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23 janv. 10

Les actualités du 23 janvier 1910

Inondations: Le désastre est général

express sous les eaux

Les nouvelles reçues hier de toutes les régions inondées accusent une aggravation des ravages causés par les rivières débordées. Dans le bassin de la Seine, la situation était, hier, pire que la veille et sera, d'après les prévisions des stations météorologiques, pire aujourd'hui qu'hier. La crue actuelle dépassera, paraît-il, celles de 1882 et de 1883 et semble devoir être analogue à celle de 1876. On cotait hier les hauteurs d'eau suivantes dans Paris ; au pont d'Austerlitz,5m93; au pont de la Tournelle, 5m77 au pont Royal, 6m59. On annonce les cotes, suivantes pour aujourd'hui : au pont d'Austerlitz, 6m60 ; au pont de la Tournelle, 6m40, au pont Royal, 7m20.

La situation n'est guère plus rassurante, dans les autres départements inondés et ce ne sont pas seulement des dégâts matériels qu'on a à déplorer en nombre d'endroits, Le Conseil des ministres, mis hier matin au courant du désastre par le président du Conseil, a décidé de demander dès demain lundi, au Parlement, un crédit de deux millions pour secourir les sinistrés. Le désarroi causé dans Paris par l'inondation s'est aggravé dans la journée d'hier. Nous allons passer rapidement en revue les effets desastreux de l'invasion des eaux dans les usines et dans les rues.

Au métropolitain

Les services qui avaient pu continuer jusqu'à hier matin samedi sur toutes les lignes du Métropolitain ont dû être interrompus à 8 h. 1/2 sur la partie de la ligne n° 1 allant du Châtelet à Vincennes, ainsi que sur la ligne n° 6, l'eau ayant envahi malgré toutes les précautions prises la galerie des condenseurs et la galerie des câbles de l'usine du quai de la Râpée. L'usie de Saint-Denis a suffi à alimenter de courant tout le reste du réseau et si, comme la Compagnie en a le ferme espoir, l'usine de la Rapée où d'importants travaux de barrages et d'épuisement ont été immédiatement entrepris avec le concours de l'état-major des sapeurs-pompiers peut être remise cette nuit en état de fonctionner au moins partiellement, la circulation normale sera rétablie aujourd'hui dimanche vers midi sur la totalité de la ligne n° 1. Sur la ligne n° 6 seulement, d Italie à la Nation par Bercy, le service parait ne pas pouvoir être repris avant la cessation de la crue.

Sur la ligne Austerlitz-Orsay

La situation s'est considérablement aggravée sur la ligne électrique du chemin de fer d'Orléans de Paris-Austerlitz à Paris-Quai d'Orsay. Les abords du pont Sully sont complètement inondés et le tunnel a l'aspect d'une véritable rivière. A la gare de Pont-Saint-Michel, les eaux jaillissent par les parois et la voûte avec une grande force et au milieu d'un bruit assourdissant. Des cascades ruissellent sur les meubles des bureaux de service : une locomotive, dont les feux ont été éteints par l'eau, est abandonnée en amont de la station et disparaît, presque complètement. Cinq pompes, mues par de puissantes locomobiles, fonctionnent continuellement, mais ne réussissent à faire aucune besogne appréciable.M. Heurteau, directeur de la Compagnie, et M. Solacroup, ingénieur en chef de la traction, ont pris place, hier matin, à la gare d'Austerlitz, sur une locomotive et ont tenté d'explorer le tunnel inondé.

Ils ont dû renoncer à mettre leur projet à exécution, l'eau montant par-dessus les roues de la machine et menaçant d'immobiliser cette dernière. Vers 10 heures, avant-hier matin, un homme avait été placé dans une des niches de refuge du tunnel, au quai Conti, pour surveiller une pompe d'épuisement. Le niveau de l'eau ayant monté subitement, cet homme s'est trouvé isolé. On n'a pu le retirer de sa situation critique qu'à minuit, au moyen d'une locomotive d'un type spécial. Tous les services du réseau sont reportés à la gare d'Austerlitz. Cette dernière gare lutte elle-même, au moyen d'une forte pompe mue par une dynamo, contre l'envahissement des eaux d'égout qui ont inondé son souterrain. La gare d'Orsay reste à peu près indemne, pour le moment, mais on a de fortes craintes à son sujet. Les dégâts sur le prolongement électrique prennent les proportions d'un désastre et la remise en état des voies et du tunnel exigera, de gros sacrifices. Les ingénieurs espèrent que le radier du tunnel résistera à la formidable pression de bas en haut qu'il subit actuellement. S'il en était autrement, et que ce radier cédât en quelqu'une de ses parties, ce serait l'envahissement complet de tout le prolongement, et un désastre dont on comprendra l'étendue quand on saura que ce prolongement a coûté à la Compagnie d'Orléans plus de 60 millions.

Les trains de la ligne de l'est

La ligne de Paris à Belfort étant coupée pour plusieurs jours, par suite, des inondations, sur deux points différents, aux kilomètres 173 et 215 entre les gares de Troyes et de Bar-sur-Aube, tous les trains a destination ou en provenance de la Suisse et de l'Allemagne sont détournés par la ligne de Paris à Strasbourg, jusqu'à Bainville où ils sont dirigés sur Epinal et regagnent, ensuite, à Lure, la ligne de Paris à Belfort et vice-versa. Il en résulte des retards considérables dans la marche des trains et c'est ainsi que le rapide (40) 32, de Bâle à Paris, qui devait arriver à la gare de l'Est à 11 h 35 du soir, vendredi, n'est entré en gare qu'à 9 h. 37, hier matin, soit avec dix heures de retard ; l'Engadine-Express, venant, de Lucerne, n'est arrivé qu'à 3 h. 30 ,de l'après-midi avec près de sept heures de retard, et les autres rapides avec des retards variant de trois à cinq heures. Par suite des inondations des usines électriques fournissant la force motrice nécessaire à la circulation des diverses lignes de tramways, nombreuses sont celles qui n'ont pu être desservies hier.

Ça et là

La Compagnie des tramways de l'Est-Parisien a suspendu, en totalité, la circulation de ses voitures qui avaient marché jusqu'à dix heures et demie, dans la matinée. Les tramways de Paris et du département de la Seine, partant de la Madeleine n'ont également pu circuler, faute d'électricité. La voie ferrée de la ligne Invalides-Versailles, envahie par les eaux entre les gares de Grenelle et de Passy n'a pu assurer son trafic par la traction électrique. La Compagnie a dû recourir aux machines à vapeur. Dans la matinée d'hier, au point où la veille s'était produit l'accident à la galerie de la ligne souterraine en construction Nord-Sud, boulevard Saint-Germain, la chaussée s'est effondrée, de nouveau, sur une assez grande étendue. Cependant les barrages élevés dans l'égout semblaient, hier matin, donner des résultats heureux. Le déversement des eaux dans la galerie Nord-Sud s'était ralenti et l'on espérait arriver bientôt à l'arrêter définitivement.

Dans la soirée, nous avons pu voir un ingénieur de la Compagnie qui nous a confirmé ce nouvel état de choses : Les portes d'eau ayant pu être fermées, la nuit dernière, on parvint dans la journée d'hier à vider une grande partie de l'eau déversée dans les galeries du Nord-Sud. La circulation des piétons et voitures n'en reste pas moins interdite sur cette zone dangereuse du boulevard Saint-Germain, où des. effondrements de chaussée sont encore à craindre, à hauteur de la rue de l'Université.

L'estacade de l'île Saint-Louis menaçait, hier matin, de s'effondrer sous la poussée d'un nombre considérable de pièces de bois accumulées à cet endroit. Quinze hommes ont été embauchés pour dégager les piles de ce pont et obvier au danger menaçant. Cette dérive de bois fait le bonheur d'un grand nombre de gens. On en voit qui, le long des chalands, essaient d'attraper, au moyen de gaffes, les pièces de bois qui passent au fil de l'eau. Certains mariniers en ont recueilli ainsi plusieurs stères. Quai de la Conférence, des piles de bois poussée des eaux et, entraînées par le courant, sont venues se masser contre des péniches, dont elles menacent, par leur poids, de couper les amarres. En présence du danger, pareilles mesures ont été prises au pont de l'Estacade. Les caves des maisons situées aux n°17 et 19 de la rue de Bièvre sont mondées. Les pompiers épuisent l'eau.

A Auteuil, la rue Félicien-Da/vid, dont nous avons hier signalé l'envahissement par les eaux, n'est plus praticable aux piétons.L'eau atteignait 1 m. 20 à 5 heures du soir. Quarante-cinq familles ont dû evacuer leurs logements. Même situation rue Gros.

Avenue de Versailles, les habitants chassaient, dans l'après-midi, de gros rats que l'inondation avait fait sortir des caves. A la manutention militaire, quai Debilly il y avait 80 centimètres d'eau dans les caves, et les pompiers ont dû être appelée Enfin, dans la partie du quai d'Auteuil, envahie par les eaux, les riverains ne sortent plus de chez eux qu'au moyen de barques mises à leur disposition par le service de la navigation. Au Jardin des Plantes les infiltrations ont inondé le sous-sol où est aménagé le calorifère de la ménagerie des reptiles du Muséum. Bien entendu, l'eau n'a pas atteint les cages où sont enfermés les pythons et autres ophidiens. Une nappe d'eau de dix centimètres couvre le sol de la fosse aux ours blancs. Les deux pauvres bêtes, qui pas plus que Cook n'ont vu le Pôle Nord, s'accommodent très bien de cet état de choses, et barbotent à qui mieux mieux dans cette eau jaunâtre.

Martin, l'ours brun qui a aussi les pattes dans l'eau envisage la situation avec moins de gaîté. A l'angle des rues de Provence et du Havre, une violente odeur de gaz se faisait sentir à 5 heures. La Compagnie fut prévenue et le tampon de l'égout fût ouvert. On constata crue l'égout était inondé. La rue a été aussitôt barrée, car on craignait que la conduite de gaz ne fût crevée Vers 4 h. 45, une excavation de un métre sur 0 m. 60 s'est produite quai de Passy; au pied d'un des piliers de soutènement du chemin de fer de Saint-Lazare au Champ-de-Mars. Les caves de l'hôpital Boucicaut ont été envahies complètement par les eaux. Sur la demande du directeur de l'hôpital une pompe du poste de la rue Malar a été envoyée aussitôt. Mais les pompiers ont dû se contenter d'enrayer l'envahissement de l'eau et de protéger les chaufferies au moyen de travaux de maçonnerie.

M. Vilquin, colonel dés pompiers, est venu peu après sur les lieux, afin de diriger les travaux de sauvetage. Il n'y a pour le moment aucun dégâts Les sous-sols sont toujours inondés, mais on espère que l'eau, endiguée maintenant, ne tardera pas à se retirer.

Le Petit Journal – 23 janvier 1910


EN BREF

belgique Un bâtiment s'effondre à Charleroi – 5 morts - Charleroi, 22 Janvier. Un énorme bâtiment en béton armé, en voie d'achèvement dans l'avenue du Viaduc, à Charleroi, s'est effondré aujourd'hui au moment du passage d'un train. On compte cinq blessés, dont un mortellement, et cinq ouvriers tués dans l'accident. Deux cadavres ont été retirés. Il était midi, quand le deuxième cadavre a été dégagé ; il était littéralement aplati. Il reste encore trois cadavres à retirer de dessous la masse effondrée de ciment et de béton armé. La foule ne cesse d'augmenter.Des milliers de personnes se pressent aux abords du théâtre de la catastrophe. Les officiers du corps des mines procèdent aux recherches des causes de l'accident. Ce que l'on sait déjà, c'est que le bâtiment s'est effondré par le haut ; les étages se sont écroulés tour à tour, et sont venus s'abattre dans les sous-sols comme un immense château de cartes. Le Petit Journal – 23 janvier 1910

Une automobile dans un restaurant - Un taxi automobile, par suite d'une fausse manœuvre du chauffeur, a défoncé hier la devanture d'un petit restaurant situé a l'angle de la rue Bonaparte et de la rue des Beaux-Arts et a renversé les tables où plusieurs personnes prenaient leur repas. Quelques-unes d'entre elles ont été contusionnées, notamment MM. Jean et Jérôme Tharaud, les jeunes littérateurs connus. Une jeune femme qui se trouvait dans la voiture a été légèrement blessée par des éclats de verre. Après avoir été pansée dans une pharmacie, elle a été reconduite à son domicile. Le temps – 23 janvier 1909

Il la poignarde

Drame conjugal —Mardi dernier, outrée des mauvais traitements que lui faisait subir son mari, Mme Bigot, née Marie Brouté, âgée de vingt-six ans, se retirait chez sa mère, rue Boitard, au Mans. Elle emmenait ses quatre petits enfants. Dans l'après-midi d'hier, Auguste Bigot, charpentier, âgé de trente-six ans, allait sommer sa femme de réintégrer le domicile conjugal, et sur le refus énergique de celle-ci, tirait un couteau de sa poche et d'un coup porté avec une violence inouïe, il ouvrit la gorge de la jeune femme. La carotide fut sectionnée; la mort fut foudroyante. Son crime accompli, Bigot S'enfuit dans une sapinière voisine. Un agent et un gendarme lancés à sa poursuite allaient l'atteindre quand le mari assassin s'enfonça son couteau dans la poitrine. Le cœur fut traversé et Bigot tomba raide mort. Le Temps – 23 janvier 1909

Voyageur Imprudent. — On nous télégraphie de Pau qu'un jeune homme de vingt-cinq ans, nommé Labadie, partait hier soir pour Paris, où il devait être incorporé à la garde républicaine. Comme l'express où il avait pris place arrivait près d'Orthez, Labadie se pencha à la portière et sa tête heurta le rebord du pont. Le malheureux fut presque décapité. Le corps a été ramené chez ses parents consternés qui habitent Pau. Le Temps – 23 janvier 1909

Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Permalien [#]