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19 janv. 10

Les actualités du 19 janvier 1910

fin du monde

La fin du monde pour le 18 mai 1910 ?

Nous n'y sommes pas encore, mais elle arrive tout doucement. D'ailleurs, personne ne veut la prendre au sérieux, et c'est pourquoi tout le monde en parle. Il s'agit du 18 mai. Comme vous le savez, c'est ce jour-là que nous devons entrer dans la queue de la comète, dont on ne peut pas dire qu'on y sera mieux qu'au sein de sa famille. Le mal, au surplus, ne serait pas grand, si cette queue de comète, que certains assurent être une chevelure, n'était pas composée de gaz malsains, capables d'empoisonner en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire notre atmosphère terrestre.

Il y aurait de quoi philosopher longuement sur un pareil sujet, et c'est un joli thème pour les gens qui se plaisent à soutenir que la terre et ses habitants ne servent à rien, n'ont aucune utilité et n'existent pas dans un but déterminée. S'il en était autrement, une telle œuvre serait-elle à la merci d'un amas de gaz en promenade ?

Cette comète de Halley n'avait pas, dans le passé, une mauvaise réputation, et les viticulteurs lui savaient gré de son heureuse influence sur la vendange. Ses apparitions antérieures ne furent marquées par aucun désordre, au contraire de celles de plusieurs de ses sœurs ambulantes, auxquelles on impute la responsabilité d'un tas d'événements tragiques. De même, son aspect fut toujours convenable, et sa physionomie — si l'on peut s'exprimer ainsi — ne cessa jamais de respirer la bienveillance et l'honnêteté.

Elle n'est pas un de ces astres rébarbatifs et menaçants qu'il est impossible d'envisager sans frayeur. Elle ne ressemble pas non plus a cette fameuse étoile, nommée Absinthe, dont il est parlé dans l'Apocalypse, et qui, en tombant dedans, doit empoisonner d'un coup les mers et les rivières. On conçoit que les hommes et 1480 ne durent pas être rassurés, quand ils apprirent qu'on avait vu, en Arabie, une comète ayant l'apparence d'une poutre lumineuse sur laquelle on distinguait une multitude de têtes de clous, puis une énorme faux, semblable a celle de la Mort et du Temps, et surmontée elle-même de deux lames tranchantes !

Que penser aussi de la redoutable comète de 1527, distincte pendant cinq quarts d'heure à peine mais qu'on n'oublia pas de longtemps. I1 y avait de quoi ! Elle était, — c'est du moins le Livre des Prodiges qui l'affirme, — d'une couleur sanglante, qui se modifiait à son extrémité par une teinte de safran. Du sommet sortait un bras recourbé, armé d'un glaive immense, tout prêt à frapper. Trois étoiles scintillaient à l'extrémité de l'arme céleste, mais celle qu'on voyait à la pointe était à la fois la plus brillante et la plus grande. Sur les côtés du corps lumineux, on distinguait des rayons qui affectaient les formes de piques et d'épées de moindre dimension. Au milieu de ces armes apparaissaient des têtes humaines roulant ça et là parmi les nuées.

Si l'on veut bien considérer que ces deux terribles comètes ne furent suivies d'aucun cataclysme universel, on concevra de légitimes espérances sur les conséquences de la rencontre prochaine de la terre et de la queue de la comète de Halley. Il est infiniment probable que nous nous bornerons a traverser cette masse gazeuse sans nous en apercevoir. Le seul dommage sera pour elle, qui risque d'être brutalement éparpillée dans l'espace, ainsi que cela se produisit pour l'infortunée comète de Biéla, réduite en capilotade par un choc de ce genre.

M. Flammarion, il est vrai, dans ses œuvres astronomiques, n'a pas repoussé d'une manière absolue l'hypothèse de la destruction de notre monde par une collision céleste. A propos de la comète de Halley, il examinait la possibilité de cet incident. La combinaison de l'oxygène de l'atmosphère, terrestre, avec l'hydrogène de la queue de la comète aurait pour effet de nous étouffer en quelques instants.

Le résultat serait identique, mais beaucoup plus agréable si, de ce rapprochement, découlait une diminution de l'azote. Nous éprouverions alors de délicieuses sensations ; notre joie atteindrait des proportions colossales, et c'est avec de grands éclats de rire que nous abandonnerions la vie. Tout le monde serait content de son sort, phénomène dont nous n'avons pas eu, jusqu'ici, le plus petit exemple.

Ajoutons vite, pour ceux de nos contemporains qui ne s'accommodent pas plus de la mort en gaîté que du trépas pénible, que ces suppositions ne figurent ici que pour ajouter un peu de pittoresque à toute cette histoire. M. Flammarion est le premier à ne pas les prendre au sérieux, car il sait que notre atmosphère ne peut guère être entamée, pénétrée par les gaz légers d'une queue cométaire.

Le seul fait qui soit de nature à nous impressionner est une prédiction du théologien anglais Bengel. Essayant de fournir une explication de l'Apocalypse, concernant la fin du monde, il parvint, après des travaux gigantesques, à prévoir une catastrophe terrestre, non pour le 18, mais pour le 20 mai. Seulement, il indiquait l'année 1810. Peut-être, au cours de ses additions, soustractions et multiplications, s'est-il trompé d'un siècle en moins. Son calcul, alors n'aurait rien de satisfaisant pour nous.

Dans quatre mois d'ici nous serons fixés. Pour l'instant, la comète de Halley est à deux cents millions de kilomètres de la terre. Depuis le 12 septembre dernier, date à laquelle elle ne constituait dans l'étendue qu'un point minuscule, à peine perceptible, elle a parcouru plus de trois cents millions de kilomètres, — et elle continue, au train de 150.000 kilomètres à l'heure, record que nos meilleurs automobilistes ne battront pas de sitôt !

Au 18 mai, la distance qui nous séparera de la comète sera réduite à 24 millions de kilomètres. C'est peu de chose. La voyageuse passera donc à côté de nous, mais comme sa queue a, pour sa part, une longueur d'autant de millions de kilomètres, nous traverserons son extrémité, c'est-à-dire sa partie ayant le moins de consistance. Ceci, constatons-le, est tout à fait rassurant.

Ce qui l'est davantage encore, c'est que l'événement du mois de mai ne sera pas le premier de son espèce. La terre a déjà fait de ces visites rapides dans une queue de comète, la dernière fois en 1861, et les nombreux Français qui vivaient à cette époque peuvent attester qu'ils ne se rendirent pas compte de ce qui se passait. C'est aussi ce qui aura lieu le 18 mai, vers cinq heures du soir, tandis que nous vaquerons paisiblement à nos petites occupations.

Le Petit Parisien – 19 janvier 1910


EN BREF

Grand combat au Sahara - D'après une dépêche de Colomb-Béchar, le bruit .court que le capitaine Cancel, commandant la compagnie saharienne du Touat, effectuant une reconnaissance, à la tête d'un fort détachement de méharistes, sur le territoire des Beni-Abbès, a rencontré le rezzou du marabout Abidine, qui revenait du Soudan, et l'a mis en déroute complète. Si-Abidine-el-Kouhti, marabout influent, du Sahara algérien, est un de nos ennemis déclarés ; il était parti, en novembre dernier, à la tête d'un fort rezzou, pour opérer des razzias au Soudan. A Achourai, au nord de Tombouctou, le rezzou se heurta à nos troupes et, le 30 novembre, eut lieu un très violent combat dans lequel les pillards subirent de grosses pertes ; de notre côté, nous avons tait des pertes-sensibles, dont un officier tué, le lieutenant Grosdemange. Après sa-défaite, le rezzou d'Abidine regagna hâtivement le Sahara algérien, tandis qu'une troupe considérable de Touareg se rendait à sa rencontre. Cette dernière troupe fut attaquée, le 9 décembre dans le massif de l'Erg, par le capitaine Cancel, qui la mit en déroute après un rude combat dans lequel nous avons eu cinq tués, dont le lieutenant Lapeyre, et trois blessés. Abidine, à la nouvelle de cette défaite de ses alliés, précipita sa marche ; c'est en arrivant dans la région de l'extrême-Sud oranais qu'il a dû rencontrer les méharistes du capitaine Cancel et subi la déroute qu'on annonce. Si le fait se confirme, il aura un grand retentissement dans toute l'immense région où le marabout Abidine jouissait d'une grande notoriété. Le Gaulois – 18 janvier 1910

Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Permalien [#]