CPA Scans

Collection de cartes postales anciennes numérisées en haute définition. Actualités d'époque. Histoires insolites.

11 mars 10

Les actualités du 11 mars 1910

autriche-hongrie La mort du bourgmestre de Vienne

Karl lueger

La figure la plus populaire de la capitale autrichienne après l'empereur François-Joseph, le bourgmestre Karl Lueger, vient de disparaître. Un télégramme de Vienne annonce que M. Lueger est mort ce matin, à huit heures. Depuis plusieurs semaines on attendait, d'ailleurs, sa fin d'un moment à l'autre.

Les journaux donnaient chaque jour sur l'agonie de M. Lueger de cruels et navrants détails: le dos du moribond se couvrait de plaies horribles, la cécité était devenue complète, l'estomac refusait toute nourriture, le cœur ne fonctionnait plus qu'irrégulièrement, des crises de sanglots convulsifs secouaient le malade. La mort aura été pour lui la libératrice impatiemment attendue.

Il avait pourtant reçu de la nature les dons les plus charmants et les plus rares. L'aspect physique de M. Lueger n'avait pas médiocrement contribué à le rendre sympathique aux foules viennoises. Il était de haute stature et bien proportionné. Sur un cou un peu fort était plantée une tête où se lisaient l'énergie et l'intelligence. Avant que l'âge et la maladie n'eussent fait blanchir ses cheveux, ceux-ci étaient d'un noir éclatant. Il se coiffait à la viennoise et à certains gestes qu'il faisait, ses cheveux glissaient volontiers sur ses yeux. Il avait alors une façon bien personnelle de les rejeter en arrière. Une abondante barbe noire et un regard singulier achevaient de caractériser physiquement celui qu'on appelait naguère le beau Charles.

Sa voix n'était pas très puissante, mais M. Lueger s'en servait avec une habileté consommée. Quand il parlait à la Chambre des députés où l'acoustique est si mauvaise, aucune de ses paroles ne se perdait. Son autorité personnelle était immense. Simple bourgmestre de Vienne, il traitait d'égal à égal avec les ministres, faisait de ses créatures des ministres, des présidents de la Chambre et de la Diète, commandait un parti qui compte après l'Union slave le plus grand nombre de députés et, qui plus est, peut se vanter de l'appui efficace de l'aristocratie et du clergé.

Et pourtant jamais M. Lueger n'a tire le moindre avantage personnel de cette situation exceptionnelle. Il n'a pas accumulé des richesses comme presque tous ses partisans arrivés par lui aux hautes dignités dans l'Etat et dans l'administration municipale.Il devait sa popularité réelle aussi bien à son intégrité qu'à l'énergie avec laquelle il allait tout droit au but. Il aimait le pouvoir, mais il n'en profitait pas. Vrai type de Viennois pur sang. tous ses efforts tendaient à embellir sa ville natale. Pour arriver a ce but, il n'hésita pas à faire des emprunts qui ont triplé les dettes de la capitale.

Il monopolisa pour la commune l'éclairage au gaz, l'électricité, les omnibus, la canalisation d'eau. Il entoura Vienne d'une ceinture verdoyante, créant des jardins et des parcs en des parages déserts. Il est probable qu'il cherchait ainsi à se créer une armée d'électeurs dociles dont il restait le chef. Qui recueillera maintenant son héritage? Aucun de ses partisans n'a le prestige et la popularité dont il a joui. Et, sans être prophète, on peut prédire que le parti qu'il a créé ira en déclinant, car la jalousie des rivaux ne manquera pas d'amener une sécession que l'autorité seule de chef a pu prévenir jusqu'ici.

Le Journal des débats politiques et littéraires – 11 mars 1910


EN BREF

uk La statue du chien martyr coûte trop cher - Londres, 10 mars — Les-antivivisectionnistes londoniens sont irrités. On le serait à moins. Ardents défenseurs de leur cause, ils s'étaient cotisés en 1905 en vue de l'achat et de l'érection, dans Battersea park; d'une énorme statue représentant un chien martyr, qui, de son vivant, avait été disséqué par de jeunes morticoles, et avait naturellement expiré entre leurs mains.Il n'en fallut pas davantage pour déchaîner la colère des étudiants en médecine, qui cherchèrent depuis, par tous les moyens, parfois fort ingénieux, à détruire l'image de leur victime. Cependant la ligue de l'antivivisection avait prévu les événements et fait appel à la police, laquelle depuis 1906 dut ordonner autour du monument une garde de jour et de nuit de cinq policemen. Mais lassés de tous les désordres créés par les étudiants et des dépenses entraînées par la surveillance du monument, le conseil municipal de Battersea décréta dans le plus grand secret la disparition de l'effigie du chien qui fut enlevée ce matin à trois heures, sous la protection de cent agents de police. La ligue antivivisectionniste va intenter un procès au conseil municipal. Le Matin – 11 mars 1910

Un conscrit de 96 cm dans la haute-Savoie - Chaque année, à l'époque des opérations des conseils de révision, on signale parmi les jeunes gens de la classe quelques anomalies de la nature ou des fantaisies de l'état civil. On s'imagine néanmoins, quelque habitude qu'ils doivent avoir des apparitions imprévues, la surprise que durent éprouver les membres du conseil de révision devant lesquels s'est présenté, cette année, M. Marcelin Paccard, conscrit de Cuisi (Haute-Savoie). Ce jeune homme mesure à la toise 96 centimètres de hauteur et son poids est modestement de vingt-deux kilos. Bon vivant, robuste malgré sa petite taille, Marcelin Paccard passait, faut-il le dire ? au conseil de révision sans émotion aucune, car son sort était fixé d'avance. Il continuera comme par le passé à vendre des cyclamens, les fleurs délicates et gracieuses qu'il affectionne. Le Petit Journal – 11 mars 1910

Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires

Poster un commentaire