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13 janv. 10

Les actualités du 13 janvier 1910

obseques

Les obsèques du gardien de la paix Deray

C'est hier matin qu'ont eu lieu les obsèques du gardien de la paix Deray, tué samedi dernier dans les circonstances que l'on sait. La lettre de faire part était double d'abord, l'invitation officielle, au nom de la municipalité de Paris, conviant à la réunion du cortège civil, à dix heures et quart, à la préfecture de police; puis, celle de la famille, annonçant que la cérémonie religieuse aurait lieu à Notre-Dame A dix heures et quart, exactement, le cercueil, qui était déposé dans la salle de garde des brigades de réserve, transformée en chapelle ardente, a été placé sur le char funèbre stationné dans la cour de la caserne. M. Lépine a procédé à la levée du corps, et le cortège a traversé le parvis Notre-Dame pour se rendre à l'église métropolitaine.

En tête, marchaient la veuve et ses deux enfants, entourés par les membres de sa; famille. Puis venaient le colonel Bard, représentant le Président de la République MM. Antonin Dubost, président du Sénat, Henri Brisson, président de la chambre des députés, Aristide Briand, président, du Conseil ministre de l'intérieur, accompagné de M. Huart, secrétaire général, Lescouve, représentant le ministre de la justice, D'Homme, représentant le ministre du commerce, le commandant Belhague, représentant le ministre de la guerre, le lieutenant de vaisseau Stolz, représentant du ministre de la marine, des représentants des ministres des colonies, des travaux publics; Dujardin Beaumetz, sous-secrétaire d'Etat aux beaux-arts; Ballot-Beaupré, premier président de la Cour de cassation; Baudouin, procureur général près la même Cour; Forichon, premier président de la Cour d'appel; Fabre; procureur général près la Cour d'appel, les conseillers et les magistrats de la Cour d'appel; Ditte, président du tribunal de la Seine Monier, procureur de la République de la Seine; les juges d'instruction, les juges et les magistrats du Parquet du Tribunal civil, de Selves, préfet de la Seine; Lépine, préfet de police, en habit avec le cordon de grand-croix de la Légion d'honneur (...), des délégations de la garde républicaine, de la gendarmerie, des sapeurs-pompiers, des commissaires de police, des officiers de paix, du personnel des commissariats, des brigadiers et sous-brigadiers et gardiens de la paix de Paris et de la banlieue, de gendarmes, de pompiers, d'inspecteurs de la Sûreté,etc., etc..

Une foule nombreuse et recueillie a assisté au passage du cortège. La messe a été dite par M. l'abbé Fauvel vicaire de Notre-Dame, assisté des abbés Gallot et Gramont. La maîtrise a chanté la messe en plain-chant de Nanini et de l'abbé Perruchet, et l'Ego sirin de Mors et Vita, de Gounod. Au petit orgue, MM. Albert Renault, maître de chapelle, et Albert Terre, organiste. L'absoute a été donnée par M. l'archiprêtre Pousset. A onze heures, la cérémonie religieuse prenait fin et on se mettait en marche vers le cimetière. Sur tout le parcours, les hommes se découvraient avec respect et les femmes se signaient.

Devant le caveau des victimes du devoir, M. Ernest Caron, président du Conseil municipal, a parlé le premier. Après avoir rendu un suprême hommage au brave, mort en accomplissant son devoir, il s'est demandé comment ce Liabeuf, bandit de vingt-quatre ans, avait pu concevoir l'idée d'un tel crime, et d'où venait cette mentalité nouvelle qui fait se multiplier autour de nous les assassinats.

Il termine par quelques mots de consolation et d'encouragement à la compagne et aux enfants, héritiers du nom glorieux d'un homme qui est mort en héros.M. Lépine, préfet de police, a pris à son tour la parole

Messieurs, C'est trop de morts! Et les paroles me manquent devant ces deuils accumulés. Jusqu'à quand un sang généreux coulera-t-il sous le couteau des assassins ? Et quand la société menacée voudra-t-elle se défendre ? Loin de fuir le corps à corps, nos hommes vont au-devant du danger, mais au lieu de combattre à armes égales, ils succombent sous le nombre. Paris sert de refuge à trop de bandits, et pour eux les lois sont trop tendres. Patience messieurs. Faisons confiance à l'opinion publique mieux éclairée, et restons dans notre rôle. Il est assez honorable pour qu'une juste fierté nous soutienne. La mort si simple et si belle de ce modeste héros jette un reflet de son lustre sur tout le corps de la police municipale, et ce tranquille courage nous réconforte et nous enflamme de son exemple. Puisse l'hommage solennel que vous rendez aux restes de cette noble victime apporter quelque adoucissement à la douleur de sa famille. Gardons en tout cas sa mémoire comme si, dans la liste des morts, il devait être le dernier.

Prononcé d'une voix vibrante et avec des accents qui, on le sentait, partaient du cœur, ce discours a produit une très vive impression.

Maintenant, un détail qui a son importance, beaucoup plus d'importance même qu'on ne pourrait le croire au premier abord. A la sortie du convoi, un certain nombre d'apaches se sont mis à marcher sur le flanc du cortège à droite, à la hauteur du préfet de police et des représentants du gouvernement. Peu à peu, ce nombre s'est accru et bientôt ils ont formé une sorte de légion d'environ deux cents hommes. Ils ont escorté ainsi le convoi jusqu'à la rue Soufflot, où, par suite d'un mouvement général, fis se sont séparés et répartis sur divers points. N'y a-t-il pas là une sorte de protestation, de provocation significative?

Sur l'avis du docteur Guinard, constatant une amélioration dans son état, Liabeuf a été placé sous mandat de dépôt à la prison de Fresnes. Une voiture d'ambulances est venue à deux heures le prendre. Un sous-brigadier et trois inspecteurs de la Sûreté l'ont accompagné.

Le Figaro – 13 janvier 1910


EN BREF

Les Saintes Maries menacées - Arles, 12 janvier. La population des Saintes-Maries-de-la-Mer vit, depuis quelques semaines, dans une alarme continuelle. La mer menace de submerger cette ville, ainsi que toute la Camargue. Il y a quelques années, - elle était à une distance considérable de la ville. Aujourd'hui, elle recouvre la plus grande partie de la plage. Bientôt, elle arrivera jusqu'au seuil des maisons. La faible barrière que lui opposait la digue, construite il y a une vingtaine d'années, est renversée, détruite sur toute sa longueur. Encore quelques coups de vent, et les Saintes-Maries-de-la-Mer n'existeront plus. Le Conseil municipal s'est réuni en toute hâte pour appeler l'attention des pouvoirs publics sur cette grave situation. Il demande que des mesures immédiates soient prises pour arrêter cet envahissement progressif de la mer. Les Saintes-Maries-de-la-Mer jouissent d'un grand renom dans toute la Provence. Selon la légende biblique, c'est là que sainte Marthe, sainte Marie-Salomé, sainte Madeleine, sainte Marie-Jacobé et Sara abordèrent après leur départ de la Judée. Après leur mort, une chapelle fut élevée pour abriter leurs cendres. L'église actuelle date du dixième siècle. On y vient en pèlerinage de tous les coins de la France. Au mois de mai, les Romanichels et les Bohémiens de tous les pays s'y donnent rendez-vous pour procéder à l'élection de leur Reine. C'est une tradition qui date de plusieurs siècles. Mistral, on le sait, a placé aux Saintes-Maries un émouvant épisode de Mireille.Le Gaulois – 13 janvier 1910

Un éboulement place Saint-Michel - Vers dix heures, hier soir, le trottoir s'effondra brusquement devant le café du Départ, place Saint-Michel. A cette époque de l'année, il y a peu de consommateurs aux terrasses. Et puis, personne ne passait. Il n'y eut pas d'accident.A ce même moment, les voyageurs qui se trouvaient sur le quai de la gare du quai Saint-Michel virent un pan de mur s'écrouler et une énorme masse de terre rouler jusqu'au bord de la voie. Là encore, par miracle, personne ne fut blessé. On eut bientôt- l'explication de ce double accident. On est en train de creuser un passage souterrain qui doit réunir la gare Saint-Michel de la ligne d'Orléans à la gare Saint-Michel de la ligne métropolitaine. Les terres de déblais étaient soutenues par des poutres que les pluies récentes ont pourries. Les poutres ont cédé, la terre a glissé sur le quai de la gare, et le trottoir, n'étant plus soutenu, S'est effondré. M. Boreux, ingénieur de la Ville de Paris ; M. Frey, architecte de la préfecture de police, un ingénieur et le chef des travaux de la Compagnie d'Orléans se sont rendus aussitôt sur les lieux. Des ouvriers du gaz ont été appelés pour fermer une conduite qui aurait pu éclater. Le Figaro – 13 janvier 1910

Un cheval dans une école - Hier matin, à onze heures et demie, rue Chomel, le cheval de la voiture n° 2313, s'étant emballé, le cocher crut bien faire en le poussant sur le trottoir. Mais l'animal, lancé, rentra dans le couloir de l'école des filles, 8, rue Chomel, et la voiture ne pouvant le suivre, il la brisa à coups de pied. En même temps il se jetait dans la loge de la concierge dont les carreaux volèrent en éclats et le blessèrent au poitrail et aux oreilles. On a dû. couper les traits et enlever les débris de la voiture pour le dégager. Le Figaro – 13 janvier 1910

Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Permalien [#]