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13 févr. 10

Les actualités du 13 février 1910

Retour de l'expédition Charcot

1909

Mission charcot

L'expédition antarctique française, commandée par le docteur Jean Charcot, a remporté un brillant succès. Après la terrible catastrophe maritime qui vient de nous frapper, c'est dans notre tristesse comme un réconfort que cette victoire remportée par un équipage français sur les redoutables glaces australes. Rappelons de suite que Charcot ne se proposait ni de marcher vers le pôle Sud, ni de battre les records précédemment établis dans cette direction. La mission que lui avait confiée l'Académie des sciences était moins ambitieuse et uniquement d'ordre scientifique : elle comportait exclusivement l'exploration géographique du Pacifique austral. L'extension de ce grand océan vers le sud est demeurée jusqu'ici complètement inconnue.

Si on examine une carte, on voit par le travers du cap Horn un morceau de continent, terre Louis-Philippe, terre de Graham, etc., explorées dans ces dernières années par de Gerlache, Nordenskjold et par Charcot lui-même dans sa précédente campagne avec le Français ; puis très loin vers l'ouest, au sud de la Nouvelle-Zélande, apparaît une seconde masse continentale, terre du Roi-Edouard-VII et terre Victoria où Shackleton accomplissait l'an dernier son raid mémorable. Et entre ces deux masses terrestres, sur une distance de plus de 3,500 kilomètres, c'est l'inconnu le plus complet, une des dernières grandes taches blanches existant sur la carte du monde. Dans cet immense espace,qu'y a-t-il ? Une mer ou des terres? Le Pacifique se prolonge-t-il vers le pôle en créant un énorme golfe ; ou bien la terre de Graham est-elle soudée à celle du Roi-Edouard-VII par une ligne de côtes continue ? C'est ce mystère géographique que Charcot était chargé d'éclaircir

Tâche singulièrement difficile. Dans cette région, d'énormes masses de glace descendent très bas. En essayant de pénétrer dans cette région, de Gerlache fut bloqué par une banquise tenace, à une latitude correspondant dans notre hémisphère à celle du cap Nord. De plus, par la dramatique expérience de Charcot dans sa première campagne, nous savons que les approches des terres antarctiques américaines sont couvertes d'une poussière d'îles et de têtes de roche à fleur d'eau. A chaque instant, dans ces parages, un navire est exposé à être broyé par les glaces ou à donner sur un écueil.

Le 16 décembre 1908, le navire de l'expédition française, le Pourquoi-Pas? partait de Punta-Arenas, le port chilien du détroit de Magellan, l'équivalent dans le sud de Tromsœ pour le nord. Se dirigeant droit-vers l'Antarctique, il arrivait quelques jours plus tard à l'île Déception, une des Shetlands du sud, après avoir franchi sans encombre les parages redoutés du cap Horn. De là Charcot fit route le long de la terre de Graham pour continuer vers le sud-ouest la reconnaissance du continent antarctique qu'il avait commencée en 1903 et 1904. A cette dernière date, après avoir découvert la terre Loubet, qui marque de ce côté la límite des levers géographiques, il fut arrêté dans son succès par un échouage très grave.

Cette fois encore, en approchant de la terre de Graham, l'expédition a éprouvé un accident du même genre, que Charcot qualifie de grave. Cet adjectif sous la plume de notre ami en dit long sur les dangers que l'expédition a dû courir. Le Pourquoi-Pas? resta immobilisé trois jours sur son caillou. Dans les expéditions polaires, les échouages sont incidents habituels, et il n'en est pas une qui n'en compte un ou deux, si ce n'est plus. Et cela s'explique facilement, puisqu'il s'agit d'atteindre des terres dont les approches sont inconnues. Malgré cette aventure Charcot a réussi à découvrir de nouvelles terres et à dresser la carte de la côte du continent antarctique bien au delà de la terre Loubet, jusqu'à l'ile Adélaïde, une grande île aperçue en 1832 par un-baleinier et dont la position était très douteuse.

Voici donc déjà un premier résultat important. Tout un long ruban de terres précédemment inconnues est cartographié. Poursuivant sa route, l'expédition française fait une série de belles découvertes. Elle reconnaît un grand golfe que le Pacifique austral ouvre dans l'épaisseur du continent antarctique, puis 225 kilomètres de côtes nouvelles, et arrive finalement devant la terre Alexandre-Ier. Quelles étaient les relations de cette terre, découverte en 1823, et qui n'avait pas été revue depuis, avec la terre de Graham ? C'est ce que l'on ignorait, et c'est cet important problème de géographie que Charcot et ses collaborateurs ont résolu. Grâce a nos compatriotes, il est maintenant certain qu'une ligne de côtes continue ferme vers le sud la partie orientale du Pacifique. D'après le télégramme reçu hier, il semble bien que l'expédition française a pu explorer cette région. C'est là un second résultat non moins important.

La saison avançait, la glace était très compacte et la terre Alexandre-Ier n'offrait aucun mouillage où le Pourquoi-Pas pût hiverner. Nous savons par le précédent voyage de Charcot que toute cette côte est formée par une énorme falaise de glace branlante plus haute que les tours de Notre-Dame. Dans de pareilles conditions, allez donc hiverner: à chaque minute vous seriez exposé à recevoir sur la tête une cathédrale de glace. Aussi bien Charcot prît le parti très sage de se dégager afin d'éviter d'être pincé dans la banquise et exposé ensuite aux pires accidents ou à l'inaction dans une nappe de glace en dérive. Donc, battant en retraite vers le nord, il alla hiverner à l'ile Petermann, située un peu au sud de l'ile Wandel ou il avait passé l'hiver 1903-1904 avec le Français. Cette circonstance est très heureuse, en ce qu'elle a permis à l'expédition d'exécuter dans une station très voisine de la première une nouvelle série d'observations météorologiques et magnétiques.

Une fois l'hiver austral termine, c'est-à-dire probablement en novembre dernier, le Pourquoi-Pas? a repris la mer. Tout d'abord il est revenu aux Shetlands du sud pour y poursuivre des études d'histoire naturelle. Puis lorsque l'été a été suffisamment avancé, il a de nouveau fait route vers le sud. L'expédition a réussi à parvenir une seconde fois à la terre Alexandre-Ier, et là a eu la bonne fortune de découvrir deux côtes nouvelles à l'ouest et au sud de cette terre. Continuant sa route vers l'ouest, Charcot est parvenu jusqu'au 126° de longitude ouest, soit à 900 kilomètres de la terre du Roi Edouard-VII. Là, arrêté par des glaces très épaisses, et voyant son équipage et son navire fatigués par ces deux pénibles campagnes, il s'est décidé à la retraite et est revenu à Punta-Arenas.

Le Temps – 14 février 1910


EN BREF

Un balcon s'effondre Boulevard Haussmann et fait deux blessés - Un accident est arrivé, hier matin, 60, boulevard Haussmann, dans un chantier. Quatre ouvriers charpentiers : MM. Combes, Chrisler, Frike et Oudaille, étaient occupés à la pose d'un balcon en fer, au deuxième étage. Ce balcon qui a 3 mètres de long sur 60 centimètres de hauteur, pèse environ 80 kilos, et n'était soutenu par aucun lien ; il était simplement tenu à la main par les ouvriers. Tout à coup, il était exactement 10 heures 45, quand, par suite d'un faux mouvement, le balcon, à peine posé, oscilla et, impuissants à le retenir, les ouvriers le laissèrent échapper. La lourde masse s'abattit sur la chaussée, avant même que deux autres ouvriers charpentiers, qui se trouvaient en dessous, aient pu fuir. Des cris d'effroi retentirent, attirant sur le lieu de l'accident bon nombre de passants. On dégagea avec peine les deux malheureux, qui avaient la tête ensanglantée, et deux gardiens de la paix les transportèrent dans une pharmacie, rue de Provence. Là, leur état fut jugé alarmant, et, après un rapide pansement, ils furent transportés tous deux à l'hôpital de la Charité, où on les a admis provisoirement, salle Boyer. Ce sont : MM. Jean Pégeois, âgé de 63 ans, demeurant rue Jeanne-d'Arc, et Auguste Carini, 58 ans, demeurant rue Vanneau. Le Petit Journal – 13 février 1910

Une comtesse au harem - Le khédive d'Egypte est sur le point de posséder dans son harem, parmi ses autres femmes, une comtesse authentique. Il s'agit de la comtesse autrichienne Torek de Zendès qui depuis plusieurs année, habite une jolie villa en face le palais Khédivale, aux environs du Caire. Ses relations intimes déjà anciennes avec le souverain ne sont un secret pour personne: Dernièrement, la comtesse a embrassé la religion musulmane, et elle à contracté mariage avec le Khédive. Elle entrera au harem sous le nom de princesse Zobéida. Le Presse – 13 février 1910


Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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