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08 mars 10

Les actualités du 8 mars 1910

Leone, opéra-comique en quatre actes, de M. Georges Montorgueil

bandit corse

Emmanuel Arène connaissait à fond la Corse, il en décrivait en de brillantes nouvelles les mœurs comme les paysages ; de son Dernier bandit, un lettré parfait, M. Georges Montorgueil, a tiré un opéra-comique en quatre actes dont le principal défaut est précisément d'être en quatre actes. On souhaiterait plus courte cette histoire de brigands. Sans doute la forme en est irréprochable et le poète, tout en écrivant de bons vers, s'est préoccupé de fournir au compositeur des occasions de musique, mais s'il eût serré davantage il aurait mieux servi son collaborateur et soi-même, il eût évité des longueurs qui finissent par lasser l'attention et contrarier la volonté que l'on aurait de rendre un complet, hommage à l'œuvre de deux auteurs d'un talent pur et élevé.

Leone est un bandit dont le sergent aux voltigeurs Negroni a tué le frère ; sa belle-sœur, Diana, l'a déterminé à la vendetta et il a gagné le maquis. Traqué par les soldats, il va être pris ; une jeune fille lui offre un asile, c'est Milia, la fille du sergent Negroni. Leone devient amoureux de Milia, il ne peut donc plus tuer son père, et cela exaspère Diana qui, pour détourner de lui la jeune fille, déclare faussement qu'elle est la maîtresse du bandit. Désolée, Milia se laisse marier à Pieri, mais pendant la fête des noces Leone survient furieux, il révèle le mensonge, frappe de son stylet Pieri et enlève Milia. Les soldats ont été prévenus. Leone s'ouvrirait peut-être au milieu d'eux un passage sanglant : celui qui les commande est Negroni, le père de Milia, il se rend.

Dans le jardinet du poste de garde, où il est enfermé, pâlie et se mourant de chagrin, la jeune fille sommeille ; le nom de Leone s'échappe à tout moment de ses lèvres. Sa nourrice Catarina, qui la veille, conseille au père qui pleure de lui permettre de voir celui qu'elle adore ; l'amour fait des miracles ; le vieux soldat amène lui-même son prisonnier et l'âme de l'enfant s'exhale au moins dans un sourire de bonheur.Quant à Leone, rien ne lui est plus, il refuse de s'évader et tend ses poignets aux menottes.

Samuel Rousseau, dont la mort fut prématurée, écrivit d'admirable musique d'église, et l'Opéra représenta de lui une œuvre plus qu'estimable, la Cloche du Rhin, dont le poème mystique lui convenait à merveille. Elève du grand César Franck, il avait hérité de lui son impeccable correction, sa science profonde de l'harmonie, son dévouement absolu à la clarté française. Leone est une œuvre du style le plus noble, mélodique, instrumentée de main de maître ; on y trouve des passages limpides et lumineux avec des parties d'inspiration dramatique, mais il y faudrait plus de variété et de pittoresque ; la couleur locale y est à peine indiquée et le 3e acte, celui des réjouissances, n'est guère réjouissant. Quoi qu il en soit, la partition de Samuel Rousseau fait infiniment regretter que son auteur ne soit plus là pour écrire encore.

Mlle Nicot-Vauchelet est une adorable Milia, on voit qu'elle est la fille de la délicieuse créatrice d'Arlette, dans Jean de Nivelle et de l'impeccable ténor Nicot. Sa voix est fraîche, jolie, son articulation d'une telle pureté que l'on ne perd point une syllabe ; je voudrais en dire autant de celle de Mlle Raveau, cantatrice remarquable, d'un talent dramatique accompli déjà, mais qui devra surveiller sa diction. Mlle Lassalle chante avec goût le rôle de Catarina. M. Allard prête à Negroni son bel organe et sa valeur de comédien. M. Payan a dit avec beaucoup de goût l'air très réussi du Moine, et MM. Sens, Vaurs, Cazeneuve, Dupouy et Imbert complètent honorablement l'interprétation.

Le Petit Journal – 8 mars 1910


EN BREF

Un puzzle géant - C'est la décoration à fresque de l'escalier monumental de l'annexe de Carnavalet que vient de construire, rue de Sévigné, M. Foucault. Cette décoration provient, pierre, à pierre, de l'escalier d'honneur de l'ancien hôtel de Luynes, démoli il y a quelques années, sur le boulevard Saint-Germain. Par fragments de différentes formes et de différentes grandeurs, on avait découpé la fresque, puis on l'avait transportée dans les dépôts du musée Carnavalet. La reconstituer fut une délicate besogne. On dut faire appel à de nombreux artistes et artisans qui, depuis plusieurs mois, travaillaient à-ce gigantesque jeu de puzzle. Leur tâche a été terminée hier, et la fresque de l'hôtel de Luynes est admirablement rétablie, avec tous ses détails, dans l'escalier de l'annexe de Carnavalet. Le Figaro– 8 mars 1910

Le crime de la rue Botzaris - M. Cuvillier, commissaire de police du quartier du Combat, a reçu une lettre anonyme dans laquelle un individu, se prétendant l'assassin d'Elisa Vandamme, dit qu'il est étudiant, qu'il a tué par sadisme, que le corps sera jeté à la mer et qu'il quitte la France. Cette lettre, qui n'a évidemment d'autre but que d'égarer la justice, nous confirme dans l'opinion que le crime a été une vengeance d'apaches ou d'autres. Du reste, hier, des témoins ont raconté à M. Warnin, juge d'instruction, que récemment Elisa Vandamme avait acheté un couteau, en disant : Si on m'attaque, j'aurai de quoi me défendre. Elle redoutait donc quelque chose. M. le docteur Bertillon a retrouvé des traces de doigts sur le tablier qui enveloppait la tête. Mais le tissu est trop rude pour que ces traces puissent être identifiées. Il a relevé aussi des traces rectilignes qui prouvent que l'assassin a essuyé son couteau sur ce e tablier. Sur la tête, autour de la bouche, il a relevé des ecchymoses, qui prouvent que l'assassin a dû comprimer cette bouche avec la main gauche pour étouffer les cris de la victime qu'il égorgeait. Le Figaro– 8 mars 1910


Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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