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07 nov. 09

Les actualités du 7 novembre 1909

appareil planeur pionnier

Quel mot décrira la locomotion aérienne ?

Qui croirait aujourd'hui qu'un bateau à vapeur se soit couramment appelé un pyroscaphe ? Il y a quarante ans, on se servait encore de ce vocable. Il avait cet inconvénient d'être trop savant et trop compliqué, il n'a pas survécu. Aujourd'hui un mode de locomotion nouveau, la navigation aérienne, suggère la question d'un mot nouveau. Qui aura raison des savants qui, entre autres mots écorchant savamment les oreilles, nous proposent ptérodrome, dérivé du grec, ou du bon argot populaire qui peut-être nous imposera un mot imprévu et drolatique ?

La question a été posée par le Figaro à ses lecteurs. Il paraît, en effet, difficilement admissible que l'on puisse, selon la définition de Littré, appeler d'un même mot "l'action de prendre la chose d'autrui pour se l'approprier" et "le mode de locomotion propre à tous les animaux qui, étant pourvus d'ailes ou d'organes aviformes, se maintiennent dans les airs"; d'assimiler Blériot à Cartouche et Jean Hiroux à Santos-Dumont ! (...)

Il apparaît donc en général que les mots actuellement employés d'aéroplane et ses dérivés sont insuffisants. Le mot aéroplane dit fort mal ce qu'il veut dire — de plus, le mot planer marque l'immobilité — et, en outre, ce mot trop long, qui débute par des syllabes difficiles à ne pas contracter, serait bientôt transformé en airoplane ou en oeroplane.

Voyons donc quelles sont les meilleures solutions proposées. Galamment, citons d'abord les mots fournis par plusieurs dames, d'esprit certainement très éthéré. Les verbes sont tous très jolis et procèdent par dérivation : azurer, nuager, astralier, firmaner, zéphyrer.

M. Gazier. le savant professeur de la Faculté des Lettres, et quelques-uns avec lui procèdent par analogie. L'actuel aéroplane s'appellerait libellule, demoiselle, hirondelle, voire même au besoin crapaud volant, pour désigner les inventions d'une laideur caractérisée. Enfin, quelques-uns pensent que l'appareil définitif empruntera le nom de son inventeur ou de quelque organe essentiel de. son triomphal fonctionnement, formant ainsi le néologisme cherché. Plusieurs déjà proposent le substantif blériot et le verbe blérioter.

Pour mémoire, citons les verbes et les mots suivants : Avier, avierer, aviater, aviguer, avioter, ailer, amonter, auto-ethérer, autoaérer, esplaner, esplanader, s'involer, planer, oiseller, panoramapatter, voiler, voleter, velifier, voluguer, voltiger, vializer.

Les aéroplanes s'appelleraient : Aviat, avion, aéro, aéranto, aviamobile, autovolant, aérole, avioto, alérion, aérocycle, autoplane: avial, ailon, airomobile, . aérienne, motoplan, longipennes,. biptères, triptères, tétraptères, phipiptères, névroptères, planeur, volateur, vire-volant. L'homme volant s'appellerait : Aviateur, voliste, avioteur, aligère.

Si ingénieux que soient les mots proposés, ils présentent tous des inconvénients. Ils prêtent à l'amphibologie, sont compliqués, pas toujours jolis et enfin, c'est là le point principal, n'offrent que fort peu de dérivés. De toutes les solutions proposées, la plus heureuse paraît être celle d'un professeur de l'Université, M. Wogue, qui nous fournit le mot volite. Ce mot se prête à toutes les combinaisons possibles.

C'est ainsi que nous aurions ; Monovolite pour Monoplan, Bivolite pour Biplan, Trivolite pour Triplan, Multivolite pour Multiplan, Voliteur pour Aviateur, Volition pour Action de voler, Voliter pour Voler. On pourrait construire également les mots de : Volidrome, voligarage, voliphilie, volimanie, voliphobie, et par conséquent : voliphile, volimane, voliphobe, voire volitaxi, pour désigner un fiacre aéroplane à taxeur.

Le Petit Journal – 7 novembre 1909


EN BREF

Une manifestation originale - On manifeste à Villeneuve-le-Roi. Non pas comme pourraient le croire quelques lecteurs trop hâtifs, sur la tombe du syndicaliste Lefol, qui repose dans le cimetière de cette commune. Les questions sociales n'ont rien à voir avec la colère qui gronde actuellement dans les cerveaux de ses habitants. Depuis douze ans, ceux-ci n'ont cessé de réclamer, par tous les moyens légaux, une gare, que l'accroissement rapide de la population justifie amplement. La Compagnie d'Orléans ayant toujours répondu à leurs démarches par une fin de-non recevoir, les habitants de Villeneuve-le-Roi décidèrent récemment de recourir à des moyens plus énergiques. Au cours d'une réunion préparatoire, d'aucuns proposèrent d'envahir la voie ferrée et de forcer les trains à s'arrêter à l'endroit de la future station. Les plus modérés se déclarèrent partisans d'une imposante manifestation sous les fenêtres du baron de Courcel, sénateur de la circonscription et président du conseil d'administration de la Compagnie d'Orléans. Hier après-midi, la manifestation devait avoir lieu, mais peu soucieux de voir sa propriété assiégée, M. de Courcel préféra se rendre lui-même au devant de la foule. Une délégation des habitants, et du conseil municipal le reçut à la mairie. Le représentant de la Compagnie d'Orléans l'assura longuement de sa sympathie personnelle. Mais comme il se souvient d'avoir été jadis un fin diplomate, il se garda bien de préciser davantage et de prendre le moindre engagement. Inutile de dire que le résultat de cette conférence ne combla pas précisément les désirs de la.population. Les quatre cents manifestants qui s'étaient réunis sur la place de la Mairie, porteurs de nombreux insignes et d'écriteaux suggestifs, le déclarèrent bruyamment. Rien ne nous arrêtera désormais, nous dirent-ils. Nous voulons attirer l'attention des pouvoirs publics. Pour cela nous multiplierons les manifestations, et s'il le faut, nous ne craindrons pas de recourir à l'action directe. Puis ayant épanché leur amertume, tous ces propriétaires, d'ordinaire si paisibles, regagnèrent leurs villas, et en attendant l'heure des batailles prochaines, chacun s'en alla faire son petit tour de jardin. Le Matin – 7 novembre 1909

Un trésor dans une boite à musique - Pour amuser ses petits-enfants, un brave vieillard, M. Jules Leroux, demeurant rue de Belleville, avait acheté chez un brocanteur une vieille boite à musique. Chaque soir, autour de la lampe, le grand-père remontait la mécanique, et les petits écoutaient béats. Hier après midi, l'ainé des enfants voulut, en l'absence du grand-père, faire fonctionner l'appareil. Hélas ! la boite restait muette. Quand le vieillard rentra, il voulut s'enquérir de la cause de l'arrêt et démonta la boite. Entre deux ressorts, un papier s'était glissé. M. Leroux déplia. C était un billet de mille francs auquel était épinglée une feuille sur laquelle ces mots étaient tracés : Ce billet sera pour celui qui le trouvera. Ce sera certainement un mélomane comme moi ; à ce titre, il a droit à toute ma sympathie. Le Petit Parisien – 7 novembre 1909

Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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