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13 déc. 09

Les actualités du 13 décembre 1909

Jully Ferme tragique

Carnage à Jully: 5 personnes sauvagement assassinées

La scène de carnage qui s'est déroulée dans une ferme de la commune de Jully, à la limite des départements de l'Yonne et de la Côte-d'Or, dépasse peut-être en horreur les forfaits les plus effroyables que les annales de la criminalité aient enregistrés jusqu'à présent. La ferme où cinq personnes viennent d'être massacrées dans des circonstances atroces est une ancienne abbaye située sur un coteau dominant une vallée des plus fertiles. Elle est exploitée depuis une vingtaine d'années par la famille Verrières et appartient à M. Piat, un rentier du pays, demeurant à Nuits-sur-Ravières. M. Verrières père s'était retiré vers 1898 au hameau des Forges, situé dans la même commune, laissant la ferme a son fils, M. Auguste Verrières, alors âgé de vingt-huit ans, et à sa bru.

Les deux jeunes fermiers se livraient à la grande culture et à l'élevage du bétail. Quatre enfants, trois fillettes dont l'aînée a neuf ans et un garçon leur étaient nés. Les affaires étaient prospères et M. Auguste Verrrières avait dû s'adjoindre un personnel nombreux pour le seconder dans les travaux de la ferme: : une servante âgée d'une trentaine d'années, Marie Goguet, originaire de l'lsIe-sur-Serein ; un valet de ferme, un Italien presque sexagénaire nommé Rusconi ; un garçon de culture, Henri Bony, d'Etivey, et enfin un jeune berger, Louis Imbert. Depuis le mois dernier, deux vachers d'origine suisse, Jacquiard, seize ans, et Vienni, quinze ans, étaient également entrés au service des fermiers.

Ce sont ces deux dernières recrues qui ont commis l'horrible forfait. Si les quatre enfants des époux Verrières ont échappé à la mort, ils ne le doivent qu'au sang-froid et à la présence d'esprit du berger Imbert, qui grièvement blessé d'un coup de matraque, eut le courage de retenir son souffle. Les assassins l'avaient cru mort. Dès qu'ils se furent éloignés pour continuer leurs tristes exploits, le berger se leva, et meurtri, sanglant, se traîna jusqu'à la bergerie des époux Didier, distante d'environ quatre cents mètres de la ferme du Château.

Il était six heures et demie environ. M. et Mme Didier venaient de se mettre à table quand ils entendirent frapper à leur porte. M. Didier alla ouvrir la porte. L'huis était à peine entre-bâillé que le jeune Imbert se blottissait contre le cultivateur, pouvant à peine parler : Ils veulent me tuer, murmura-t-il. Les vachers me poursuivent. Sauvez-moi. Quand M. Didier eut rassuré Imbert, celui-ci conta brièvement que Bony et lui avaient été assaillis à la porte de la ferme par Jacquiard et Vienni, et frappés à la tête. M. Didier prit un falot et se dirigea aussitôt vers la ferme des époux Verrières.

Pendant ce temps les deux bandits avaient égorgé la servante, qui, attirée sans doute par le bruit, était sortie dans la cour, laissant les enfants assis à table pour le repas du soir. Comme Marie Goguet respirait encore, ils jetèrent son corps dans le puits et recouvrirent l'orifice. A ce moment, ils constatèrent probablement la disparition du jeune berger, et l'ayant cherché en vain, ils prirent la fuite, persuadés que les voisins allaient accourir. Quand il arriva à la ferme du château, M. Didier découvrit un à un tous les cadavres ; il constata que Mme Verrières respirait encore; mais tous les efforts pour la ranimer restèrent vains. Quant aux assassins, ils s'étaient, ainsi que nous l'avons dit, jetés dans les bois voisins, abandonnant leurs valises dans les champs.

Le parquet de Tonnerre a poursuivi pendant toute la journée d'hier son enquête sur cette effroyable tragédie. Il a établi que les deux bandits avaient longuement prémédité leur crime. Jeudi soir, ils avaient demandé au fermier de leur payer leurs gages et avaient ainsi touché 200 francs. Le lendemain, ils se rendaient à Nuits-sur-Ravières et achetaient deux revolvers et une boîte de cartouches. Ils se rendaient ensuite à la gare de cette localité et demandaient au guichet si en prenant deux billots pour Pontarlier, ils pourraient les utiliser le lendemain. Sur la réponse négative de l'employé, ils s'éloignèrent sans insister et allèrent à Ancy-le-Franc acheter des vêtements.Les deux misérables savaient que les époux Verrières possédaient des économies et que deux à trois mille francs en numéraire devaient être enfermés dans un meuble de la chambre à coucher. C'est pour voler cet argent qu'ils ont accompli leur forfait.

Voici, en attendant que l'arrestation des misérables permette d'élucider complètement la question, comment les magistrats croient pouvoir reconstituer le crime. Jacquiard et Vienni, qui se tenaient ordinairement à l'étable, étaient montés au logis de leurs maîtres, disant à leur patron : "Il faut venir, car le taureau s'est détaché". M. Verrières descendit. Comme il arrivait au fond de l'étable, l'un des vachers lui tira un coup de revolver par derrière ; la balle traversa la moelle épinière et se logea dans la bouche. Mme Verrières, sachant que le taureau était dangereux, descendit également à l'étable pour calmer la bête; comme elle entrait, deux coups de revolver l'atteignaient au-dessus du thorax. Ces deux premières victimes n'avaient poussé aucun cri.

Remontant à la maison, les meurtriers appelèrent Bony et Imbert, leur disant qu'un bazar ambulant était arrêté sur la route et que leur patron, M. Verrières, voulait leur faire un cadeau. Bony et Imbert descendirent dans la nuit noire. Comme ils arrivaient près de la porte de la ferme, les vachers se jetèrent sur eux. Frappé à coups de hache à la tête, Bony s'affaissa sans pousser un cri. Quant à Imbert, frappé seulement a coups de sabot et de poing, il ne fut qu'étourdi. Et nous avons dit quel subterfuge laissa croire aux assassins qu'il était bien mort et lui permit d'aller donner l'alarme.

Dès que le crime fut découvert, M. Berger, chef de la brigade mobile de la Sûreté générale de Dijon, s'était mis avec ses subordonnés a la recherche des assassins. Ils pensaient — et cela était logique — que les deux valets, étant de nationalité suisse, devaient s'efforcer de regagner leur pays d'origine et l'on sait que le peine capitale n'existe pas en Suisse. En conséquence des télégrammes circulaires furent envoyés à tous les commandants de gendarmerie des départements de l'Est et du Sud-Est, aux commissaires spéciaux des gares frontières et aux postes de douanes donnant le signalement des bandits. Le plus âgé, Joseph-Richard Jacquiard, est né à Orsemens, canton de Fribourg, en 1893. Il a donc seize ans a peine. L'état civil de son complice, Joseph Vienni, n'est pas encore établi. Il est âgé de quinze ans. Ces deux précoces assassins sont d'apparence chétive et malingre et ont le visage complètement imberbe.

Le Temps – 13 décembre 1909

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EN BREF

us-1908 L'équipe Rutt-clarke gagne les six jours de New-York - La grande course américaine qui, pendant 142 heures, déroula ses péripéties sous les halls de Madison Square Garden, à New-York, s'est terminée dans la nuit de samedi à dimanche. Au dernier moment, l'équipe Rutt-Clarke, qui s'était assuré un tour d'avance, subit un assaut furieux de ses adversaires ; mais Rutt, qui était alors en piste, se défendit vaillamment et ses rjvaux durent se contenter de la seconde place. Voici quel fut le classement général : 1. Rutt-Clarke (Allemand-Australien), 4.280 kilomètres 100 mètres. 2. Fogler-Rott (Américains), à un tour (186 mètres). 3. Walthour-Collins (Américains), à une demi-longueur. 4. Hill-Stein (Américains), à une roue. 5. Holstead-Sulli (Américains), à 2 tours. 6. Mitten-West (Américains), à une longueur. 7. Lawson-De Mara (Américains), à 3 tours. 8. Georget frères (Français), à 5 tours. 9. Vanoni-Andcrsen (Italien-Danois), loin. Le Petit Parisien -13 décembre 1909

A Saint-Ouen, quatre soldats sauvent trois enfants des flammes - Un incendie, dont les causes sont encore inconnues s'est déclaré, hier soir, 33, rue des Epinettes, à Saint-Ouen. Une maison de construction légère, habitée par la famille Hémann, a été complètement détruite par le feu. Les époux Hémann étaient absents quand le sinistre se déclara; mais ils avaient laissé dans une chambre leurs trois enfants, agés de dix, sept et quatre ans. Les pauvres petits, au milieu des flammes et de la fumée, allaient infailliblement succomber si de prompts secours ne venaient les tirer du brasier. Heureusement, quatre militaires qui passaient aperçurent des gerbes de flammes sortant par la fenêtre. Courageusement, ils se précipitèrent dans la maison. Ce sont les soldats Leblanc, du 46e de ligne, à Fontainebleau ; Feger, du 31e de ligne, à Epernay ; Richard et Guesdon, du 24e de ligne, à Paris. Ils purent, au prix de grands efforts, arriver jusqu'à la chambre dans laquelle étaient enfermés les malheureux enfants et bientôt ils les emportèrent sains et saufs dans la rue. Le Petit Parisien -13 décembre 1909

Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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