CPA Scans

Collection de cartes postales anciennes numérisées en haute définition. Actualités d'époque. Histoires insolites.

16 janv. 10

Les actualités du 16 janvier 1910

La Garnache

Le satyre de Pontchateau est arrêté

Nantes, 15 janvier. On a enfin arrêté celui que l'on s'est plu à appeler l'insaisissable Enrici, quoique ce dernier nom ne soit pas le sien. Le satyre de Pontchateau, car c'est bien lui, a été arrêté dans une auberge de la Garnache, village du département de la Vendée, situé près de Challans. Les gendarmeries de Lège-Palleran et de Challans furent mises, hier, sur la piste d'un individu suspect. Aussi, ce matin, les gendarmes parcoururent les bois de Froidfont, où ils croyaient que le satyre s'était réfugié. Mais ils ne possédaient pas le signalement exact du faux Enrici, et plusieurs fois ils le rencontrèrent, l'examinèrent en passant et ne l'arrêtèrent pas, cherchant toujours dansla forêt.

Mais le bandit, craignant, à la fin, d'être découvert, se dirigea vers la Garnache et se réfugia dans une auberge tenue par Mme Ravelean. Et c'est grâce à la sagacité de la débitante que le bandit put être arrêté. Prise, en effet, de soupçons, en présence de cet individu fatigué, harassé, 1'air inquiet, dont les vêtements étaient souillés de boue par sa longue course à travers la campagne — et sachant que le satyre de Pontchateau errait dans la région — elle s'en fut prévenir des voisins. Quelques-uns vinrent s'attabler dans l'auberge pour tenir en respect l'individu. Ils lièrent même conversation avec lui, pour ne pas le mettre en éveil.

Pendant ce temps, d'autres habitants de la commune allèrent prévenir les gendarmes et le garde champêtre. Les gendarmes ne tardèrent pas à arriver.Le brigadier de gendarmerie de Challans demanda ses papiers à l'individu, qui déclara ne pas en avoir. On lui passa alors les menottes et on ramena à la chambre de sûreté de la gendarmerie de Challans. Aussitôt, l'arrestation fut télégraphiée à la brigade mobile de Nantes, et M. Lebel, commissaire divisionnaire, se rendit en automobile à Challans, où arrivait en même temps le commissaire divisionnaire des Sables-d'Olonnes. M. Lebel n'eut pas de doute. C'était bien le satyre qui venait d'être arrêté. Il l'interrogea.

Le bandit voulut d'abord cacher son véritable nom. Il ne s'est jamais appelé Enrici, mais il dit se nommer Duboc, puis Merzan-Giacometti. Enfin, pressé de questions, il avoua que son vrai nom était Joseph Meiffret, qu'il était né à Alger le 28 octobre 1883, et qu'il avait été pendant quelque temps chauffeur de navire dans une compagnie de navigation. Est-ce bien là son vrai nom ?

Aux premières questions qu'on lui posa sur les crimes, il nia ; mais il se mit à pleurer et avoua le vol et les violences commises chez Mlle Fremeau, institutrice à Savenay. Il reconnut les cambriolages des chalets de la côte, au nord de la Loire, et des châteaux de l'Erdre. Il ne pouvait du reste les nier puisque effets, objets et argent qu'il avait sur lui avaient été dérobés dans les maisons cambriolées. On a, en effet, trouvé sur lui une somme de plus de 4,200 francs, des bijoux et un véritable trousseau de cambrioleur. Le linge était marqué aux initiales X. B., qui sont celles de M. Xavier Boubee.

Quand on lui parla du viol, suivi d'assassinat de la petite Clémentine Foucher, au Pouliguen, Meiffret protesta énergiquement. Je ne suis pas l'homme que vous croyez, dit-il, jamais je n'ai commis une chose pareille. Il a prétendu avoir rencontré, au cours de ses pérégrinations, un nommé Xavier ou Favier qui était un voleur, et auquel il aurait remis les objets qu'il avait volés ; c'est évidemment un personnage imaginaire que fait intervenir Meiffret, qui n'est peut-être pas plus Meiffret qu'Enrici. Après une période d'abattement, le bandit a repris un calme apparent.

Il a été photographié et mensuré par les agents de la police mobile.Le parquet des Sables-d'Olonne, sur le ressort duquel Meiffret a été arrêté, a réclamé le prisonnier, qui a été embarqué dans le train de 1 h. 13. Le bandit a été l'objet d'une vive manifestation de la part de la population, massée sur son passage.

Les Sables-d'Olonne, 15 janvier. Le soi-disant Enrici est arrivé ce soir à 4 h. 15. L'arrestation du bandit avait été connue de bonne heure ; aussi de nombreux curieux s'étaient rendus à, la gare pour assister à son arrivée. Sur tout le parcours de la gare au palais de justice, des cris de mort ont été proférés. Sur la place du palais de justice, plus de 2,000 personnes étaient massées pour voir le prisonnier, enchaîné et tenu par deux gendarmes. Il fallut faire évacuer la foule afin de le protéger.

Au moment où le satyre gravit les marches du palais, il reçut un violent coup de parapluie sur la tête. Conduit dans le cabinet de M. Guillemin, procureur de la République, il a déclaré se nommer Meiffret, être né à Alger, et ensuite s'est renfermé dans un mutisme complet. Au moment de son arrestation, il était vêtu d'un veston de cuir, chapeau mou noir, pantalon à carreaux, et chaussé de bottines jaunes. il porte des moustaches noires en brosse. Il a fallu le conduire à la maison d'arrêt en voiture, afin de le soustraire à la foule qui voulait le lyncher.

Le Petit Parisien – 16 janvier 1910


EN BREF

us-1908 Paulhan plane sur la Pacifique - New-York, 15 janvier - Une dépêche vient d'arriver de Los-Angeles (Californie) et nous signale un nouvel exploit de votre compatriote Paulhan. L'aviateur s'est élevé à bord de son biplan au-dessus de l'aérodrome et, après avoir couvert deux tours de piste, ayant atteint environ 200 mètres d'altitude, il a pris la direction de l'océan Pacifique. Avec une audace inouïe, il s est enfui vers la haute mer, disparaissant bientôt à l'horizon. Longtemps l'on fut sans nouvelles de lui. Ce n'est, en effet, que près de deux heures après son départ qu'on le vit enfin réapparaître et venir tranquillement reprendre terre à Los-Angeles. Paulhan serait allé jusque non loin de l'île Santa-Catalina, située à 50 kilomètres environ de Los-Angeles. La foule, qui avait été un instant inquiète sur son sort, lui a fait une grandiose ovation à son retour.Le Petit Parisien – 16 janvier 1910

Éboulement de la falaise du Tréport - Le Tréport, 15 Janvier -Un grand écoulement s'est produit au Tréport. Une énorme masse de terre s'est détachée d'une falaise juste au moment où un ancien marin, M. Poitevin, habitant, à proximité, sortait de chez lui. Avant qu'il ait eu le temps de prévenir sa femme et sa fille, de gros, blocs de roche écrasèrent sa maison. Les pauvres femmes purent cependant s'enfuir mais, à peine dans la rue, elles s affaissèrent. En raison de la forte- commotion qu'elles ont éprouvée, les deux femmes devront recevoir de longs soins. On a fait évacuer l'endroit dangereux. Le Petit Journal – 16 janvier 1910

Posté par Ichtos à 00:26 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Permalien [#]