CPA Scans

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01 déc. 09

Les actualités du 1er décembre 1909

hussards

Un brigadier du 8e hussards empoisonne tout son escadron

Verdun – 30 novembre - Dans la brigade de cavalerie légère, un acte qui cause partout une émotion indescriptible vient de se produire. Au 8e régiment de hussards, caserné au quartier de Bevaux, dans ce régiment où beaucoup de jeunes gens, fils de familles très riches, servent dans l'attente des galons d'officiers, un brigadier engagé volontaire pour trois ans et rengagé depuis pour deux autres années, aurait tenté d'empoisonner tous les hommes de son escadron.

Vivant à l'ordinaire du corps, ce brigadier, nommé Georges Faraco, avait l'habitude d'emprunter des sommes relativement considérables à quelques-uns des hommes de son escadron. Dernièrement, il emprunta à l'un d'eux une somme de 200 francs qu'il devait lui rendre à un jour fixé. Ledit jour, le cavalier ayant réclamé à son supérieur le montant du prêt, ce dernier l'aurait prié très instamment de patienter encore deux ou trois jours pour le remboursement.

C'est alors que se trouvant dans l'impossibilité de trouver la somme nécessaire à désintéresser son subordonné, le brigadier, par un moyen invraisemblable de folie, a voulu tenter de se débarrasser de son créancier sans penser qu'il pouvait faire un nombre considérable de victimes en mélangeant dans la soupe de l'escadron une grande quantité de cyanure de potassium. C'est du moins la version qui est donnée sur cette affaire dramatique.

Cette quantité de poison était tellement forte qu'au moment où les hommes assemblés au réfectoire s'apprêtaient à manger, tous s'aperçurent que la soupe dégageait une odeur douteuse et, par suite, personne ne toucha aux plats. Le maréchal des logis chef de l'escadron fut tenu immédiatement au courant. Il fit prévenir ses officiers et, quelques minutes après, des médecins-majors accouraient en hâte pour procéder à l'analyse des mets. Cette analyse fut concluante et permit d'établir la présence du cyanure de potassium. D'après eux, la dose mélangée pouvait, en quelques minutes, causer la mort de tous ceux qui auraient mangé des plats servis.

Le colonel de l'Espée, commandant le 8e régiment de hussards, aussitôt prévenu, commença personnellement une minutieuse enquête. Les hommes dudit escadron furent consignés. Dans les chambrées, les paquetages turent fouillés et tous les objets les composant furent examinés. Les recherches ne devaient pas rester vaines. Dans une poche d'un pantalon d'un cavalier, on trouva des traces non équivoques de cyanure de potassium ; on interrogea le cavalier et, pressé de questions, celui-ci déclara qu'il avait prêté son pantalon au brigadier Faraco.

De plus, l'enquête aurait démontré que le jour même où les plats avaient été servis, ce brigadier avait été vu à plusieurs reprises pénétrant dans les cuisines et fouillant les marmites réservées aux hommes. Un cuisinier de son escadron lui aurait même dit : Mais pourquoi, brigadier, fouiller ainsi dans mes marmites ? Celui-ci lui aurait répondu : C'est pour voir si elles contiennent des pommes de terre. Ce qui parut d'autant plus extraordinaire que ce brigadier mangeait ordinairement à la cantine et le jour où le drame faillit se produire, il vint au réfectoire pour partager le repas de ses hommes et qu'il simula avoir mangé de la soupe et être malade. Le brigadier Faraco se serait aussi rendu coupable de détournements au préjudice d'officiers du 88 régiment de hussards ; à l'un d'eux, il aurait dérobé un porte-cigarette d'une très grande valeur.

Ajoutons que le brigadier Faraco appartient à une famille très honorablement connue dans une grande ville de l'Est et que son père, qui exerce la profession de doreur, jouit en Flandre et dans des Pays-Bas, d'une réputation justement méritée. On remarque que le père du brigadier incriminé emploie dans son métier le poison dont, on s'est servi pour l'attentat qui a failli faire de nombreuses victimes. Le coupable a été mis en cellule.

Le Petit Journal – 1er décembre 1909


EN BREF

uk Méprise mortelle d'un photographe amateur - Londres, 30 novembre — La ville de Portsmouth a été mise en émoi par la mort pathétique d'un solicitor bien connu, M. Webb, survenue à la suite d'une erreur étrange. M. Webb, photographe amateur très expérimenté, était occupé, paraît-il, dans sa chambre noire à virer des agrandissements, lorsqu'il commit une erreur fatale qui lui coûta la vie. Dans l'obscurité, il versa par inadvertance dans un verre de bière qu'il avait déposé auprès de lui du cyanure de potassium, puis absorba le contenu du verre. Se rendant compte de sa terrible situation, il n'eut que le temps de griffonner quelques phrases sur un bout de papier à l'adresse de sa femme : J'ai dû verser du cyanure dans la bière, écrivit-il... Quelques secondes à vivre seulement... Ne puis crier... Dieu t'aide ma chérie... La tête me tourne.... Dis à.... Ici se termine brusquement le document qui devient vers la fin presque illisible. On découvrit le cadavre de M. Webb au bas de l'escalier qui menait à sa chambre noire. Il semble qu'il avait essayé de gravir les marches et que les forces lui avaient manqué pour aller plus loin. Le Matin – 1e décembre 1909

Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Permalien [#]