CPA Scans

Collection de cartes postales anciennes numérisées en haute définition. Actualités d'époque. Histoires insolites.

31 déc. 09

Les actualités du 31 décembre 1909

triple entente 2

La politique extérieure française en 1909

Quel a été le rôle de la France dans le monde au cours de cette année 1909 ? Notre patrie est-elle sortie oui ou non a son avantage de la grande lutte politique, diplomatique, économique dans laquelle elle test engagée ? Sans partager "de plano" l'enthousiasme un peu intéressé que notre ministre des affaires étrangères. M. Stéphen Pichon, déversait naguère à pleins bords dans les colonnes d'un journal de Vienne, reconnaissons cependant que le bilan extérieur de notre pays se chiffre par d'intéressants profits. Je me hâte d'ajouter qu'il ne s'agit point en l'occurrence de conquêtes matérielles, et l'Alsace Lorraine, plus que jamais française de cœur, demeure encore sous l'emprise allemande.

Du moins avons-nous accompli une œuvre exclusivement morale, mais combien saine et réconfortante. Nous nous sommes reconquis nous-mêmes à nos propres yeux d'abord, ce qui est bien, mais aussi aux yeux de l'étranger, ce qui est mieux. Autrement dit, notre armée, reconstituée, réorganisée, renforcée, nous a rendu notre confiance perdue ; elle nous a permis de parler haut et ferme au terrible voisin de l'est, à celui qui vingt fois nous avait "bluffés". Et le féroce vainqueur qui toujours voulait nous traiter en vaincus, a été obligé de modifier le ton de la conversation. Depuis 1909 Paris et Berlin se causent comme on le fait entre gens bien élevés. C'est un résultat qi a son importance, puisqu'il aboutit à l'accord franco-allemand de février dernier au sujet du Maroc, et que d'autre part l'incident de Casablanca a été solutionné au mois de mai à la satisfaction des deux parties. Rappellerai-enfin le départ du prince de Bulow et son remplacement par M, de Bethmann-Hollweg ?

Depuis l'arrivée au pouvoir de ce dernier, la détente franco-allemande n'a fait que s'accentuer ; elle s'est précisée même à la tribune du Reichstag dans le discours retentissants, que nous avons enregistrés ici même avec satisfaction. Évidemment, il ne faut pas chanter victoire avec trop d'assurance, car l'affaire marocaine peut nous réserver encore de désagréables surprises, venant même du côté de Berlin, mais du moins maintenant l'entente avec la Wilhelmstrasse nous a-t-elle permis d'amener à composition cet entêté de Mouiay-Hafid et incessamment l'accord franco-marocain sera chose faite.

L'amélioration des relations franco allemandes a eu également un excellent contrecoup dans les Balkans où la politique agressive du baron d'Aerenthal faillit mettre pendant plusieurs semaines le feu aux poudres. Notre diplomatie s'est en effet heureusement employée à Vienne, Pétersbourg, Belgrade et Constantinople. Nous n'avons pu empêcher, c'est vrai, l'annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine, mais c'est un peu grâce à nous que la guerre n'a pas éclaté, que la Serbie et le Monténégro n'ont pas été écrasés par l'Autriche, que la Turquie et la Bulgarie ont fini par conclure une entente amiable. Malgré toutes les graves rivalités en présence, la paix balkanique a été finalement maintenue, et c'est un résultat merveilleux, si l'on songe que là-bas dans ce pays tourmenté et divisé à l'infini. les haines de religions et de races sont à l'état latent et qu'un conflit armé est toujours à craindre.

Dans toutes ces affaires extrêmement délicates du Maroc et des Balkans, la diplomatie française a été énergiquement soutenue par les chancelleries de Pétersbourg et de Londres. C'est que, au cours de cette année 1909 nos amitiés et nos alliances n'ont fait que s'affirmer d'avantage. L'alliance franco-russe, vieille bientôt de vingt ans, celle même que Bismarck considérait comme inévitable, a reçu une nouvelle consécration. Le tsar Nicolas II est venu à Cherbourg, rendre au président Fallières la visite que celui-ci ci avait faite lors de son arrivée au pouvoir D'autre part, l'entente cordiale si elle ne s'est pas manifestée cotte année d'une éclatante façon, subsiste quand même aussi forte et aussi vivace que par le passé et tout cela pour le plus grand bien de la Triple Entente franco-anglo-russe.

Enfin, avec l'Italie, la France continue d'entretenir les relations les plus amicales qu'il soit. Des visites d'escadres ont été échangées entre les deux pays. C'est tout d'abord le duc de Gênes qui à la téte d'une flotte, vient saluer à Nice M. Fallières, à l'occasion des fêtes en l'honneur de Gambetta ; c'est plus récemment quelques-uns de nos navires qui sont reçus avec enthousiasme à Naples ; c'est enfin cette visite toujours retardée de Nicolas II à Racconigi, visite que notre diplomatie a grandement facilitée, et qui attire de plus en plus nos voisins d'au-delà des Alpes dans l'orbite de la Triple Entente.

Telle a été en résumé notre politique extérieure en 1909 : politique de relèvement militaire, diplomatique et moral pour nous-même ; politique d'apaisement et de pacification, d'union et de conciliation à l'étranger, dans les Balkans surtout ; politique traditionnelle enfin que nous avons prouvée par notre fidélité inébranlable à nos amitiés et à nos alliances. Souhaitons en terminant cet aperçu trop rapide et forcément incomplet, que M. Briand dirige en 1910 notre politique étrangère avec la même patriotique, intelligente et décisive énergie que le fit M. Clemenceau à certaines heures critiques de son long ministère.

L'Ouest-Eclair – 31 décembre 1909


EN BREF

Grave incident de grève à Lyon - Lyon, 30 Décembre. Un grave incident a eu lieu ce soir, place de la Cité, non loin d'une usine de teinture où, malgré la grève, des ouvriers travaillent toujours. Les grévistes, dont les rangs s'étaient augmentés d'un nombre considérable de terrassiers sans travail, se livrèrent à une manifestation, mais ils se heurtèrent à des barrages de forces policières, notamment des gardes à cheval qui les empêchaient d'approcher de l'usine. Les manifestants, impuissants, se rendirent alors place de la Cité-Lafayette. Ils s'armèrent de cailloux dont ils criblèrent les représentants de la force publique. Il y a eu des blessés, un agent cycliste et un garde à cheval. Quatre arrestations ont été opérées. Le Petit Journal – 31 décembre 1909

Le comte de Percy meurt à Paris - L'ex-sous-secrétaire d'État aux Affaires étrangères d'Angleterre, le comte Percy, fils du duc de Northumberland, est mort hier matin à l'hôtel de la gare du Nord de Paris. Le jeune diplomate (il n'avait que trente-huit ans), était venu dans la capitale passer les fêtes du jour de l'an, avec son frère et sa sœur. Dans le train de Calais il se trouva brusquement indisposé et, à son arrivée, vendredi dernier, il descendit à l'hôtel de la Gare, où il s'alita. Le médecin de l'ambassade d'Angleterre fut mandé et diagnostiqua une pleurésie. L'état du comte s'aggrava peu à peu ; avant-hier soir, une consultation de plusieurs médecins eut lieu : mais, à trois heures du matin, le malade faiblit: une demi-heure plus tard, il rendait le dernier soupir. On prévint aussitôt le duc de Northumberland, qui, malade lui-même, vient de s'aliter à Londres. La mort de l'ex-sous-secrétaire d'État aux Affaires étrangères d'Angleterre a provoqué dans le monde diplomatique une très vive émotion. Le Petit Parisien – 31 décembre 1909

Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Permalien [#]