CPA Scans

Collection de cartes postales anciennes numérisées en haute définition. Actualités d'époque. Histoires insolites.

25 janv. 10

Les actualités du 25 janvier 1910

Inondations bateau

Inondations: L'inquiétude s'empare de Paris. L'eau monte toujours.

L'inquiétude qui s'était emparée de Paris s'accroît à chaque heure et devient de l'anxiété. Sans doute, à Paris même, nous ne connaissons pas de désastres. Mais voilà que , la circulation des voitures est interrompue de la Trinité à la gare Saint-Lazare. Et pourquoi? Parce que,l'eau est sous la chaussée, et nous savons qu'une croûte de quelques centimètres seulement la recouvre. Nous levons les yeux. Voici une horloge arrêtée. C'est l'inondation qui en est cause. Et puis, le service des eaux nous fait prévenir que l'eau de rivière manquera dans plusieurs arrondissements. L'administration des téléphones nous informe qu'elle ne pourra réparer les lignes interrompues. Pourquoi encore? L'eau est dans les égouts.

On parle de faire sauter le pont de l'Alma. Le tunnel de la Compagnie d'Orléans est inondé, carl eau, enfin, a gagné les soupiraux du quai, et elle coule à grand bruit sur les voies. Sur la ligne n° 3 du Métro (Villiers-Gambetta) la circulation des trains est interrompue. L'eau a envahi la gare de la place de Rome. L'administration des téléphones s'excuse auprès de 1,977 de ses abonnés de ne pouvoir plus leur donner leurs communications. Ici et là, l'électricité s'éteint. On dit que certaines boulangeries seront fermées, parce que les boulangers recevaient leurs approvisionnements de farine par la voie fluviale.

Ainsi, c'est tous nos besoins, toutes nos habitudes de civilisés qui se trouvent compromis parce qu'il aplu. Hier,dans certains villages de banlieue si près de nous il y avait aux fenêtres des gens qui demandaient du pain. Nous nous rassurons. Nous disons « On pourra lutter. L'inondation s'arrêtera aux quais ». Mais le directeur du bureau central météorologique annonce la continuation du mauvais temps. Et M. Jaubert, le météorologue de la tour Saint-Jacques, fait remarquer que la crue de 1876 n'atteignit son maximum qu'au bout d'un mois. Or, en neuf jours, la crue actuelle a dépassé celle de 1876.

D'après les dépêches et renseignements parvenus au ministère de l'intérieur, la situation générale, loin de s'améliorer, semble plutôt s'annoncer comme plus grave. En effet on prévoyait une augmentation de 40 à 60 centimètres au cours de la nuit, sauf à Melun où une baisse de 4 centimètres s'est s produite pendant la journée. A Saint-Maur, lès écoles ont été licenciées. Il en est de même à Nanterre où le préau de l'école a été inis à la disposition des sinistrés. Au bois de Boulogne, le pavillon du conservateur est envahi jusqu'au premier étage, et l'on ne peut y accéder qu'en bateau. A Maisons-Alfort, des troupes sont envoyées pour assurer et les sauvetages et le service de police.

A Vitry, on demande des secours, des nacelles et des prolonges. Le préfet de police s'y est rendu en personne cet après-midi. Plus de 2,000 personnes habitant Alfortville, dont les logements sont submergés, sont rentrées à. Paris pour se réfugier chez des parents ou des amis. Il paraît que le pont de l'Alma serait menacé par la crue. La circulation va très probablement y être interdite. Dans l'intérieur de Paris, de nouvelles inondations partielles sont à craindre, notamment sur la place du Havre et dans la rue Richepanse à l'angle de la rue Saint-Honoré.

Le ministre des travaux publics a tenu à se rendre compte par lui-même des ravages causés par l'inondation. Il est allé tout d'abord à la gare Saint-Michel, où il est descendu. Et puis, il a voulu visiter le quai de la Râpée. Mais on ne marche plus sur le quai de la Rapée. Le ministre a dû prendre place dans un bateau que conduisaient des agents de la brigade fluviale. Et il s'est ainsi rendu à l'entrepôt de Bercy. La Seine commence à passer par-dessus la porte de fer. Qu'elle monte encore, et l'entrepôt sera inondé. M. Millerand étant revenu rue de Bercy, a retrouvé son automobile, qui l'a emmené, par les quais de la rive droite, jusqu'à. Passy. Sur le quai du Louvre, il s'est arrêté pour examiner le mur que l'on construit pour arrêter les eaux, car la Seine atteint la hauteur du quai. On ne sait si cette construction suffira à empêcher l'envahissement de la chaussée.

Quai de Passy, il ne s'agit plus de rien construire. L'eau a passé. L'automobile du ministre roule dans une marc profonde. Il traverse la Seine au pont de Passy et revient par le quai d'Orsay. De là, il se rend à la gare de La Bourdonnais. La voie est recouverte par l'eau. Mais là n'est point le danger. Le mur qui sépare de la Seine la tranchée est battu par l'eau qui monte jusqu'à l'entablement. Si elle dépasse, le mur s'écroulera comme s'écroulera celui du quai Saint Bernard. Les ingénieurs eux-mêmes l'annoncent. Les pouvoirs publics s'émeuvent. La charité privée s'organise. Une grande inquiétude plane sur la Ville. Il pleut. L'eau monte. Il pleut.

Le Figaro – 25 janvier 1910

EN BREF

La comète de Johannesburg a été aperçue hier à Brest vers six heures du soir ; elle était à l'ouest-nord-ouest. Son noyau s'apercevait gros comme celui d'une des grosses étoiles que l'on nomme étoiles de première grandeur. Elle a été également aperçue à Morlaix, à Roscoff, à Carnac. On l'a vue à Bayonne, vers six heures, pendant une courte éclaircie du temps, qui était fort mauvais, A l'étranger, on la signale en Espagne, à Madrid et à Salamanque, et en Italie, à Turin, Milan et Rome, En Turquie, elle a été vue à Constantinople, hier également, trois quarts d'heure après le coucher du soleil. Sa queue lumineuse a paru aux observateurs d'une dimension exceptionnelle. Le noyau était très brillant. On se demande volontiers, ù, ce sujet, quelle est la constitution du noyau cométaire. Est-il solide, liquide ou gazeux? M. Schiaparelli assimile les comètes aux étoiles filantes composées de particules solides que la vitesse de projection et 1e frottement échauffent jusqu'à l'incandescence. Newton pensait que les comètes étaient de véritables bancs de sable flottant dans l'atmosphère. L'abbé Moreux, dans la Revue générale des sciences, se rallie à cette hypothèse d'un conglomérat de particules dont la grosseur peut varier depuis le grain de poussière jusqu'à une masse de plusieurs mètres cubes. Chaque élément de ce conglomérat est entraîné à une certaine distance de ceux qui l'avoisinent et séparé d'eux par une enveloppe gazeuze composée d'hydrocarbures, selon ce que l'analyse spectrale indique. Sous l'influence radiante ou radioactivante du soleil, ces enveloppes gazeuses deviennent phosphorescentes et lumineuses; dès lors on a le spectacle lumineux de la comète. On a parlé du danger qu'il y aurait pour la terre à faire pour tout de bon la rencontre d'une comète. Ce danger ne paraît guère sérieux, puisque la terre a déjà été en collision avec la comète de Biéla en 1872, et puisqu'il n'est rien survenu de néfaste pour l'humanité. Chose curieuse, le nom de cette comète lui vient de ce qu'elle fut découverte à Johannesbourg le 27 février 1826 par le major autrichien Biéla. Elle parait être à courte période et reparaître tous les sept ans. Rien ne serait plus agréable aux astronomes et aux géologues que de posséder un petit morceau de comète bien authentique. Jusqu'à présent ils doivent se contenter. Le Temps - 25 janvier 1910

Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Permalien [#]