CPA Scans

Collection de cartes postales anciennes numérisées en haute définition. Actualités d'époque. Histoires insolites.

23 déc. 09

Les actualités du 23 décembre 1909

belgique Les funérailles du roi des belges se déroulent sous la pluie

funerailles leopold char funebre

Bruxelles, 22 décembre. — La journée commence tristement, il a plu toute la nuit rendant les rues boueuses, impraticables ; malgré le vent, la pluie ne cesse de tomber. Dès huit heures, une foule silencieuse se dirige vers la place du Palais : tout le long de la rue Royale, les réverbères sont allumés et entourés de crêpes. Les camelots parcourent les rues adjacentes, malgré l'interdiction- du bourgmestre de Bruxelles ; la police a beau intervenir, les camelots continuent à vendre, leur marchandise qu'on s'arrache ; quant aux gagne-petits on les voit passer se dirigeant vers les bons endroits, avec des chaises, des tables, des tréteaux et des échelles. Les balcons sont tendus d'étoffes noires...

Les troupes et les gardes civiques prennent leurs dispositions a neuf heures quarante-cinq ; elles forment la haie du Palais du Roi à la Collégiale de Sainte-Gudule, le long de la rue Royale, de la rue des Colonies, de la rue de la Chancellerie et de là, jusqu'à Laeken, par la rue Treunenberg, la rue des Palais et l'avenue de la Reine. Le service excessif qui leur est imposé provoque parmi les soldats et la garde civique des protestations. Tout le monde du reste trouve regrettable qu'on oblige ces malheureux à s'aligner immobiles malgré le froid et la pluie, deux heures avant le passage du cortège. Les curieux se bousculent et s'entassent, il y a foule aux fenêtres, dont beaucoup se paient de 25 à 80 francs. De nombreux Bruxellois espéraient pouvoir assister à l'intérieur du parc au défilé du cortège funèbre, mais L'administration communale l'a fermé, une partie du cortège devant s'y former. A mesure qu'avance l'heure, la foule augmente.

La façade du Palais, jusqu'au premier étage, est entièrement tendue de noir. Aux trois portes d'entrée une chapelle ardente est formée sous un motif de lions en or mat. Les sociétés qui doivent pendre place dans le cortège se sont groupées à neuf heures un quart entre la place du Trône, le terre-plein du boulevard du Régent et la porte de Namur. Toutes ces délégations sont accompagnées de drapeaux cravatés de deuil. Un cordon de troupe dégage les abords de la place.

A dix heures, le prince Albert vient d'arriver en automobile au Palais, il porte la grande, tenue de général sur laquelle, se détache le cordon de l'ordre de Léopold voilé de crêpe. Il a reçu dans le cabinet attenant à la chambre mortuaire les autorités et les membres de la famille royale, le duc de Schleswig-Holstein, petit-fils du roi des Belges ; le comte de Lonyay, gendre du roi ; le duc de Vendôme ; le prince Charles Hohenzollern, neveu du roi ; le prince de Windisch-Graetz, gendre de la princesse Louise et les invités. Le prince Albert , s'inclinant longuement devant la dépouille mortelle du roi, à baisé le drapeau endeuillé du régiment de grenadiers qui enveloppe le cercueil auprès duquel des couronnes immenses ont été placées.

Ce n'est qu'à 10 h. 45 que l'archevêque de Malines et les quatre évêques de Belgique, entourés d'un grand nombre de prêtres, viennent procéder à la levée du corps, et réciter les prières des morts. Ensuite, dix-huit sous-officiers de l'armée enlèvent le cercueil et le transportent, avec d'infinies précautions, sur le char funèbre. Le cercueil est recouvert d'un grand drap mortuaire de velours noirs, galonné de franges d'or. Sur le drap, est placé le manteau royal, surmonté de la couronne royale.

funerailles leopold princes etrangers

Au moment où le char quitte le Palais, les troupes présentent les armes. Les clairons sonnent et les tambours battent aux champs en sourdine. Les artilleurs tirent des salves et les cloches de Saint-Jacques-sur-Caudenberg sonnent le glas. A 11 h. 5, le cortège se met en marche dans l'ordre suivant : Un détachement de gendarmerie à cheval, un escadron de cavalerie avec musique, l'escadron de la garde civique avec musique, une batterie d'artillerie, une compagnie d'infanterie de ligne, une batterie dargliene de la garde civique, une compagnie d'infanterie de la garde civique, des députations des gardes civiques du royaume et des régiments de l'armée avec le drapeau du corps.

Vient ensuite le char, attelé de huit chevaux, entouré des membres de la maison du Roi. Ce corbillard a été construit sur les indications mêmes de Léopold II, pour les obsèques du comte de Flandre. Le char funèbre de Léopold Ier était beaucoup plus élevé. Le char funèbre est entouré par le comte John d'Outremont, grand-maréchal de la. Cour ; le baron Auguste Goffinet, secrétaire des commandements du Roi ; le baron Constant Goffinet, intendant de la liste civile ; le lieutenant-général Wahis ; le lieutenant-général Brunell ; le lieutenant-général Donny ; le général Bricoux ; le général major comte du Chastel de la Howarderie ; le colonel baron Snoy; le major Cumont.

Le prince Albert, en grand uniforme de lieutenant général s'avance immédiatement derrière le corbillard suivi du Duc de Vendôme et des membres de la famille royale belge, le prince Othon de Windischgraetz, gendre de la princesse Stéphanie, le duc de Slesvig-Hofstein, gendre de la princesse Louise, le comte Lonyay, mari de la princesse Stéphanie; le prince François-Joseph, frère de la princesse Elisabeth. Viennent ensuite les princes étrangers : Le prince Ruprecht de Bavière ; le prince Henri de Prusse ; l'archiduc Salvator d'Autriche ; l'Infant Don Carlos d'Espagne ; le duc de Connaugh ; le prince consort des Pays-Bas ; le prince héritier de Roumanie ; le prince Georges de Saxe et les missions étrangères. Puis viennent les autorités et les fonctionnaires civils, les gouverneurs des provinces et les secrétaires généraux des ministres, les fonctionnaires.

Une foule énorme se trouve sur le parcours. Le parc a été enfin ouvert au public et est littéralement encombré de curieux. Il est près de onze heures et demie lorsque le cortège funèbre arrive à la collégiale de Sainte-Gudule, tout autour de laquelle grouille, derrière les barrières, une foule immense. Aux fenêtres, sur les toits des maisons, sont de véritables grappes humaines. Les barrières placées autour de l'église sont renversées par la foule, des bousculades inouïes se produisent ; des gens passent entre les chevaux des soldats faisant la haie. Des centaines d'invités de marque ne peuvent pénétrer dans l'église, celle-ci étant comble.

funerailles leopold arrivee place sainte gudule

La décoration de l'église est impressionnante. Les parois latérales sont tendues de noir. Dans le chœur, des dômes ont été placés, au-dessus des sièges réservés a la famille royale. Le corps, enlevé par dix-huit sous-officiers, est porté à bras dans la collégiale. Il est reçu par le cardinal, archevêque de Malines, Mgr Mercier, entouré des évêques de Belgique et d'un nombreux clergé ; aux sonneries des cloches se mèle une marche funèbre. La dépouille mortelle, précédée par les officiers de la maison royale, est placée sur un catafalque. Le prince Albert, les membres de la famille royale, les princes étrangers se dirigent vers le choeur. Les élèves de l'école militaire rendent les honneurs à la dépouille mortelle.

La cérémonie se déroule selon les rites habituels. Au jubé, la messe en plain-chant est exécutée par. soixante-dix choristes, sous la direction de M. Maurivoet. Le Dies irae est chanté en faux bourdon ainsi que le De Profundis, après l'élévation. Il est midi 40 lorsque la cérémonie prend fin a la Collégiale. Les cloches sonnent à toute volée tandis que les canons tonnent, le clergé reconduit la dépouille mortelle, le prince Albert, les princes étrangers jusqu'au porche de l'église. Le défilé des uniformes recommence alors. Le prince Albert de Belgique, les membres de la famille royale, les dignitaires de la maison du roi, les. membres des missions spéciales étrangères, le président de la Chambre, le président du Sénat, les ministres d'État et à portefeuille montent en voiture. Le cortège se reforme pour se diriger vers Laeken.

La comtesse de Flandre, la princesse Elisabeth, la princesse Stéphanie et la princesse Clémentine sont montées en voiture pour se rendre à Laeken où elles devaient précéder le cortège funèbre. On a remarqué l'absence de La princesse Louise, retenue par une indisposition. Après la cérémonie religieuse le cortège se reforme dans le même ordre pour se diriger à laeken, où il arrive à deux heures. Le temps demeure exécrable; La foule est immense. Des spectateurs se trouvent mal. Le corbillard s'arrête devant la porte de l'aile droite de l'église de Laeken. Le baldaquin est tellement élevé qu'il a fallu, pour dégager les abords du parvis, abattre quelques arbres. L'archevêque de Malines préside à la dernière cérémonie funèbre. Après les absoutes, dix-huit sous-officiers de grenadiers prennent le cercueil et le descendent dans la crypte. Pendant la descente du corps, le canon recommence à tonner ; une dernière salve de vingt-et-un coups est tirée. L'inhumation définitive aura lieu demain.

La Presse – 23 décembre 1909


EN BREF

Une explosion mystérieuse à Saint-Petersbourg - Saint-Petersbourg, 22 décembre. Un événement tragique, dont le mystère s'accroît des étranges circonstances qui l'entourent, cause en ce moment un vif émoi à Saint-Pétersbourg. Voici les faits : La nuit dernière, les habitants du quartier Viborg, quartier excentrique situé à l'ouest de Pétersbourg, étaient réveillés par une formidable détonation... Elle venait d'un immeuble de la rue Mesquine, où une terrible explosion venait de se produire dans un appartement du troisième étage. On se précipita aussitôt et parmi les décombres fumants, on trouva deux hommes couverts de sang : l'un avait la tête arrachée, l'autre était dangereusement blessé. Le cadavre fut reconnu pour celui du colonel Karpoff, chef de la police secrète, le même qui faillit être victime d'un guet-apens, il y a dix ans, à Paris, rue de Bolivie : le blessé était un domestique du colonel. Au moment où là police pénétrait dans l'appartement, un jeune homme en bras de chemise et tête nue cherchait à fuir : trouvant le chemin barré par un policier, il tira un revolver de sa poche et fit le geste de tirer, mais l'agent eut le temps de le désarmer et de l'arrêter. Une enquête fut aussitôt ouverte et l'on apprit qu'un jeune homme — celui qu'on avait arrêté — était venu louer l'appartement, il y a quelques jours, au nom de Michel Voskressensky : hier, deux hommes se présentaient rue Mesquine et montaient chez lui : l'un était le colonel Karpoff, l'autre un agent secret. Peu de temps avant leur arrivée, Voskressensky avait fait appeler un électricien pour soi-disant une sonnerie ; puis, il avait renvoyé l'ouvrier en lui disant qu'il se chargeait de finir le travail lui-même. Les premières indications qui ont permis de recueillir l'identité de M. Karpoff sont les marques de son linge et les initiales marquées sur son étui à cigarettes. Sa présence chez Voskressensky s'explique, parce qu'il arrive souvent aux chefs de la police secrète d'avoir des rendez-vous secrets avec leurs agents. On présume que Voskressensky, employé par le colonel Karpoff, complotait en même temps avec les révolutionnaires. Il paraîtrait enfin que Voskressensky était le propre neveu du colonel.Tout ceci, comme on le voit, est fort confus. Il semble que l'on soit en présence d'un complot ; mais, contre qui ? - Le Gaulois – 23 décembre 1909

Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :


Commentaires

Poster un commentaire