empêcha pas les grévistes de manifester bruyamment en conspuant le maire et en criant : "Liberté !". Ils arrêtèrent ensuite les tramways, se groupant en masse devant les voitures. La police, sabre au clair, les gardes municipaux a cheval et les gendarmes durent intervenir et charger. Deux coups de revolver furent tirés sur les agents, sans les atteindre heureusement, par un docker gréviste qui a été arrêté. Quelques manifestants s'étant réfugiés dans la cathédrale, la police y pénétra pour les expulser. Quelques instants après, l'ordre était rétabli. Pendant la bagarre, précisément, le maire promettait aux délégués grévistes la mise en liberté de certains tubistes arrêtés si le moindre doute pouvait être relevé en leur faveur. Néanmoins, il ajouta qu'il était décidé à faire respecter la liberté du travail. Le gréviste qui a tiré les deux coups de feu avait été arrêté il y a quelques jours pour faits de grève. D'autre part, sur les quais, des grévistes ayant voulu débaucher des travailleurs, ces derniers les ont éloignés en tirant des coups de revolver en l'air. On craint des troubles sérieux pour demain. Les grévistes ont déclaré être prêts à recommencer, mais cette fois munis d'armes afin de répondre, disent-ils, du tac au tac à la police. Le Gaulois – 5 novembre 1909

Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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