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29 janv. 10

Les actualités du 29 janvier 1910

Inondation 1910 Maisons-Alfort

Les eaux commencent à se retirer dans la banlieue dévastée

En amont de Paris. Bien que les eaux aient quelque peu baissé au cours de la nuit dernière en amont de Paris la situation reste encore très critique dans toute cette région. M. Autrand, préfet de Seine-et-Oise, s'est rendu dans l'après-midi d'hier à Corbeil, à Juvisy et à Essonnes; toute cette région est complètement submergée. Cependant, la crue de la Seine avait déjà baissé de 13 centimètres à Corbeil.

Dans cette dernière ville, le préfet s'est rendu de la gare à la sous-préfecture, puis de la sous-préfecture à la mairie, en bateau. Il en a été de même à Juvisy, qui est envahi par l'eau jusqu'à la gare, et ou la détresse est extrême. Dans cette localité, des employés de la Compagnie d'Orléans assurent les recours avec un zèle et un dévouement admirables. La baisse constatée hier à Corbeil et à Juvisy s'est encore accentuée cette nuit et ce matin.

M. Autrand s'est ensuite rendu à Crosnes, où le pain fait défaut. Il a adressé une réquisition à l'autorité militaire afin d'obtenir l'envoi quotidien de 2,000 rations de pain. Le préfet a constaté que partout ailleurs le ravitaillement s'opérait dans des conditions satisfaisantes. Le sous-préfet de Corbeil était allé, dans la matinée, visiter Villeneuve-Triage, où les eaux commençaient également à baisser.

Dans l'immense lac boueux, et aujourd'hui désert, qui s'étend sur les territoires d'Alfortville, d'Ivry-Port, d'Ivry-Centre et d'une partie de Maisons-Alfort, les eaux ont baissé d'environ 20 centimètres. Autour des rives de ce lac errent de nombreux chiens qui, en quête de leurs maîtres, hurlent à la mort. Quelques-uns ayant été reconnus atteints d'hydrophobie, ordre a été donné de les abattre.

Quelques personnes — en nombre infime d'ailleurs — ayant, malgré toutes les objurgations, refusé de quitter leurs logements le service de secours les a prévenus que dans l'obligation où l'on se trouvait, on présence du fléau grandissant, de parer au plus pressé, on ne pourrait plus assurer leur ravitaillement. D'ailleurs, s'il faut en croire les autorités, nombre de ceux qui, en dépit de toute objurgation, restent dans les maisons inondées, appartiendraient à cette catégorie de gens pour lesquels une calamité publique peut être à l'occasion une source de profits.

On signale, en effet dans ces quartiers, plusieurs vols accomplis la nuit dans les maisons désertées, par une bande de pillards organisée que les patrouilles nautiques circulant la nuit en bateau sont impuissantes à appréhender. Dans cette partie de la banlieue de Paris, c'est au pont de Charenton, vis-à-vis de la Grande-Rue de Maisons où le spectacle est plus particulièrement désolant. C'est là où viennent aborder tous les petits bateaux amenant sur la terre ferme les inondés. L'autorité militaire a été substituée à l'autorité civile. Un général a pris la direction de l'organisation des secours. Deux escadrons du 12e régiment d'artillerie, avec leurs longues fourragères, parcourent les rues inondées. Un escadron de dragons coopère aussi aux secours.

De temps à autre, sur un bateau, des sauveteurs de la Croix-Rouge amènent couchés sur des civières, des malades que les médecins ne pouvaient plus aller visiter. On les dirige sur les hôpitaux, après les avoir débarqués tant que bien que mal à terre, où les attendent les voitures d'ambulance, Leurs gémissements impressionnent douloureusement C'est un spectacle d une désolation impossible à décrire.

Des sauveteurs ont surpris à Ivry un pillard qui dévalisait les maisons abandonnées par les sinistrés. Dans un mouvement d'exaspération ils se sont emparés de sa personne et l'ont pendu au pont d'Ivry. Fort heureusement pour ce bandit, ils n'ont pas cru devoir pousser jusqu'au bout la leçon sommaire qu'ils voulaient lui donner tout d'abord et ils le détachèrent bientôt avant que la suffocation ne fût complète.

Inondation 1910 argenteuil

En aval de Paris - Le sculpteur Alfred Boucher et sa famille ont failli être victimes de la crue, dans leur villa d'Issy, où ils se trouvaient au moment d'une élévation subite des eaux. C'est à grand peine qu'on a pu aborder leur demeure et les sauver.

Il n'y a plus ni eau potable, ni gaz à Neuilly. Le maire a fart placarder une affiche annonçant que la Compagnie des eaux ne pouvait plus assurer son service. Les habitants vont s'approvisionner d'eau potable aux principaux carrefours, où de l'eau potable a été amenée de Paris dans des tonneaux d'arrosage.

A Saint-Denis, tous les bas quartiers sont couverts d'eau. Un canot du génie, amarré au quai de la Marine, à Saint-Denis, a disparu. Une main criminelle aurait coupé les amarres. Les dégâts sont de plus en plus importants à l'Ile-Saint-Denis. C'est au moyen d'une passerelle que l'on communique entre Saint-Denis et Villeneuve-la-Garenne.

Dans la traversée d'Asnières, la Seine a monté dans la nuit et monte encore ce matin de 2 centimètres. Mais la crue a été beaucoup plus considérable dans les quartiers des Quatre-Routes, du Bas, du Mesnil, limitrophes de la plaine inondée de Gennevilliers. Nous avons dit hier dans le Petit Temps que l'inondation approchait du carrefour des Quatre-Routes, mais l'eau a monté dans la nuit de 30 à 35 centimètres et monte toujours rapidement. Il en sera ainsi tant que l'immense nappe d'eau qui, franchissant lea digues a envahi la presqu'île de Gennevilliers, n'aura pas atteint le niveau du fleuve.

Pendant toute la nuit des barques éclairées par des torches et montées par des soldats du génie, des sauveteurs de la Basse-Seine ou des citoyens réquisitionnés par les municipalités, ont sillonné cette immense nappe d'eau où, par endroits le courant est d'une extrême violence. De nombreux habitants de cette partie d'Asnières inondée ont pu, de la sorte, fuir devant le flot, abandonnant leur mobilier, n'emportant que le strict nécessaire. Quelques-uns se sont réfugiés chez des amis; le plus grand nombre, tant d'Asnières que de Gennevilliers, a été hospitalisé dans le groupe scolaire Voltaire, où les classes ont été suspendues, et dans le gymnase municipal. Des dortoirs improvisés avaient été aménagés en toute hâte.

La nourriture est assurée à ces sinistrés par les cantines municipales et le fourneau économique ou par des secours en argent et des bons de viande et de pain. Presque toutes les boulangeries fonctionnent Cependant, pour faire face à l'augmentation de la population causée par l'inondation de Gennevilliers, la municipalité a télégraphié à Paris pour avoir du pain en supplément. Le gaz fait toujours défaut ainsi que l'électricité et l'eau potable. Jusqu'à présent, les habitants ont pu recourir aux réserves d'eau de pluie recueillies dans des réservoirs particuliers, ou à l'eau des quelques puits encore existant à Asnières, mais les réservoirs seront bientôt épuisés et les puits, peu nombreux, seront insuffisants. Dans une séance tenue hier soir, le conseil municipal a avisé aux mesures à prendre pour assurer dans la plus large mesure le ravitaillement de la population en eau potable.

Cinq canots Berthon sont arrivés hier soir à Asnières; plusieurs autres sont attendus. Aux troupes qui participaient déjà aux travaux de sauvetage et de défense est venue se joindre ce matin une compagnie d'infanterie. Quelques maisons se sont écroulées dans la plaine. La situation est grave à Argenteuil, où il y a 1 mètre 50 d'eau. Les pontonniers du 3e régiment du génie à Arras y assurent les secours indispensables.

L'énorme golfe que forme la Seine vers Nanterre et vers Rueil, jusqu'aux pieds mêmes du coteau de la Malmaison, s est encore agrandi dans les dernières vingt-quatre heures. L'eau arrivait ce matin, au nord de la ligne de Saint-Germain, jusqu'aux abords immédiats de la gare de Nanterre. Entre la ligne et Rueil, plusieurs murs de clôture des propriétés submergées se sont effondrés. La partie basse de la commune de Montesson est envahie complètement et l'école de préservation Théophile-Roussel a été atteinte hier.

MM. Berteaux, député, et Ferdinand-Dreyfus, sénateur de Seine-et-Oise, se sont rendus hier à Conflans et à Andrésy, où ils ont visité la population sinistrée et distribué des secours. Depuis avant-hier soir, l'eau, en aval de Poissy, a gagné des terres jusque-là indemnes, et qui, de mémoire d'homme, n'avaient jamais été submergées.

Aussi, depuis hier matin, un peloton de sapeurs du génie, commandé par un lieutenant, est en permanence à Maulan pour opérer le sauvetage des habitations et des fermes du Bas-Meulan, des Mureaux et d'Hardricourt, et parer à tous les dangers qui pourraient menacer les ponts mettant en communication les deux rives de la Seine où l'eau a dépassé le point culminant des arches. L'Hôtel-Dieu de Meulan est très menacé par les eaux, entouré qu'il est de trois côtés.

Le Temps – 30 janvier 1910

 

Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Permalien [#]