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11 avr. 10

Les actualité du 11 avril 1910

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Briand

M. Briand devant ses électeurs de Saint-Chamond – Vifs incidents

Saint-Étienne, 10 avril - Dès les premières heures de la matinée, la ville de Saint-Étienne participait déjà à l'animation de Saint-Chamond. A la gare de Chateauneuf, on voyait partir une foule de voyageurs et la station terminus du tramway départemental était assiégée, M. Briand, partant en automobile, suivait la route nationale où passe ce tramway; il y a onze kilomètres entre les deux villes, mais la route n'est sur la moitié du parcours qu'une sorte de boulevard entre deux rangées de maisons basses et grises. Une marmaille innombrable la couvre comme un vol de moineaux familiarisés aux sons des trompes. Donc, l'auto présidentielle ne pouvait forcer l'allure au surplus, on avait du temps avant le banquet fixé à midi.

En sortant de Saint-Étienne, nous passions à gauche de la mine aux mineurs de Morithieu, un des premiers essais de coopération tentés en France puis ce fut la ville de Terrenoire, si bien nommée. Deux kilomètres entre des monticules de scories, résidus des puits, sur une route qui semble une galerie de mine. Enfin, des arbres, des petits val- lons et de l'herbe une fugitive impression de banlieue, et les cheminées de Saint-Chamond se dressent comme de gigantesques poteaux indicateurs. Premiers drapeaux aux fenêtres. Virage à droite, salut des employés d'octroi. Le pavé. Les immenses bâtiments des Forges et Aciéries de la Marine. Une rue claire, des cafés parisiens beaucoup de drapeaux et d'oriflammes. Acclamations et coups de chapeau.

Pas de contre-manifestation, malgré toutes les affiches révolutionnaires que nous avions vues- sur les murs de Saint-Etienne et qui furent affichées dans toute la région. Un groupe d'amis et d'électeurs se précipite au-devant de la voiture de M. Briand. Le président du Conseil est au cœur de sa circonscription et nous voilà devant le manège où le banquet est organisé.

La salle est ornée de trophées de drapeaux tricolores et de guirlandes de feuillage. Sur les tables, des pancartes indiquent les places qu'occuperont pendant le repas les comités, groupements ou associations des différents cantons. De chaleureux applaudissements éclatent, lorsque M. Briand prend place à la table d'honneur. Tous les orateurs font l'éloge de la carrière politique et parlementaire de M.Briand, vantent son souci du sort des travailleurs, de la défense de l'école laïque et de sa connaissance de toutes les questions économiques et sociales. Ils disent qu'il a le souci constant de mettre ses actes en conformité avec ses paroles et qu'il peut dédaigner les injures et les attaques passionnées dont il est l'objet, parce qu'il a le sentiment du devoir accompli sans faiblesse et avec la plus entière sincérité. Pendant ces discours très applaudis, on entendit quelques cris très lointains dont la rumeur devint un peu plus vive lorsque M. Briand se leva et au milieu d'une ovation enthousiaste, prit la parole.

M. Aristide Briand le déclare tout d'abord à ses auditeurs ce n'est pas comme chef du gouvernement qu'il est venu au milieu d'eux, mais comme candidat désireux de s'entretenir avec ses étecteurs de la situation politique telle qu'elle est issue des résultats d'hier, et telle qu'elle ressortira des efforts de demain. M. Briand rappelle les circonstances difficiles dans lesquelles il a pris le pouvoir et, tout de suite, entre au vif du sujet .

Lorsque j'eus l'honneur d'être appelé à la présidence, du Conseil, les premières paroles que j'ai prononcées ont été des paroles de paix, des paroles de conciliation. Je ne m'adressais pas alors à telle ou telle catégorie de citoyens, mais à tous les citoyens indistinctement. Je les appelais à l'union, dans l'amour de la République, et je m'efforçais de leur donner cette conviction intime, conforme à la réalité des choses, que la République était le régime le mieux fait.pour donner à tous les citoyens la liberté, et, dans la liberté, la justice égale pour tous.

Mes paroles n'étaient pas un appel à je ne sais quelle confusion des idées et des partis, elles n'impliquaient pas un renoncement à des doctrines, elles ne signifiaient pas, comme certains l'ont prétendu, que je voulais l'embrassement de tous les Français dans la négation des programmes. Jamais une pareille pensée, aussi folle, confinant presque à la trahison, n'avait hanté mon esprit. Ce que je voulais dire, c'est que la République n'est la propriété d'aucune secte; elle n'appartient pas à des catégories d'individus qui auraient le droit de s'en emparer pour la mettre à leur service exclusif.

A ce moment, un tumulte hostile se produit hors de la salle du banquet. L'orateur attend que le bruit soit calmé, et, souriant, continue:

La petite manifestation dont vous venez d'être témoins atteste que si, tous ici, nous avons la notion exacte de la liberté, il reste encore, perdus dans la nature, des hommes qui ont besoin de l'acquérir. Mais de pareilles manifestations ne réussissent pas à nous faire changer d'opinion, à nous détourner de notre effort, de notre tâche. Il viendra bien une heure où les pires agités comprendront que l'idéal social ne réside pas dans de telles affirmations et que le vrai moyen de s'en montrer digne, avec quelque espérance de le réaliser, c'est de savoir respecter la liberté de ses concitoyens.

M. Briand en était au passage de son discours où il parle en termes si élevés du droit qu'ont tous les citoyens de jouir de la liberté dans un pays libre, lorsqu'une grêle de pierres s abattit sur les vitres du manège. Une centaine de révolutionnaires, dont depuis quelques minutes on entendait les cris, d'abord lointains, puis plus rapprochés, sont arrivés à la hauteur du manège et se livrent à la violente manifestation qu'ils n'avaient pu organiser au moment de l'arrivée de M. Briand à Saint-Chamond. On juge de l'émoi. Des carreaux du manège sont brisés et leurs éclats tombent sur les convives, sans les blesser. Les amis politiques du président du Conseil se précipitent au dehors où les manifestants les accueillent à coups de canne. Ils rentrent précipitamment, ferment les portes et au dehors la clameur des énergumènes continue, elle est couverte par les mille voix qui crient ''Vive Briand'' et applaudissent avec frénésie.

M. Briand, calme et souriant, se rassoit et, tranquillement, allume une cigarette en attendant que là manifestation se termine. Quelques gendarmes mandés à la hâte dispersent les manifestants et le silence se rétablit. M. Briand peut achever son discours.

Ce sont des révolutionnaires, des hommes qui prétendent avoir plus que d'autres la notion de leur dignité personnelle qui, plus que d'autres, veulent défendre leur liberté individuelle et, lorsqu'ils s'imaginent qu'un orateur, dans une salle de réunion, contrarie leurs goûts et leurs préférences, ils viennent jeter des pierres dans les vitres de cette salle, ce sont ces hommes, prêts à recourir aux moyens violents pour défendre leurs idées de liberté, qui conseillent à la nation, si elle était attaqués, de ne pas se défendre, de se laisser envahir, de se laisser opprimer et réduire à l'esclavage. Vraiment, c'est la propagande la plus illogique, la plus contradictoire, la plus absurde qui se puisse concevoir. Je constate avec une joie profonde qu'elle n'a pas pénétré le milieu des travailleurs. Ils ont compris qu'ils avaient des devoirs qui les rapprochaient des autres citoyens de ce pays. Ils sont ouvriers et français. Tous leurs efforts doivent tendre à la défense et à l'embellissement de la liberté de la République, au rayonnement de la France sur le monde entier.

Et c'est aux cris de ''Vive la France'' 'Vive la République!' que l'orateur, dans le tumulte d'une ovation prolongée, achève son discours. Il est quatre heures, le banquet est terminé et l'on se hâte vers la sortie. C'est à ce moment que les manifestations les plus sérieuses vont avoir lieu. Le manège où l'on a dîné se dresse au milieu d'un petit préau auquel on accède par une rue en pente assez forte, que l'on nomme rue de la Tuillière. Cette rue aboutit à une voie qui longe la ligne du chemin de fer. Pour se rendre a la gare et dans le centre de la ville, il faut tourner sur la gauche à angle droit. Cette disposition des voies d'accès est telle que, au bas de la rue de la Tuillière, sur la droite, un espace assez large et dominé par un talus forme un endroit propice pour une troupe résolue à empêcher l'accès de la rue qui conduit à la gare. C'est dans ce coin que s'étaient massés les révolutionnaires, armés de cannes et de revolvers; munis de sifflets à roulette. Ils attendaient, quelques-uns d'entre eux s'étaient approchés du manège par derrière et bombardaient de cailloux les citoyens qui sortaient du banquet.

Les amis du président du Conseil l'entourent alors. Les convives suivent. On voit du préau, par une porte assez étroite où l'on s'écrase, le cortège ou plutôt la foule pressée autour de M.Briand, qui commence à descendre la rue de la Tuillière. Il n'y a pas de service d'ordre ou plutôt, sur l'ordre du chef du gouvernement, on n'a pas voulu montrer les gendarmes. Les premiers rangs se heurtent aux anarchistes qui hurlent ''A bas Briand ! Conspuez ! Conspuez !''. Des coups de poing, des coups de cannés sont échangés. Un arrêt se produit du côté des républicains, d'autant plus que les pierres se mettent à pleuvoir et qu'elles tombent dru dans la masse qui entoure M. Briand, dont on semble viser le chapeau haut de forme.

Très calme, très maître de lui, le président arrête. Il déclare qu'il ne peut pas exposer ses amis à. être victimes d'une bagarre et, retournant en arrière, il regagne le manège où nous le suivons. Pendant ce temps, le maire de Saint-Chamond a donné l'ordre aux gendarmes à cheval une. vingtaine environ de déblayer la voie qui longe la ligne du chemin de fer. Dans le préau, on s'indigne. On dit qu il faut passer, coûte que coûte. Tant pis s'il y a des coups ''Allons-y'' déclare M. Briand, et de nouveau on redescend la rue de la TuilJière. Les incidents prévus se produisent. Des cailloux sont jetés, dans la dirction du Président. On échange force horions. Les gendarmes lancent leurs chevaux sur les manifestants. C'est un tumulte, un bruit épouvantable. Les sifflets redoublent.

De temps en temps, un coup sec déchire l'air c'est un revolver qui part. Puis, des cris furieux c'est un anarchiste, un tout jeune homme, dix-huit ou vingt ans, les yeux exorbités, qui insulte les représentants de la force publique. On s'élance vers lui. Il est roué de coups, puis mis en état d'arrestation. Sous le pont du chemin de fer, la manifestation devient plus violente. De tous côtés, on se bat. Aux cris de ''A bas Briand !'' s'opposent les cris frénétiques de ''Vive Briand ! Vive la République !''

Les paisibles bourgeois qui assistent de loin à ce tumulte sont indignés. Mais le cortège avance, malgré tout, encadré, protégé par les gendarmes. Devant le café du Chemin de fer, où stationne l'automobile du président du Conseil, il y a un arrêt brusque. Rapidement, on ouvre la portière. M. Briand, accompagné de M. Tissier, prend place dans la voiture, qui file aussitôt.

Dès son retour à Saint-Étienne, le président du Conseil a reçu, à, l'hôtel où il est descendu, la visite du préfet de la Loire qui lui a rendu compte des premières constatations faites à la suite des arrestations opérées à Saint-Chamond. M. Briand a exprimé le désir que seules fussent maintenues en état d'arrestation les personnes contre lesquelles des charges graves et précises ont été relevées. 

Le Figaro – 11 avril 1910


EN BREF

Un calvaire abattu par la tempête - Le calvaire du Folgoët (Finistère) a été abattu par une tempête. Un violent coup de vent a détaché du fût la lourde croix de pierre qui s'est brisée en tombant. Le Christ cependant est demeuré intact et aucune des statuettes qui garnissaient le piédestal, comme il est assez d'usage en pays breton, n'a été endommagée. Le calvaire qui vient d'être ainsi découronné est un des plus petits parmi les célèbres calvaires de Basse-Bretagne, mais c'est l'un des plus anciens. La croix qui a été abattue sera restaurée, et, d'après des renseignements recueillis sur les lieux on profiterait de l'occasion pur déglacer le calvaire tout entier. Journal des débats politiques et littéraires – 11 avril 1910

Le baptême des adventistes - Nous avons parlé, l'an dernier, des adventistes de la dernière heure qui annoncent la prochaine fin du monde et croient à l'immortalité des corps. Hier, sur les bords de la Marne, à la baignade Saint-Maurice, le pasteur de la nouvelle Eglise a donné le baptême selon saint Jean-Baptiste a trois nouveaux prosélytes à deux dames grisonnantes et à une brunette de dix-sept ans. Après un court sermon et une invocation, le pasteur, vêtu d'une redingote, a descendu les degrés qui conduisaient à la Marne. Il est entré dans l'eau et après avoir dit la formule liturgique qui confère la grâce, il à saisi successivement chacun des catéchumènes par la taille d'un mouvement rapide il a renversé le néophyte jusqu'à ce que l'eau eut recouvert pendant une seconde la poitrine et le visage. Un dernier cantique a clos la cérémonie et le groupe est allé s'attabler sur la terrasse de la baignade autour d'un déjeuner très frugal arrosé d'eau pure car un bon adventiste, doit, dès le jour de son baptême, s'abstenir de vin et de stimulants. Journal des débats politiques et littéraires – 11 avril 1910

Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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