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06 mars 10

Les actualité du 6 mars 1910

La mort de Jeanne Marni

Jeanne Marni

Il vient de mourir à Cannes, en la personne de Mme Jeanne Marni, l'une des femmes de lettres les plus justement célèbres de ce temps. Il serait plus exact de dire qu'une femme, tout simplement, qui résumait tous les dons, toutes les grâces, toutes les qualités charmantes des femmes a disparu. Une fois qu'on l'avait aperçue, il était impossible d'oublier la noblesse de sa taille, la vivacité excessive de son visage, tendre, humain, qu'animaient des yeux luisants d'intelligence et de bonté. Il se dégageait d'elle une séduction intime, profonde ; son cœur comprenait tout, et les souffrances, les heurts de la vie, l'avaient embellie encore et comme spiritualisée. II semble bien que ce ne soit pas par hasard que son dernier roman, l'un des plus beaux, l'un des plus pathétiques, qu'elle ait écrits, portât ce simple titre : Souffrir...

Jeanne Marni est morte à cinquante-six ans et son œuvre est considérable, moins par le nombre des volumes que par l'émotion humaine qui se dégage de chacun d'eux. Elle commença par publier successivement trois romans : la Femme de Silva, Amour coupable et la Prinresse Sublima dans lesquels elle donna libre cours à son imagination sensible et fine. Mais c'est entre 1890 et 1900 qu'il faut situer la production vraiment personnelle de Jeanne Marni ; c'est pendant ces dix années qu'elle conquiert dans l'estime des lettrés, dans la faveur du public, la place originale que la mort n 'effacera point.

Les œuvres de Jeanne Marni, sont faites pour durer, parce qu'elles ont toutes une justesse, une jeunesse d'impressions véritablement émouvantes. Successivement parurent : Comment elles se donnent, Comment elles nous lâchent, les Enfants qu'elles ont, Fiacres, Celles qu'on ignore, A table, Vieilles. Ce n'étaient pas des nouvelles ; ce n'étaient pas seulement des dialogues, c'étaient des lambeaux de vie, d'une vie palpitante, déchirée, vue et notée par un cœur profondément humain. Un grand nombre de ces pages sont admirables ; il y a toujours comme un soupir, presque une larme. sous chaque critique un peu vive de la société contemporaine. Ce n'est pas la vision âpre d'un écrivain satirique, c'est la. constatation attristée que tout n'est pas beau, que les sentiments les plus purs sont bafoués, salis ; que les vraies âmes sont ignorées. Et il y a tant d'esprit entre les lignes, que l'impression laissée par ces dialogues reste, en dépit de tout, confiante et souriante.

Après de très intéressants essais au théâtre, Jeanne Marni revint au roman et ses trois volumes: le Livre d'une Amoureuse; Pierre Tisserand, Souffrir, sont, pour beaucoup d'écrivains, considérés comme des chefs-d'œuvre. Ce sont des livres que les femmes ne cesseront de lire et de relire. C'est leur histoire. Toutes les souffrances d'un cœur, ses joies passagères, ses déchirements et ses espérances, sont relatés avec une minutie, une audace dans l'analyse qui tiennent du miracle.

Jeanne Marni, passa les dernières années de sa vie dans sa blanche villa, qui se dressait sur le chemin fleuri de Vallauris. Combien de femmes de lettres, moins illustres qu'elle, veulent à tout prix conserver les hommages des cénacles, briller dans les salons dits littéraires. Le cœur de Jeanne Marni, la délicatesse de son âme, n'auraient pu vivre dans une telle atmosphère. Il lui fallait le repos sous un beau ciel, parmi les fleurs et ses amis, ce qu'elle aima par-dessus tout sur la terre. Les écrivains qui passaient par Cannes, se sentaient honorés d être reçus par elle ; ils la quittaient avec regret, conduis par son charme, par sa grâce souveraine, définitivement. Jeanne Marni est morte entre les bras de sa fille Mme Emmy fournier, une femme énergique, intelligente, passionnée de bien social.

Elle a fini ses jours dans ce pays béni par un beau jour printanier et elle s en ira, dans le mystère, toute couverte des fleurs qu'elle aimait tant. Mais ses admirateurs les écrivains, ses amis, auraient voulu voir, briller entre les immortelles la croix au ruban rouge, que l'on décerne d'ordinaire aux braves qui ont vaillamment mené le combat de la vie, aux bons ouvriers qui ont honoré leur art, aux grandes sœurs de charité qui ont donné l'exemple d'une bonté sans défaillance.

Le Petit Parisien – 6 mars 1910


EN BREF

Aviation

Rougier survole la méditerranée - Pour la première fois, un aviateur s'est élancé au-dessus des flots de la Méditerranée et a exécuté un vol magistral, malgré les rudes difficultés que présentaient le départ et l'atterrissage. Rougier, pilotant, un biplan Voisin, s'est joué des traîtrises de la mer et des embûches de l'air, et a exécuté, point pour point le programme qu'il s'était tracé. Le Figaro – 6 mars 1910

Le plus gros juge de paix du monde - Un juge extraordinaire vient de mourir à Ruines, près de Saint-Flour. M. Rolland, juge de paix, avait assurément de précieuses qualités professionnelles ; il savait épanouir dans un sourire d'indulgence un visage rose et joufflu, ou au besoin rouler des yeux courroucés devant de grincheux justiciables. Mais cet unique magistrat était surtout remarquable par son poids invraisemblable et son volumineux aspect. Ce bon juge était l'homme le plus lourd et le plus gras du monde : il pesait deux cent cinquante-huit kilos, avait une taille de 1 m. 83, et la rotondité de son abdomen était telle que le brave homme ne pouvait se déplacer ni à pied, ni en voiture, il ne pouvait même pas voyager en chemin de fer, les portières des wagons n'étant point assez larges pour le laisser passer. Futaille vivante à la massivité énorme, M. le juge Rolland était obligé, pour se rendre de son domicile à la justice de paix, de se hisser sur un impressionnant chariot à bascule. On dressait le char, le timon en l'air ; le magistrat s'y adossait ; puis on ramenait à force de biceps le véhicule dans le sens horizontal, et un percheron solide et vigoureux traînait l'homme, gras vers le tribunal. Pour mettre M le juge Rolland en bière, on dut installer un treuil afin de soulever son cadavre ; les deux cercueils en zinc et en chêne comportaient un poids de cinq cent cinquante kilos. Pour extraire le corps de la demeure, il fallut démolir une fenêtre. Bien entendu, aucun corbillard ne pouvait supporter une pareille charge, et l'on dût requérir un tombereau pour mener le bon juge à l'église et au cimetière. Le Matin – 6 mars 1910


Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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