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05 mars 10

Les actualités du 5 mars 1910

Le drame de Venise

proces tarnowska venise 1910

Justice

It

Aujourd'hui commencent, devant la Cour d'assises de Venise, les débats; d'une affaire qui passionne l'Italie. Jamais Stendhal, dans ses farouches nouvelles italiennes, n'a rêvé de drame plus farouche une femme belle, aimée, traînant tous les cœurs après soi, faisant tuer par son amant celui qu'elle allait épouser, et, autour de ce crime, qui a pour décor les palais vénitiens, les eaux mortes du canal Orfano, les gondoles - qui servent à amener les prisonniers à la Cour d'assises - les ruelles où depuis des siècles les murailles ont entendu des mots d'amour et des cris de haine et de mort, la Venise de la belle Impéria et des sbires, les acteurs du drame, appartenant à une société bizarre, cosmopolite, dans Venise la rouge, cherchant des aventures comme au temps de l'Arétin.

Le 4 septembre 1907 (les instructions durent longtemps en Italie) le comte Paul Kamarowski fut assassiné dans son palais de la place Sainte-Marie du Lys. C'était un gentilhomme russe, fort riche. Il était veuf et allait épouser une divorcée, la comtesse Tarnowska. Celle-ci avait eu des aventures. Il y avait dans sa vie de sombres histoires d'amour et-de mort.

Son mari l'avait adorée et un soir, à la sortie d'un théâtre-, il avait par jalousie tué raide d'un coup de revolver le comte Borgenski qui osait embrasser la main de la comtesse. Un de ses amants, le comte Sthal,fut tué en duel. Son beau-frère, Paul Tarnowski, pour elle aussi, s'était suicidé. Son regard, dit l'acte d'accusation, faisait des possédés. Que de sang déjà, autour de cette créature énigmatique, de cette femme aux cheveux fauves et aux yeux couleur de mer Femme intelligente, cultivée, une sur femme (superdonna) dit un journal italien.

Le comte Kamarowski allait l'épouser, et tous deux étaient venus à Venise, dans-cette Venise courtisane comme dit Angelo. Kamarowski avait conclu en faveur de la comtesse une police d'assurances de 500,000 francs, et il avait été stipulé, sur la demande même de la Tarnowska, que le montant en serait payé même au cas de mort violente de Kamarowski. Un avocat russe, Priloukof, s'était chargé du contrat d assurance.

A Venise, le comte recevait beaucoup. Les amis de la comtesse étaient ses amis; Parmi eux, un- jeune homme, Nicolas Naumof. Un matin, le comte était encore au lit. On annonce une visite. C'est Naumof. Sans prendre la peine de s'habiller entièrement, Kamarowski se rend au salon où l'attend son ami. Sans mot dire Naumof saisit un revolver et fait feu des six coups de son arme. Le comte, frappé, tombe. Naumof ému s'assied, et entre les deux hommes, dans le salon tragique, s'engage un dialogue véritablement shakespearien:

Que vous ai-je fait? Pourquoi me tuer ? Vous ne devez pas épouser Tarnowska ! Mais, j'ai un fils, vous lui avez tué son père. Et devant sa victime sanglante l'assassin fond en larmes. On a entendu les coups de feu dans le grand palais vénitien;-les domestiques accourent et ils trouvent ces deux hommes- face à face, pleurant tous deux, pendant que le sang coule sur les dalles de la vieille demeure..On croit à un suicide; on n'interroge pas Naumof qui, sans mot dire, salue et se retire. Il se rend à l'hôtel Danieli, prend ses bagages et part pour Milan. Mais à Vérone, la police prévenue l'arrête. Il ne nie pas son crime, mais prétend avoir tué dans une dispute avec le comte. Kamarowski avait encore quatre jours à vivre. Avant de mourir, il déclara qu'on l'avait tué par jalousie, Naumof aimait la Tarnowska.

C'est ici que le drame se complique. Il rappelle même par certains côtés cette fameuse affaire Pelzer, ce crime commis par procuration en Belgique. La police apprit, en effet, que, la veille du crime, trois étrangers étaient arrivés à Venise; l'un d'eux, qui se faisait appeler Demouchy, s'était rendu chez Naumof à l'hôtel Danieli. On l'avait vu aussi rôdant autour de la demeure du comte. Demouchy était un faux nom, cet étranger, c'était l'avocat russe Priloukof, amant de la comtesse. Les deux autres étaient des policiers russes. On saisit la correspondance de Naumof et' on arriva à cette conclusion dramatique: Priloukof, amant de la Tarnowska avait profité de la passion de Naumof pour la comtesse; de sa jalousie envers Kamarawski pour le pousser au meurtre. Les détectives étaient chargés de surveiller l'hôtel.

Lui aussi, ce Priloukof, avait eu des aventures singulières. Il avait, dans ses pérégrinations à travers le monde, accompagné, d'hôtel en hôtel, la Tarnowska, se faisant appeler tantôt Zeiffler, tantôt Nerton ou Selkaki. Lui aussi était une victime de la Tarnowska aux yeux verts. Pour elle, il avait quitté sa situation d'avocat, qui était brillante, à Moscou. Il eut à plaider un jour pour elle, dès lors il devint amoureux, abandonna sa femme, ses enfants, courut le monde, et se ruina.

Voici donc l'accusation: Priloukof était l'amant de la comtesse; elle allait se marier. En cas de mort violente de Kmarowski elle touchait les 500,000 francs de l'assurance. Naumof avait vingt-six ans, il était amoureux, amour farouche de Slave, violent, emporté. Naumof serait l'instrument. Et le crime fut résolu, entre la Tarnowska et Priloukof. Un sourire, un regard de la comtesse devaient suffire pour mettre le revolver au poing du jeune Naumof amoureux. La servante, Elisa Perrier, Française adroite comme une soubrette du répertoire, devait être complice et faciliter le crime. La comtesse Tarnowska proteste de son innocence Naumof ne serait qu'un jaloux, éperdu d'amour. Naumof appuie cette version il aimait, dit-il, la comtesse, et il a tué Kamarowski à la suite d'une scène violente, en apprenant que le mariage était décidé. Priloukof n'avoue que son amour et prétend - ainsi qu'Elisa Perrier - n'être pour rien dans le crime.

On voit que l'affaire reste bien mystérieuse. Les débats feront-ils la lumière? Ils seront longs, comme la plupart. des procès italiens.. La salle des Assises est comble, le procès passionne Venise, comme jadis l'affaire Bonmartini passionna Turin. Les interrogatoires auront lieu en italien, les accusés, pendant leur longue détention, l'ont en effet appris pour leur procès. Quinze avocats sont assis au banc de la défense au dessous de la cage, où tout en noir, très pâle, apparaît la comtesse Tarnowska, aux cheveux d'or, à côté de Priloukof et de Naumof, ces deux hommes qui l'ont aimée jusqu'au crime peut-être.

L'audience de ce jour a été consacrée à la lecture de l'acte d'accusation pendant laquelle Naumof, très ému, faisait des-èfforts pour retenir ses larmes, tandis que la comtesse Tarnowska restait impassible. Les interrogatoires commenceront demain.

Le Figaro – 5 mars 1910


EN BREF

Découverte d'ossements - Des ouvriers procédant à des travaux de terrassement, rue Beaubourg, ont mis à découvert un grand nombre de squelettes d'hommes et d'enfants. Sur certains l'on voyait encore des vestiges de drap d'uniforme auquel étaient encore fixés des boutons de métal. Cet ossuaire provient vraisemblablement des derniers jours des événements insurrectionnels de 1871. Le Gaulois – 5 mars 1910

rugbyRugby: les anglais battent les français par 11 points à 3 - Ce fut certainement un match très intéressant celui qui nous valut hier d'applaudir hier les équipes représentatives de France et d'Angleterre. Il nous procura également le plaisir de contacter que nos joueurs se défendaient mieux, résistaient plus courageusement et qu'à l'occasion, ils savaient prendre l'offensive. Cependant il ne faut pas que ce premier succès, car c'est un succès cette honorable défaite, grise les dirigeants de nos clubs. Il y a encore trop à faire pour que nous puissions mettre sur pied une équipe de valeur égale à celle qui vint hier nous donner une bonne démonstration et non une sévère leçon comme précédemment. Mais il est permis d'éspérer que le jour n'est pas si éloigné que certains le pensent où les français feront match nul et peut être triompheront de ces extraordinaires professeurs que sont les footballeurs anglais. Le résultat du match d'hier nous prouve également que ces grandes rencontres internationales sont indispensables pour la bonne formation et le perfectionnement de notre éducation sportive. Un simple coup d'œil sur le palmarès de ce match France-Angleterre vous le prouvera. En 1906, la France est battue par 35 à 8, en 1907, 41 à 13, en 1908, 19 à 0, en 1909, 22 à 0, en 1910, 11 à 3. Quelques gens bien renseignés nous ont dit que l'équipe anglaise d'hier n'était certainement pas la meilleure et que l'on avait voulu ainsi ménager nos représentants. Cela est possible. N'empêche que la majorité des connaisseurs n'est pas de cet avis. L'équipe d'Angleterre que nous venons de voir était l'une des plus formidables que nos joueurs ont eu à combattre ; on a vu que ces derniers se sont bravement et honorablement acquittés de leur tâche. Il serait donc mesquin de leur marchander les félicitations, car depuis un an surtout, ils ont fait des appréciables progrès. La Presse – 5 mars 1910

Un médecin exemplaire - C'est assurément, M. le docteur Boulle, médecin à Saint- Valérien près d'Auxerre. Personne ne contestera qu'il donne le meilleur exemple, puisqu'il vient d'atteindre l'âge de cent ans. Au cours de ce siècle de santé forte et paisible qu'il a vécu, le docteur Boulle s'est dévoué ses concitoyens il fut maire de Saint- Valérien et conseiller d'arrondissement. Aussi la population s'est-elle réjouie de son centenaire, dont le Conseil municipal de Saint-Valérien est allé le féliciter publiquement. Le Figaro – 5 mars 1910


Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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