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18 nov. 09

Les actualités du 18 novembre 1909

poussiere

La poussière

M. Ambroise Rendu, conseiller général de la Seine, va prochainement déclarer une guerre nouvelle à la poussière. Il ne s'intéresse qu'à la poussière soulevée hors de Paris ; celle qui nous étouffe et nous aveugle en dedans des fortifications relève en effet de la compétence exclusive de notre Conseil municipal, qui s'en soucie fort peu du reste.

La guerre que M. Ambroise-Rendu se propose d'entreprendre et pour laquelle il aura d'ailleurs toutes les sympathies ne s'annonce pas trop violente ; elle débutera par une enquête, qui peut ma foi durer longtemps. Trois questions seront posées; celles-ci :

1- Quels sont les moyens les plus efficaces et les plus économiques pour supprimer les poussières des routes ?

2- Quelle est la durée de chacun des enduits employés ?

3- Quelles sont les dépenses à faire, en employant le moyen le moins coûteux, pour traiter les grandes voies du département de la Seine ?

Les réponses feront l'objet d'un rapport ; le Conseil général examinera, et l'Etat décidera, l'administration examinera. Ça promet quelques mois de poussiéreuse patience, mais enfin cette campagne aboutira bien à quelque chose.

Depuis 1905 on a goudronné 803,000 mètres carrés de route dans les alentours de Paris, ce qui représente au total une dépense de 220,000 francs pour combattre la poussière. On ne s'est pas ruiné, vraiment.

On a dépensé encore moins dans Paris, c'est certain. L'état des rues de la capitale est un véritable scandale, on peut dire une honte, au point que c'est à se demander s'il existe réellement un service municipal chargé de s'occuper de la réfection et de l'entretien de nos chaussées.

Non seulement nos rues sont d'un pavage incohérent, les unes pavées de bois, les autres de grés, celles-ci asphaltées, celles-là macadamisées sans ordre et sans méthode, au caprice de marchés sans cesse renouvelés, mais il en est où les pavages de bois et de grès alternent en ornières effroyables, au, hasard des travaux qui furent entrepris et jamais achevés.

Mais ce qui est infiniment pis, c'est le balayage. On n'arrose plus, on ne balaie plus; de vagues et ridicules tonneaux, traînés par des chevaux lamentables, conduits par des impotents, répandant — et généralement les jours de pluie — un peu d'eau, comme au vaporisateur ; très tard après, car le balayage et l'arrosage s'en voudraient, de se conjuguer, passent des comiques balayeuses qui étalent consciencieusement la pâte immonde qui résulte de ces opérations insuffisantes.

Des mares par-ci, des détritus par-là ; le long des trottoirs, encombrant les ruisseaux où rien ne ruisselle, s'amassent des boues épaisses que les automobiles et les autobus font gicler sur les passants et sur les devantures, qu'ils souillent hideusement; d'autres boues jaunes venues des fouilles innombrables qui hérissent Paris de chantiers laids et malpropres, complétaient la saleté générale de nos rues, de plus en plus cloaques, en dépit de toutes les plaintes.

Que le soleil vienne, que le vent sèche soudain toutes ces boues, et Paris tout entier s'emplit alors de poussières affreuses, impalpables, aveuglantes, étouffantes, enlaidissant les choses et les gens. Elles se soulèvent sous la gifle des automobiles, en nuages qui jamais ne se dissipent. Elles rendent la circulation odieuse, gâtent la vie dans la rue, aux terrasses des cafés, partout.

Pour supprimer cette poussière, on connaît le remède; il est simple, enfantin et efficace : de l'eau, encore de l'eau, toujours de l'eau, des torrents d'eau qui entraînent au ruisseau et à l'égout les boues et tous leurs miasmes. Mais on n'arrose pas plus qu'on ne balaie: quand on arrose on arrose mal. Quand on balaye on balaye plus mal encore.

Quelle différence avec Londres ! La propreté des rues — débarrassées de tous ces laids édicules qui ne respectent chez nous ni la splendeur des avenues, ni la grâce de nos quelques squares — est remarquable ; toute la nuit, d'actives troupes d'ouvriers équipés pour une telle besogne travaillent à la toilette de la cité géante ; du matin au soir, on veille à ce quelle reste aussi propre que possible ; l'esthétique et l'hygiène y trouvent leur compte.

Londres a le minimum de bouc et de poussière. Et pourtant elle a à elle seule autant d'automobiles que la France tout entière : 38,000 autos roulent dans Londres contre 39,000 en France ; les attelages y sont dans les mêmes proportions. Paris est sale ; Londres est propre. De l'eau ! de l'eau ! grands dieux ! pour protéger nos yeux et nos poumons contre la poussière, l'infecte poussière, voilà tout le secret du problème.

Le Figaro – 17 novembre 1909


EN BREF

Les méfaits du diamant bleu - Londres, 18 Novembre - Parmi les victimes du naufrage de La Seyne, non loin de Singapour, se trouve M. Habib, un riche Espagnol, propriétaire du fameux diamant bleu Espérance, qui passe pour avoir été fatal à presque tous ceux qui l'ont possédé. Il fut apporté d'Orient en France par Tavernier, qui le vendit à Louis XIV et mourut de la fièvre jaune, complètement ruiné. Il fut possédé successivement par Mme de Montespan, Fouquet et Marie-Antoinette, dont on connaît les malheurs. Une dizaine de personnes ont eu ce diamant entre leurs mains, après la Révolution, et toutes sont mortes de male mort. Son avant-dernier propriétaire a été Abdul-Hamid, le sultan de Turquie, qui a été détrôné. Kulub bey, l'eunuque qui avait la garde de cette pierre précieuse, a été pendu dans les rues de Constantinople. M. Habib, qui l'avait achetée pour la somme de deux millions, vient de mourir tragiquement en mer. On ne sait pas si la pierre fatale l'accompagnait dans ce voyage. Le Petit Parisien -18 novembre 1909

Une rentière assassinée à Bry-sur-Marne - Un crime horrible a été découvert hier rue de Joinville, aux confins des communes de Champigny et de Bry-sur-Marne, dans la banlieue parisienne. Une vieille rentière, Mme Hubmann, àgee de soixante-dix-sept ans, qui vivait séparée de son mari dans un peut pavillon, a été trouvée assassinée dans sa cuisine. Le cadavre gisait sur le parquet dans une mare de sang. Près de la tête, qui était affreusement fracassée, on a ramassé une brique qui avait peut-être servi à commettre le crime. Les assassins avaient mis le pavillon au pillage. MM. Berr, juge d'instruction; Hamard, chef de la Sûreté; Socquet, médecin légiste, accompagnés de M. Postaire, commissaire de police de Joinville, se sont rendus ce matin à Bry-sur-Marne pour procéder à une enquête sur ce crime. Le plus grand désordre régnait dans les pièces du pavillon habité par la victime. Tous les meubles avaient été fouillés et le linge était répandu sur le parquet. Comme argent, valeurs ou bijoux, on n'a rien trouvé, sauf une paire de boucles d'oreilles d'un prix assez élevé qui se trouvait dans un secrétaire. Les magistrats ont relevé de nombreuses traces de doigts sur l'armoire à glace et sur le buffet de la salle à manger. Le docteur Socquet a constaté que la victime portait à la tête deux profondes blessures, une à l'os frontal et l'autre au-dessus de la nuque. Des témoignages recueillis par les magistrats, il ressort que Mme Hubmann, qui était assez bavarde, racontait à qui voulait l'entendre qu'elle possédait des bijoux anciens d'une très grande valeur. Deux bicyclistes aux allures louches ont été aperçus par plusieurs témoins la veille du crime, rôdant autour du pavillon de la victime. Le Temps - 19 novembre 1909

Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Permalien [#]