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21 févr. 10

Les actualités du 21 février 1910

tirailleurs senegalais

Les Troupes noires devant la Chambre

La question des troupes noires s'est trouvée posée avant-hier, pour la première fois devant la Chambre des députés, qui s'en occupera encore lundi. Il se peut que cette question n'ait pas pour le moment une importance extrême, ainsi que l'a dit M.- le rapporteur général du budget, impatient d'en finir, et à juste titre pour l'importance, néanmoins, elle ne laisse pas de primer, et de beaucoup, tant d'affaires minuscules, en soi, mais d'un intérêt électoral plus ou moins manifeste, comme celles qu'on a si largement discutées à propos du budget de la guerre et presque à l'occasion de chaque chapitre. Et si l'on doit bien se garder de demander à une Chambre agonisante qu'elle jette même les bases d'une organisation quelconque, notamment de celle-là, encore faut-il veiller à ce qu'elle ne retarde point, ou n'aiguille pas dans la mauvaise voie une solution de principe que la commission du budget elle-même la convie à amorcer.

Car il ne s'agit de rien de plus, quand à présent. La commission s'est bornée introduire dans le budget de la guerre (section des troupes coloniales) un chapitre nouveau, le n° 89 bis, auquel elle a inscrit un crédit de 86,000 fr., pour permettre à l'autorité militaire de faire un premier et très modeste essai d'organisation.L'intitulé dudit chapitre - Tirailleurs sénégalais en Algérie (Sud-Oranais) - définit et précise fort bien, en même temps qu'elle le limite prudemment, l'emploi de l'argent demandé. Le Colonel Mangin, ce véritable père de notre future armée noire, de qui l'éloquence et plus encore les bonnes raisons ont entraîné et convaincu tant de gens (dont nous sommes), réclamait et aurait voulu obtenir d'emblée bien davantage. Mais les troupes noires conservent encore maint adversaire.et il n'est pas inutile que, par une première expérience, il leur soit démontré que leurs craintes sont vaines et nos espérances justifiées.

Ce n'est pas que la constitution d'une armée auxiliaire recrutée parmi nos sujets anciens ou nouveaux de l'Afrique occidentale ait été, en soi, bien vivement combattue, et, à vrai '.dire, elle pouvait difficilement l'être. D'après les témoignages unanimes de tous les officiers qui ont eu à les employer, comme de tous ceux qui les ont vu à l'œuvre et en dernier, lieu dans la Chaouïa marocaine– les soldats fournis par les populations belliqueuses du Sénégal et du Soudan sont réellement merveilleux sous tous les rapports. Doués de toutes les qualités militaires essentielles, très braves, très disciplinés, très endurants, dévoués à leurs chefs, fidèles à leur drapeau, ayant le goût et même l'intelligence de la guerre, en outre d'un entretien facile et peu coûteux, ils constituent une force extrêmement sérieuse et qu'il serait d'autant plus imprudent de laisser inutilisée que notre population métropolitaine reste stationnaire, alors que celle de tous les pays voisins continue à s'accroître.

Quoi? à ce moment psychologique que doivent entrevoir et que ne laissent pas de redouter les patriotes clairvoyants, nous aurions la bonne fortune de pouvoir puiser librement dans un aussi précieux réservoir d'hommes, de façon à rétablir éventuellement l'équilibre des forces qui, de plus en plus, menace de se rompre à notre détriment, et nous hésiterions. A vrai dire, on n'a guère opposé aux propositions du colonel Mangin et à celles qui s'en sont inspirées qu'un argument-de l'ordre sentimental. On s'est afflige, d'aucuns se sont même indignés de voir la France, se mettre en quelque sorte sous la protection de races inférieures et l'on n'a pas manqué de rééditer, la boutade décochée. À notre pays par le président Roosevelt : Une nation qui ne suffit plus à se défendre et se voit obligée de faire appel à des mercenaires est en pleine dégénérescence.

Que d'exagérations en deux lignes et combien déplacées. Ce serait bien, en effet, le cas d'une nation dont les citoyens ne chercheraient qu'à se soustraire au devoir militaire, en y assujettissant à leur place des barbares soldés; ç'a été jadis le cas de Rome et l'une des causes principales de sa ruine. Mais peut-on débiter de pareilles sornettes quand, justement, il s'agit d'un pays où est appliqué dans toute son étendue, dans toute sa rigueur, le service, militaire obligatoire, personnel et universel, et qui est prêt à se lever tout entier, comme un seul homme, pour la défense de ses frontières et la sauvegarde de l'indépendance nationale ?

Que de grandes phrases pour accabler de braves gens qui appréhendent, non pas d'être assez courageux, mais bien de n'être pas assez nombreux pour résister victorieusement à une invasion formidable, et qui demandent simplement que pour compenser l'infériorité résultant de l'abaissement continu de sa natalité, la France prenne des mesures pour compléter son armée nationale par les forces supplétives qui sont à sa disposition.

Quant à l'accusation de faire appel aux mercenaires, elle est tout bonnement plaisante. Faut-il pour s'en laver, licencier nos braves tirailleurs algériens, notre précieuse légion étrangère, nos troupes coloniales françaises, et généralement tous les hommes de troupes qui entrent ou restent au service pour une prime en argent, comme tous ces engagés ou rengagés dont nous nous efforçons à bon droit d'augmenter le nombre le plus possible Plus puéril encore est le reproche que nous: adresse la presse allemande et qu'a si bien rétorqué l'autre jour M. Messimy, de vouloir mettre de blonds civilisés comme les Teutons en face de barbares à la peau et aux cheveux noirs.

Ils avaient déjà essayé, aux éclats de rire de l'Europe, de nous en faire un crime en 1870, et la peur bleue que leur causaient alors les turcos se réveille à la seule pensée qu'ils pourraient trouver devant eux d'autres tirailleurs indigènes, qui se feraient hacher plutôt que de reculerd'une semelle. Mais, puisqu'on reparle de 1870, nous pouvons bien dire que la barbarie n'est point une question de couleur. Mais n'insistons point !

Des raisons plus plausibles, ou tout au moins plus spécieuses, non plus de principe celles-là, mais d'application, ont été invoquées contre la création projetée et ont trouvé un écho dans la séance de vendredi. On craint, notamment, d'appauvrir d'hommes l'Afrique Occidentale française. Mais ou a pu juger par une intéressante communication insérée récemment dans ce journal, combien une telle appréhension est peu fondée. Que compte-t-on d'ailleurs demander régulièrement au recrutement noir ? Pas plus de 5,000 hommes par an, tous engagés volontaires, et, pour commencer, on se contente de former deux petits bataillons: Plus sérieuse paraîtrait l'objection relative à l'emploi, en Algérie même, de ces nouvelles unités l'affectation peut paraître en effet délicate, par suite de la rivalité traditionnelle des races arabe (berbère) et noire.

Mais on est décidé à procéder avec une extrême prudence, et c'est dans le Sud-Oranais et sur les confins du désert que l'on se propose d'installer les tirailleurs sénégalais organisés en smalas, comme chez eux et au Maroc. On verra bien, et si, contrairement à toute attente, les inconvénients passaient les avantages, il serait toujours aisé de faire machine en arrière. Encore une fois, c'est d'une première expérience qu'il s'agit ainsi limitée, elle n'est dangereuse en rien et peut, au contraire, être féconde en résultats heureux. La Chambre,et ensuite le Sénat, ne se refuseront certainement pas à la tenter et à en fournir les moyens.

Journal des débats politiques et littéraires – 21 février 1910


EN BREF

Horrible assassinat a Lille - Lille, 20 février — Un nouveau crime, particulièrement horrible par le sadisme révoltant qu'ont montré les assassins, a été commis a Lille pendant les dernières heures de la nuit de samedi a dimanche, entre quatre et six heures du matin. Dimanche matin vers sept heures une locataire du numéro 13 de cette rue était étonnée en descendant d'apercevoir de la lumière dans la chambre garnie d'un lit, de deux chaises et d'une commode, qu'occupait une fille publique âgée de soixante-cinq ans, Pauline Vahée, dite "Bon Genièvre". La nuit dernière, sa voisine. Mme Degrave ayant aperçu de la lumière chez la vieille femme, voulut voir si "Bon Genièvre" ne s'était pas endormie ivre et si sa lampe ne risquait pas de mettre le feu. La porte étant fermée. Mme Degrave brisa un carreau. Un terrible spectacle s'offrit a sa vue : Pauline Vahée était couchée sur le dos au bord de son lit, les pieds pendants sur le plancher couvert de sang. Elle était presque nue et avait subi d'horribles mutilations. Tous les organes et le gros intestin avalent été perforés avec le manche d'un balai. Le ventre et la poitrine de la victime étaient tailladés de larges estafilades. Des premières enquêtes il résulte que "Bon Genièvre" a dû recevoir, vers quatre heures du matin, une bande de trois ou quatre individus ivres. On les recherche et on croit leur arrestation prochaine. Le Matin – 21 février 1910

Une usine de soufre dévorée par les flammes - Montpellier, 20 février — Un violent incendie a éclaté dans une usine de soufre située en bordure de la voie, à Frontignan. Le feu, qui a pris cette nuit, n'avait pas été remarqué tout d'abord. Le bâtiment, mesurant quatre-vingts mètres de longueur, contenait une importante quantité de soufre, qui a coulé sur la voie et forme, sur une longueur de trois cents mètres, un lac de feu, d'où se dégage une fumée irrespirable. A partir de 4 h. 20 du matin, les trains ont dû cesser de circuler sur cette voie ; les voyageurs pour Frontignan sont transbordés et les bagages détournés par Montpellier-Montbazin. La Presse – 21 février 1910

Fregoli entame sa tournée mondiale à Paris - Après dix jours de retard occasionnés par l'encombrement des voies ferrées, le train spécial de Frégoli, qui ne compte pas moins de huit wagons remplis de décors, de costumes, de perruques, etc., est entré hier matin en gare de Bercy. Frégoli lui-même était arrivé à Paris la veille, avec tout son personnel administrateur, chef d'orchestre, machinistes, accessoiristes, habilleurs, etc. en tout une trentaine de personnes. Le grand artiste, universellement connu, part pour une tournée à travers le monde, et il a voulu commencer par Paris, berceau de son premier triomphe...Il emporte avec lui un répertoire entièrement nouveau dont nous aurons ainsi la primeur. La première de Frégoli aura lieu mercredi, à l'Olympia. Le Figaro – 21 février 1910

Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Permalien [#]