CPA Scans

Collection de cartes postales anciennes numérisées en haute définition. Actualités d'époque. Histoires insolites.

16 nov. 09

Les actualités du 16 novembre 1909

place madeleine nuit

La nuit en plein jour: Paris dans les ténèbres

Les Parisiens ont été, hier, gratifiés d'un phénomène céleste, curieux à la vérité, mais bien désagréable : pendant une partie de la matinée, la capitale a été plongée dans une obscurité complète. Dès les premières heures du jour, il avait fait un temps épouvantable : une pluie fine, pénétrante, glaciale, cinglait les passants, ruisselait sur les trottoirs, et transformait en lacs fangeux les chaussées défoncées. Peu à peu, le ciel déjà gris s'assombrissait encore : la nuit se faisait lentement, bien que l'épaisse couche de brouillard masquant le soleil ne descendit point jusqu'au sol et flottât à une centaine de mètres de hauteur.

A partir de neuf heures, l'obscurité devint si profonde que les Parisiens durent recourir à la lumière artificielle : on se fût cru à sept heures du soir. Les rues offrirent alors un spectacle curieux et fort rare : tandis que les chaussées, privées de l'éclairage municipal, restaient noires, les devantures des magasins s'illuminaient, les enseignes électriques scintillaient sur les façades.

Omnibus, tramways, fiacres, autos, filaient dans la nuit noire, toutes lanternes allumées. La traversée de certains carrefours n'eût point été sans offrir de réels dangers si la préfecture de police n'avait donné, en hâte, des instructions aux officiers de paix afin que fussent doublés les plantons chargés d'assurer le service des voitures et de veiller à la sécurité des infortunés piétons.

Sur la ligne des boulevards, comme dans la plupart des voies principales, le spectacle était, vers dix heures du matin, réellement lugubre : les grands cafés n'avaient pas éclairé leurs terrasses, encore veuves de clients, et nombre de commerçants avaient jugé bon d'attendre le retour du jour, ne se doutant point qu'un tel phénomène pût se prolonger pendant plusieurs heures. Les conducteurs de voitures de livraison n'ayant pu prévoir, à l'heure de leur sortie, le manque de lumière céleste, se trouvèrent fort embarrassés, n'ayant pas de lanternes à leurs véhicules, pour circuler sans causer d'accidents. La plupart se munirent aussitôt de lanternes vénitiennes, achetées dans les bureaux de tabac ou les bazars, afin d'éviter les contraventions.

Les receveurs d'omnibus, de tramways, d'autobus, se trouvèrent, tout à coup, dans l'impossibilité de faire utilement leur recette et il leur fallut allumer les lampes à pétrole ou électriques de leurs voitures pour percevoir la monnaie des voyageurs. La place de la République, comme celle de la Concorde, étaient de vastes trous d'ombre. La colonne Vendôme — et celle de la Bastille — étaient invisibles à cent mètres de distance. Il en fut ainsi jusqu'après midi. A ce moment, un souffle passa sur la capitale ; en quelques minutes, ce souffle dissipa en partie tout au moins l'épaisse couche de brume. Un jour blafard succéda à la nuit, mais, en revanche, la pluie redoubla.

Et les Parisiens purent alors juger de l'état pitoyable dans lequel le service de la voirie laisse les chaussées de la première capitale du monde. Dans, les gares de chemins de fer des précautions avaient été immédiatement prises en vue d'éviter des accidents : on redoubla de vigilance dans les postes d'aiguillages et les préposés aux sémaphores et aux disques allumèrent les lanternes de ces appareils, comme pour le service de nuit, tandis que des pétards étaient placée sur les voies pour attirer l'attention des mécaniciens. Les trains de voyageurs circulaient avec leur éclairage au complet, si bien qu'on se serait cru plutôt à onze heures du soir, qu'à onze heures du matin. La persistance de l'obscurité a, naturellement, entraîné des retards dans les départs et les arrivées et certains trains ont été même supprimés, ainsi que les règlements administratifs le permettent, afin de régulariser le service désorganisé par ce brouillard inattendu.

Comme la publicité ne perd jamais ses droite, les annonciers qui utilisent les motifs lumineux électriques à inscriptions changeantes ont profité de cette nuit diurne, si l'on peut dire, pour faire marcher leurs appareils à réclame. Et c'était un spectacle curieux de voir, en plein midi, fonctionner les électrographes placés au faite des maisons des grands boulevards ou des places les plus passantes, comme s'il était neuf heures du soir.(...) C'est sur les quartiers nord et nord-ouest que l'obscurcissement a été aujourd'hui particulièrement remarquable, en raison de sa durée et de son intensité. Au sud et à l'est, la couche de nuages était beaucoup moins épaisse.

Le Petit Parisien – 16 novembre 1909


EN BREF

uk Une mère tue ses quatre enfants - Londres, 15 novembre — Un crime horrible a été découvert samedi à Wingate (comté de Durham). En rentrant chez lui pour déjeuner, M. Dodd, avoué, trouva ses quatre enfant, tous âgés de moins de sept ans, morts, la gorge tranchée. Près d'eux sa femme gisait, à demi empoisonnée. Dans la salle de bains, M. Dodd trouva un grand couteau à découper, encore tout couvert de sang, et une bouteille de poison vide. Les docteurs appelés en toute hâte ne purent que constater la mort des malheureuses petites victimes. Le Matin – 16 Novembre 1909

Terribles inondations en Asie Mineure - Constantinople, 15 novembre. — Les fortes pluies qui durent depuis plusieurs jours ont causé un grave débordement de la rivière Seihoun, qui a produit à Adana une catastrophe. Une grande partie de la ville est restée pendant vingt-quatre heures sous l'eau, dont, le niveau atteignait une hauteur de deux mètres. Les environs de la ville sont restés inondés pendant huit heures. Pendant la nuit d'hier, les eaux ont rompu la digue qui se trouve près de la station du chemin de fer et ont inondé trois quartiers, dont les habitations avaient déjà été évacuées. Un grand nombre de maisons se sont écroulées. Les pertes s'élèveraient pour la seule ville d'Adana, à 100,000 livres turques environ. Dans la plaine les récoltes sont entièrement perdues et l'on ignore encore le nombre des victimes. Le vali, qui a organisé aussitôt les secours, demande l'envoi immédiat de 5,000 livres turques. Une semblable inondation s'est produite à Trebizonde et plusieurs maisons se sont écroulées. On a retrouvé jusqu'à présent seize cadavres. Le Matin – 16 Novembre 1909

Un paquebot français coule au large de Singapour - Singapour, 14 novembre. Une terrible catastrophe s'est produite ce matin, près de Singapour. A quatre heures, le steamer anglais Ouda est entré en collision avec le paquebot La Seyne, des Messageries maritimes. Ce dernier navire a coulé en deux minutes. L’Ouda est rentré ici ; il a débarqué soixante et un passagers qu'il a recueillis sur les lieux de la catastrophe. D'après les renseignements que l'on a pu recueillir jusqu'ici, il y aurait cent une victimes: sept passagers européens, dont le baron et la baronne de Beniczky, le capitaine et cinq officiers européens, quatre-vingt-huit hommes d'équipage ou passagers indigènes, la plupart des Chinois. Un grand nombre des survivants sont blessés. La catastrophe s'est produite dans le détroit de Riouw. Le Gaulois – 16 Novembre 1909

Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires

Poster un commentaire