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22 févr. 10

Les actualités du 22 février 1910

Prince_of_Sagan_1883

Mort d'un dandy

Charles-Guillaume-Frédéric-Boson de Talleyrand-Périgord, quatrième duc de Talleyrand, troisième duc de Sagan, altesse sérénissime, est mort hier. Et, sur le boulevard, où il régnait jadis, cette nouvelle courut comme ceci: le prince de Sagan, ou bien Sagan tout court vient de mourir. Cette familiarité est le signe de la grande renommée ou bien, si l'on gardait l'appellation de prince c'est qu'aux jours de sa gloire parisienne, cet homme élégant et charmant n'avait point hérité encore le titre ducal de son père. Le prince de Sagan était célébré depuis les plus belles années de l'Empire; il devint duc en 1898 seulement et, depuis cette époque, la maladie le tenait éloigné des fêtes qui autrefois étaient son empire incontesté.

Il était né en 1832. Très jeune encore, il s'engagea volontairement et fut simple cavalier au 2' régiment de cuirassiers. Il fit, comme maréchal des logis, la campagne de Crimée. Puis il fut, nommé sous-lieutenant aux guides de la garde impériale, en 1855; il y eut pour camarades MM. de Massa, de Galliffet, de Comminges, Maurice de Saint-Pierre et pour chef le général Fleury. Deux ans plus tard, il passait par permutation au 3e régiment de chasseurs d'Afrique et il démissionnait bientôt pour épouser Mlle Jeanne Seillière, fille du banquier Achille Seillière.

C'est alors qu'il devint l'homme à la mode et, comme on le surnommait avec une gaie déférence, le prince du chic. Il était, entouré d'une véritable petite cour, composée de légitimistes et aussi des personnages les mieux reçus aux Tuileries. Les fêtes qu'il donna ne sont pas oubliées. On raconte encore celle qui, en 1862, célébra, au château de Mello, Souvenir, le cheval de M. Robin qui venait de gagner le Derby. La même année, il en organisa une autre, une merveille, dans le manège de l'hôtel Seillière: on joua Henri III et sa cour, d'Alexandre Dumas et la distribution était composée des plus grands noms de France.

Cela se passait à l'époque la plus brillante de notre histoire contemporaine. Puis arriva, avec la soudaineté des catastrophes la guerre. En 1870, le prince du chic fit son devoir avec la noble simplicité, avec l'ardeur élégante qu'on pouvait attendre de l'ancien compagnon d'armes de Galliffet. Il partit avec le duc de Fitz-James et se mit à la tête d'une ambulance qui rejoignait l'armée de Châlons pendant sa marche dans les Ardennes. Au cours de la bataille de Beaumont, il secourut une quantité de blessés français; il en secourut aussi à Sedan et il obtint des chefs allemands un sensible adoucissement au sort de nos prisonniers.

Après le 4 Septembre, il revint à Paris et reprit du service pour la durée de la guerre. de nouveau, il porta ses galons de sous-lieu-tenant sur son uniforme de chasseur d'Afrique. Le vice-amiral de La Roncière, qui commandait le corps d'armée de Saint-Denis, se l'attacha comme officier d'ordonnance. Sagan prit part à l'heureux combat d'Epinay, le 2 décembre et sa conduite en cette affaire lui valut la croix. La guerre terminée, il retourna aux élégances qui avaient sa prédilection et l'on peut dire qu'il s'y adonna de tout son cœur, avec une sorte de passion jolie où entrait le désir patriotique de voir ce pays reprendre sa vie somptueuse et rayonnante, que les désastres avaient interrompue.

La République s'établissait modestement. Le prince de Sagan, sans davantage se mêler de politique, réagit contre le régime un peu terne. Il gouverna les modes, administra les snobismes et eut, en somme, la situation d'une sorte de souverain des belles manières, des opinions choisies et conversations parfaites.Il fut le monde et il donna le ton. Il lança les mardis de la Comédie-Française et les samedis de l'Opéra-Comique. Il consacrait à la Société d'Encouragement le meilleur de son zèle et, en 1872, il créa Auteuil, dont il était justement fier.

On le voyait mais il y a longtemps, maintenant, descendre les Champs-Elysées au trot de sa jument alezane. Son personnage était illustre à Paris, avec sa chevelure argentée, le monocle attaché d'un très large cordon de moire. Et ajoutons: la fleur blanche à la boutonnière, les gants gris perle brodés de noir. Il portait ce costume comme l'uniforme de son élégance. D'ailleurs, il était aimable et bon. Il n'y avait pas de fête accomplie, sans qu'il en fût l'âme. Il excita ainsi bien des jalousies et il s'exposa même à des plaisanteries d'émulés que sa durable suprématie gênait. Sa grâce exquise l'empêchait d'avoir l'air de remplir un sacerdoce pourtant, il ne badinait point et il apportait à bien exercer la tâche qu'il avait assumée un dogmatisme réfléchi.

Bien que son duché fût en Silésie, le duc de Sagan a été, pendant un demi-siècle, le plus raffiné, le plus Parisien des Parisiens. Lorsque la maladie l'eut condamné à ne plus sortir, il resta, comme il le put, fidèle à son grand amour du théâtre. Il n'allait plus au spectacle mais au moyen du théâtrophone, il se tenait au courant. Puis il gardait son titre de président delà Société du steeple-chase d'Auteuil. Le duc de Talleyrand et Sagan, veuf depuis quatre ans et demi, était âgé de soixante-dix-huit ans; Il laisse deux fils, le prince Hélie de Talleyrand-Périgord, qui a épousé Mme Anna Gould, et le duc deAlençay. Il était le frère du duc de Montmorency et le demi-frère de la comtesse Jean de Castellane. C'est une fine et aristocratique figure qui disparaît.

Le Figaro – 22 février 1910


EN BREF

Le casque des gendarmes - C'est décidé. Après l'habit, que seuls dans toute l'armée française ils portaient encore; après les bottes légendaires, on enlève aux gendarmes le non moins légendaire bicorne, qui était leur apanage. Chapeau de gendarme, le terme était consacré pour désigner la forme d'un tas de choses, depuis le pli de la serviette jusqu'à certain gateau bien connu des écoliers. Datant des époques les plus reculées, ce chapeau était la terreur des malfaiteurs, et de tous ceux qui avaient à craindre la justice. Il en imposait, comme en témoigne ce souvenir lors de 1'enterrement du général de la Commune Eudes, une bande de.manifestants tenait en échec, sur la place Saint-Ambroise, toute une brigade de gardiens de la paix. Survinrent douze gendarmes de la caserne des Minimes, l'arme au bras, chapeau en bataille, s'avançant au pas. Et devant ces douze représentants de la force publique, la bande tumultueuse s'éparpilla comme une volée de moineaux. Sera-t-il plus commode, le casque en fer, pour les longues randonnées de province, sous le soleil de feu ou sous la bise aigre ?. Ce n'est pas l'avis de beaucoup des braves soldats qui vont le porter. Mais fidèles à la consigne, ils sauront souffrir et se taire, sans murmurer. Et plus d'un regrettera secrètement le vieux bicorne. Le Figaro – 21 février 1910

Crue en Champagne - Chalon-sur-Saône. La fonte de la neige dans les montagnes et les pluies abondantes qui tombent depuis quatre jours font grossir de nouveau le Doubs et la Saône. L'inquiétude règne chez les riverains en raison de la persistance du mauvais temps. Les rivières de la Seille, de la Crosne, de l'Arroux, de la Bourbince, débordent partout. Les champs, les prairies et les rues des villages situes dans les plaines sont inondés. Le Figaro – 22 février 1910


Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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