CPA Scans

Collection de cartes postales anciennes numérisées en haute définition. Actualités d'époque. Histoires insolites.

16 mars 10

Les actualités du 16 mars 1910

Le procès des étrangleurs des Alpes

volonne

Digne – 15 mars – De temps en temps, dans les Basses-Alpes, on repêchait un cadavre, la corde au cou, que la Durance entrainait dans son cours rapide et tumultueux. On commençait à s'y habituer. Des crimes d'autre part étaient commis, que l'on déplorait. Ainsi la diligence de Manosque fut assaillie un soir dans la manière des grands bandits de jadis. Des événements aussi singuliers que criminels se succédaient dans la région. Les victimes retirées des eaux ou ramassées au bord du chemin étaient enterrées avec la pompe douloureuse que les circonstances imposaient ; et les veillées se répétaient l'épouvante de ces crimes, sans cesser de les confondre avec d'autres, si anciens qu'ils étaient depuis des générations passés à l'état de légendes.

Cependant les criminels opéraient toujours d'une manière spéciale et bien faite pour attirer l'attention. Ils étranglaient d'abord ; puis du haut d'un roc surplombant le torrent, ils précipitaient, après les avoir soigneusement dévalisés, les malheureux qu'ils avaient assassinés. Il est assez probable qu'ils ne se faisaient pas un souci énorme de savoir si la mort était bien due à leurs pratiques propres ou consécutive à la chute finale. Le principal était que leurs victimes ne revinssent pas vivantes. Ils furent satisfaits. On commença à les désigner avec effroi sous ce nom : 'les Etrangleurs des Alpes". Le cadre fit la gloire des criminels. Ils devenaient célèbres et ils allaient passer à leur tour au rang des bandits de légendes, quand la brigade mobile de Marseille, insensible au charme des récits fabuleux, s'étant emparée de l'affaire, procéda à quelques arrestations.

Ce n'était qu'une précaution, elle fut concluante et définitive. Le mécanicien Kléber Blanc, de Sisteron, et François Olive, cultivateur, sous les verrous, perdirent tout de suite l'assurance, l'énergie et la force qu'ils avaient gagnées au long des grandes routes. Blanc, le premier, avoua qu'ils avaient de concert assassiné le 17 juin 1909, un marchand ambulant nommé Delessert. Ils avaient retiré un bénéfice de 28 francs de cette opération.

Après ce crime, qui occupe cette première audience, il y en a d'autres, notamment celui de Gap, dont on parlera demain, dans lequel, avec Olive, qui parait être le chef de la bande, sont inculpés Eugène Gouzin, qui est borgne et sournois, et Marie-François Trouin, si pauvre qu'il comparait devant ses juges sous une défroque misérable, mais incomplète, de soldat.

François Olive est un finaud. Il affirme avec un regret apparent et une conviction forte l'évidence qu'il ne saurait nier ; mais dans la recherche des responsabilités, il se dérobe avec de tels accents de bonne foi que l'on pourrait s'y laisser prendre, si pour son malheur il n'avait pas été précédemment obligé d'avouer sur le chef principal. Il a trente-cinq ans, et son système de défense consiste à affirmer qu'en assassinant le pauvre Delessert, il obéit aux suggestions de kléber Blanc, qui est âgé de vingt-trois ans.

— Enfin racontez-nous, pour ce que vous en avouez au moins, le premier crime, dit le président.

— Voilà monsieur. Blanc en voulait à ce Delessert. Je ne sais pas pourquoi. Il me dit un soir à Sisteron : Tuons-le ! Je lui dis : Eh ! pourquoi tuer, un homme ? Ça ne se fait pas, voyons ! Alors voyant que je ne voulais, pas, il me dit : Viens, nous allons voler des poules. Moi, je venais de travailler tout le mois et je mangeais à l'hôtel. Je lui répondis : je n'ai pas besoin d aller voler des poules, puisque je suis a l'hôtel.

— Vous y allâtes, cependant...

— Pour lui faire plaisir !

Par amitié en effet, par amitié seulement, Olive, criminel avéré, partit le 27 juin avec son jeune ami Blanc. Ils allèrent ainsi jusqu'à Volonne, commune limitrophe de Sisteron, où c'était foire. Delessert, comme par hasard, se trouvait là. Tue-le ! Mais tue-le donc, lui dit Blanc. Et toujours par amitié, influencé et suggestionné, Olive se jeta sur Delessert et lui mit autour du cou ses lourdes mains. Quand Delessert ne bougea plus, toujours pour les mêmes raisons, Olive laissa une de ses mains allégées fouiller les poches du pauvre diable.

— Il y avait vingt-huit francs dans son porte-monnaie, dit-il, mais je n'en ai pas voulu accepter un sou ! J'ai tout laissé à Blanc, puisque c'est lui qui en voulait ! Une telle délicatesse après le crime a paru, suspecte ; mais Olive a juré ses grands dieux — ,et quels dieux ! ô mon Dieu ! — qu'il en était ainsi. Quel homme admirable ! Quel ami dévoué ! Non content d'avoir tant fait déjà pour son jeune ami, il chargea encore — car il est vigoureux — le cadavre du marchand , sur ses rudes épaules et le porta jusqu'au bord, de la rivière. L'eau coulait à quinze mètres environ au-dessous d'eux. Ce fut là que dans un dernier effort François Olive acheva de montrer son dévouement... Le corps de l'étranglé fut retrouvé quelques jours après à l'endroit appelé la Pierre-Taillée.

Blanc, prénommé Kléber, lui, c'est un gosse blême et stupide. Il pleure.

— C'est Olive qui en voulait à Delessert, dit-il, et c'est lui qui m'a entraîné.

C'est plus vraisemblable.

Et puis c'est lui, ajoute Blanc en pleurnichant, qui a tout fait.

— Ça c'est vrai, reconnaît Olive, avec un certain orgueil, en frisant sa moustache.

Plein de mépris pour ce complice imberbe et lâche il conclut :

— Il fallait bien. Il n'avait pas la force ! Mais j'ai eu tort tout de même de l'écouter.

— Alors il y aurait dans ce drame, dit le président, deux victimes : Delessert d'abord, puis vous.

— Oh ! oui, répond Olive, je suis une victime !

Mais il ne sut pas dire cela tout de même sans sourire, et l'effet en fut un peu atténué. Demain on examinera le crime de Gap qui remonte à 1905 et dont les circonstances sont dramatiques et pittoresques à la fois.

Le Matin – 16 mars 1910


EN BREF

Terrible lynchage de 3 assassins — Trois marchands de marne de Viesly (Nord), nommés Biron, Grassart et Colpin, se trouvant dimanche dans un estaminet de Bethencourt, se prirent de querelle avec un aide-maçon de la localité nommé Waxin et le maltraitaient avec une telle brutalité que le malheureux rendit le dernier soupir avant qu'ils eussent cessé de frapper. Après quoi ils rentrèrent chez eux, poursuivis par la rumeur publique. Les deux gendarmes qui se trouvaient à la caserne de Caudry — leurs camarades étant occupés aux grèves de Mœuvres — furent avertis et allèrent a Viesly mettre les trois marchands de marne en état d'arrestation, et hier à midi, une caravane composée du juge d'instruction, du greffier, d'un substitut, de deux gardes champêtres, des deux gendarmes et des trois prisonniers, arrivait à Bethencourt pour procéder à l'interrogatoire des témoins et aux constatations. Mais la population était tellement surexcitée qu'il fut impossible de faire descendre les trois individus de la carriole qui les transportait et qu'on dut tourner bride. Alors commença pour ces trois malheureux une épouvantable expiation. Tout ce qui put servir de projectile leur fut jeté à la face par cette foule en délire. Moellons, pavés, tessons de bouteille, chopes, etc. etc., lancés avec force eurent bientôt fait de crever la toile de la voiture et de mettre en sang les trois marchands de marne. Le voiturier se refusa à continuer de conduire dans ces conditions et les gendarmes furent impuissants à écarter la. population furieuse. Le maire de Bethencourt prit le cheval par la bride et, au bout de trois quarts d'heure, réussit à ramener à Caudry trois loques humaines que les gendarmes et deux ou trois autres personnes s'efforçaient de protéger. Biron et Grassart n'avaient plus rien d'humain. Affalés sur le plancher, qu'ils mouillaient de leur sang, ils poussaient quelques sourds gémissements. Colpin, le moins coupable dit-on, avait été un peu épargné et pouvait encore se tenir debout. Le Temps – 16 mars 1910

Italie Étrange catalepsie - A Crespina, un agriculteur suivant un étroit sentier, se découvrit en signe de respect et de dévotion devant une Madone qu'il, avait vue dans une niche. L'acte du paysan fut remarqué par un certain Giocomelli, robuste boucher de Crespino, qui, non seulement se moqua de l'homme, mais encore traîna son chien, qui l'avait suivi, devant l'image sacrée comme pour la lui faire baiser. Mais tout à coup, le jeune homme demeura immobile à la même place, dans un véritable état cataleptique. Les soins de ses compagnons et d'autres personnes accourues demeurèrent inutiles; on le mit dans une voiture et il fut transporté à son domicile. Grâce à l'œuvre de différents médecins accourus, l'état cataleptique du malheureux prit fin, mais celui-ci commença immédiatement à aboyer comme son propre chien, qui aboie sans discontinuer. Cet étrange phénomène a soulevé une énorme impression dans ces parages. L'Echo du Merveilleux – 15 mars 1910


Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires

Poster un commentaire