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19 févr. 10

Les actualités du 19 février 1910

sequestree vaugirard

Une jeune épouse séquestrée et torturée par son mari dément

En 1900, J. Parat, alors élevé pharmacien, se mariait avec une charmante jeune femme, aujourd'hui âgée de trente-quatre ans, Mlle Louise Kurtz, originaire de la Haute-Marne. L'accord régna d'abord entre les époux, cinq enfants naquirent. M. Parat obtint son diplôme de pharmacien, et s'installa dans un vaste local, situé 388, rue de Vaugirard. C'était un homme correct, élégant, aimable.

Soudain, son humeur changea. Le pharmacien devint sans motif, violemment et même férocement jaloux. Il se brouilla avec tous ses parents, défendit à ses belles-sœurs l'accès de son domicile et enferma à double tour dans sa chambre la malheureuse femme. Mme Parat se plaignit. Son mari se fâcha.ll y eut de violentes querelles. Des voisins en perçurent les échos, bavardèrent, et M. Hamard, chef de la Sûreté, finit par être mis au courant de la situation.

Il convoqua Mme Parat, qui se rendit dans son cabinet et lui fit connaitre les odieux traitements qu'elle subissait. Son mari avait pris contre elle des précautions usitées, dit-on, au moyen âge et tellement minutieuses que la pauvre femme ne put les indiquer sans rougir. M. Parât comparut devant M. Hamard. fut vivement admonesté, parut se repentir de sa brutalité et jura de ne plus recommencer. L'affaire parut devoir bien se terminer.

Il y a quelque temps, Mme Fareau, soeur de Mme Parat, vint faire une visite à la jeune femme qu'elle trouva pâle et souffrante; et à laquelle elle conseilla d'aller pendant quelques mois chez ses parents dans la Haute-Marne. Le mari était présent, il entendit les propos de sa belle-sœur, et parut furieux. Mme Parât n'osa prononcer un mot. Le pharmacien résolut alors de séquestrer sa femme.

Il ordonna à son élève, M. Schmidt, d'annoncer à tout visiteur que Mme Parat était sortie. Et les bavardages recommencèrent dans le quartier. On entendit des bruits de querelle. Des meubles. étaient dérangés avec fracas, et parfois un des enfants descendait précipitamment, avait le visage inondé de larmes et il criait: Papa vient de battre maman.

Depuis quelque temps, M. Parat avait l'air d'un fou. Avec sa longue barbe et ses cheveux en désordre, il était loin d'être l'homme aimable que l'on avait jadis connu. A travers les cloisons, des voisins entendaient distinctement les gémissements de la jeune femme, à laquelle des tortures semblaient infligées. Le service de la Sûreté fut de nouveau avisé. Il prévint à son tour M. Monier, procureur de la République, qui donna l'instruction de cette affaire à M. Boucard.

Une perquisiton fut ordonnée. Elle a eu lieu hier soir, au domicile des époux Parat. Il fallut d'abord recourir à un serrurier pour ouvrir les portes. Après de grandes diffcultés, M. Harnard, chef de la Sûreté, son secrétaire, M. Poyrot des Gâchons, et le docteur Socquet pénétrèrent dans une pièce éclairée par une petite lampe à pétrole. La fenêtre était fermée et cadenassée par une chaîne. Les volets étaient clos et les rideaux tirés. Assise sur une chaise, Mme Parat tenait dans ses bras amaigris son plus jeune enfant âgé de trois mois. Un autre petit garçon de trois ans jouait près d'une table.

La malheureuse mère pouvait a peine s'asseoir et se lever elle était chargée de chaines. L'une de celles-ci, longue de 1 m. 80, grosse comme une chaîne dont on se sert pour attacher les chiens de forte taille, faisait deux fois le tour du cou et allait se fixer par une extrémité à un piton rivé sur une plaque d'acier scellée elle-même à l'intérieur d'un placard. La seconde chaîne était reliée à la première par un cadenas, pendant sur la poitrine de la jeune femme. Un peu plus longue, elle était fixée au pied du lit de fer. Au cours de la perquisition on trouva prêts à servir de nombreux cadenas.

M. Hamard dut desceller la plaque d'acier, briser un maillon de la seconde chaîne sur une petite enclume et enrouler enfin les chaînes autour du corps de la patiente. Mme Parat, délivrée, fut conduite en automobile aux bureaux de la Sûreté. Voici comment elle a raconté son martyre: Deux ou trois fois par semaine, M. Parat sortait. Il verrouillait tout après m'avoir attachée au pied du lit. Souvent, si j'émettais une timide protestation, il me rouait de coups.

Dans le lit conjugal, je passais aussi des nuits de torture, attachée de la même façon. Il se montrait, en outre, très exigeant. Les plus rudes besognes du ménage, j'étais obligée de les accomplir: lavage du parquet, lessivage. Et, pendant ce temps, mon mari me surveillait étroitement, pour écarter des jaloux imaginaires, m'enfermant dans une pièce quand j'y étais occupée. De quoi se plaignait-il ? Jamais, à aucun instant de ma vie, je n'ai donné prise a sa jalousie inqualifiable. Mes pauvres enfants en avaient les sangs tournés. J'ai même été obligée, dans l'intérêt de leur santé, d'envoyer chez ma belle-mère, à Périgueux, mes deux aînés.

Vers dix heures du soir, Mme Parat s'est rendue chez sa soeur, faubourg Saint-Martin.A sept heures, son mari avait été arrêté par quatre inspecteurs de la Sûreté, au moment où il rentrait chez lui en fiacre, avec un de ses petits garçons. Pendant qu'on le conduisait à la Sauté, le pharmacien a déclaré: Je suis certainement très embêté de ce qui m'arrive. Mais j'ai agi d'accord avec ma femme. On a trouvé sur M. Parat, un revolver qu'il braquait sur sa femme pour lui faire écrire des lettres démentant les bruits répandus dans le quartier.

Journal des débats politiques et littéraires – 19 février 1910


EN BREF

grece Tremblement de terre en Crète - La Canée, 18 Février. A 6 h. 38 du matin, une secousse sismique verticale ondulatoire, accompagnée d'une violente explosion, s'est produite ; sa durée a été de 14 secondes.Le haut d'un minaret est tombé, entraînant le dôme de la mosquée. Plusieurs bâtiments sont endommagés, des murs se sont écroulés. A Varipetri, on procède au sauvetage de six personnes ensevelies dans les décombres de leur maison. Le Petit Journal – 19 février 1910

A Lyon, une contribuable récalcitrante tire sur la foule - Une propriétaire, Mme Dervieux, demeurant 50, rue Sala, s'était obstinément refusée, à plusieurs reprises, à payer ses contributions.Cet après-midi, un huissier porteur de contraintes accompagné d'un commissaire de police, se présentait 50, rue Sala, pour y opérer une saisie. Mme Dervieux, enfermée chez elle, refusa d'abord d'ouvrir. Rendue furieuse par les lazzis des curieux amassés dans la rue, elle monta sur son. balcon et tira plusieurs coups de revolver sur les représentants du fisc et sur la foule. Les projectiles n'atteignirent fort heureusement personne dans la rue. Le commissaire de police fit alors enfoncer la porte et la contribuable en révolte fut désarmée par le commissaire, qui fut légèrement blessé par une balle restée dans l'arme. Mme Dervieux, après s'être littéralement battue avec le commissaire, se rendit. Elle a été arrêtée. Le Petit Journal – 19 février 1910

Un duel — Il y a une quinzaine de jours, un architecte parisien, M. P..., accompagné d'une danseuse très connue avait, dans un compartiment du Sud-Express, une altercation avec un Espagnol, le comte de M... Après échange de cartes, ces messieurs décidèrent de se battre en duel. La rencontre, qui comporta de longs pourparlers, fut arrêtée, enfin, au pistolet de combat. Au dernier moment, les armes furent changées et c'est à l'épée que se déroulait, à onze heures, ce matin, au vélodrome du Parc-des-Princes, un duel particulièrement sévère. MM. Ismaël de Lesseps et Jean Joseph-Renaud dirigeaient alternativement le combat. Celui-ci ne comporta pas moins de vingt-deux reprises et dura près d'une heure et demie. Le comte de M..., au cours de ces longs engagements, fut blessé quatre fois, à l'avant-bras droit par des ripostes de son adversaire, sur ses attaques. Un pansement sommaire intervenait chaque fois, puis les reprises se continuaient. Après la vingt-troisième, les témoins arrêtèrent la rencontre. Et les adversaires partirent alors, sans se réconcilier. Le Temps – 19 février 1910

Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Permalien [#]