CPA Scans

Collection de cartes postales anciennes numérisées en haute définition. Actualités d'époque. Histoires insolites.

22 avr. 10

Les actualité du 22 avril 1910

T_Roosevelt

mars 1910 21 avril 1910   avril 1910   23 avril 1910 mai 1910

Roosevelt à Paris

Il n'est décidément pas de sort plus enviable que celui d'ancien président de la république lorsqu'on s'appelle Théodore Roosevelt. On est choyé, fêté, acclamé : on ne subit plus les vicissitudes du pouvoir et l'on en goûte encore toutes les satisfactions : on est Roi sans couronne et Roi d'un pays qui revendique pourtant comme une de ses plus nobles conquêtes le principe de l'égalité entre citoyens.

Ces réflexions me venaient à l'esprit, hier matin, en contemplant les préparatifs auxquels on procédait en vue de l'arrivée de notre hôte. Le protocole ne s'était encore jamais trouvé en présence d'une situation aussi embarrassante : M. Roosevelt n'est plus un personnage officiel, il est néanmoins M. Roosevelt ; c'est-à-dire un personnage considérable : l'ignorer eût été un manque de tact et une mesure impolitique au premier chef : le recevoir en chef d'Etat eût été une faute de goût et un acte singulièrement blessant pour le président en fonctions M. Taft.

Après mûre réflexion et force conciliabules on se décida pour le cérémonial numéro deux, si j'ose dire : le demi-gala : celui que l'on réserve aux incognitos royaux. On échelonna donc des gardes républicains le long du quai ; on sortit le traditionnel tapis rouge, les plantes toujours vertes. M. Mollard se résigna à ne revêtir qu'une redingote, M. Fallières dépêcha un officier d'ordonnance, et M. Lépine, toujours alerte, vint plutôt en curieux qu en préfet de police attendre l'homme du jour.

Mais à défaut d'uniformes, sur ce quai enveloppé encore de brumes matinales, un joli groupe de frais visages, d'élégantes et jeunes silhouettes apportait une diversion charmante, joyeuse et bruyante à la solennité morne des hauts de forme et des paletots sombres. Autour du très sympathique ambassadeur des Etats-Unis, M, Robert Bacon, un essaim de ravissantes Américaines s'empressait anxieux de souhaiter la première bienvenue au grand "Teddy".

Puis, vers sept heures et demie, un train siffla, pénétra à grand fracas dans le hall vitré et vint stopper le long du quai. Dans l'avant-dernier wagon, à une portière, une tête coiffée d'un feutre mou, puis deux bras qui s'agitaient, parurent... C'était lui. M. Roosevelt n'est pas le colosse que les objectifs grandissants des photographes d'outremer nous représentent : sa taille est à peine au-dessus de la moyenne ; sa carrure, en revanche, est puissante, l'aspect est vigoureux ; la face, large, s'éclaire d'un sourire agréable, les yeux pétillent derrière les verres d'un lorgnon solide, qui lui donnent l'allure d'un professeur, d'allemand ; et le shake-hands est vigoureux.

M. Robert Bacon en sut quelque chose ; M. Kermit Roosevelt, le fils du sympathique voyageur, qui l'attendait, ainsi que M. Jusserand notre ambassadeur à Washington, aussi. M. Roosevelt échangea, en effet, avec ces messieurs de chaleureuses poignées de main ; après quoi il s'entretint très cordialement avec les représentants du gouvernement et toutes les personnes présentes. Puis il se dirigea vers l'automobile de l'ambassadeur des Etats-Unis, qui l'attendait dehors pour l'emmener à l'hôtel de la rue François-Ier.

M. Roosevelt n'avait ni lions en laisse, ni rhinocéros dans ses bagages. Cela parut surprendre les petites ouvrières du quartier, qui s'étaient attardées pour le voir passer. Mais la foule l'acclama de bon cœur. Elle acclamait en lui l'homme le plus populaire de l'univers à l'heure actuelle, le héros de ce roman mouvementé, pittoresque et passionnant que fut sa vie, le bel exemple de sagacité politique que fut sa présidence.

Sa personnalité est, en effet, intéressante entre toutes, non seulement par l'originalité qu'elle accuse, mais surtout par la haute estime qu'elle a su inspirer. Son œuvre est pour nous une éloquente leçon d'énergie, d'activité et de volonté. Ce sont des qualités qui commandent le respect, tant elles sont rares à notre époque. Aussi bien M. Roosevelt trouvera-t-il en France l'accueil le plus cordial.

Le Gaulois – 22 avril 1910


EN BREF

L'homme nu - Il y a dans Paris un homme qui prend 1e Palais de Justice pour le paradis terrestre. C'est donc un fou, évidemment. Cet optimiste aime, en effet, errer dans 1es couloirs du Palais, nu, absolument nu. C'est chez lui un habitude. Il a déjà, il y a quelques mois, visité, en cette tenue spéciale, les couloirs de la Cour d'assises. Ce jour-là, on l'a rhabillé en hâte et conduit à l'infirmerie du Dépôt. Cet adamite n est pas dangereux, puisqu'on l'a, en effet, relâché, et hier il est de nouveau venu rendre visite aux avocats. L'homme nu c est ainsi qu'on l'appelle, car on ignore son nom, sa profession, on ne connaît de lui que sa nudité l'homme nu, hier, est revenu reprendre le cours de ses promenades. Il connaît son Palais; il sait qu'il y a des coins et des recoins d'ombre qui lui serviront de vestiaire pour se déshabiller. Les environs de la Cour d'assises ont ses préférences. Il y a là, en effet, une petite Chambre solitaire, la 7e Chambre, où, à partir de deux heures, on ne plaide plus guère. L'homme arrive tranquillement, tout habillé, pousse la porte, se cache derrière et, en quelques secondes, enlève ses vêtements; soudain il devient l'homme nu. Dès qu'il est nu, il crie. Hier, on l'entendait appeler ''à l'assassin'' et ''Elise! Elise!'' II n'y avait pas d'assassin et pas davantage d'Elise. Mais deux gardes du palais survinrent qui aperçurent l'homme nu, leur vieille connaissance, en train de casser des carreaux à coups de poing. Ses mains étaient ensanglantées. Tout d'abord, les gardes voulurent le prendre par la douceur ''Allons, voyons, soyez calme. Rhabillez-vous''.''Non, je suis nu. Je veux rester nu !'' Bien vite on alla au vestiaire chercher une robe d'avocat pour voiler le pauvre fou. C'est la seconde fois qu'on emprunte pour habiller l'homme nu une robe du vestiaire. Bientôt sans doute il y aura un rayon spécial de peignoirs de bains pour hommes nus. Le fou grelottait; il avait choisi en effet un bien vilain temps. Et il finit par se laisser habiller par les gardes du Palais qui avaient retrouvé ses vêtements derrière une porte. On le conduisit au Dépôt. On va le garder quelque temps, puis on le relâchera. L'homme nu reviendra sans doute au Palais appeler ''Elise'', et cela durera ainsi tant que vivra l'homme nu ou tant que nous aurons l'habitude de nous habiller. Le Figaro – 22 avril 1910

chasse au taureau

Une corrida dans les rues de Limoges - Limoges, 21 Avril - Une vache faisant partie d'un troupeau qu'un garçon boucher était allé chercher en gare des Charentes, s'est échappée, ce matin, et a parcouru à une allure folle plusieurs voies et places les plus fréquentées de la ville. Sur son passage, la bête affolée a renversé de nombreuses personnes qui ont été plus ou moins contusionnées. L'une d'elles, un cultivateur des environs, M. Javelaud, a été atteint d'un coup de corne. Le blessé a été conduit dans une pharmacie où il a reçu les premiers soins. Son état n'est pas grave. Le Petit Journal – 22 avril 1910

Double suicide en taxi-auto - Pacy-sur-Eure, 21 avril— Hier soir, verts neuf heures et demie, une voiture automobile s'arrêtait dans un hôtel de Pacy-sur-Eure. Le conducteur et une femme qui avait pris place dans la voiture prenaient une consommation. Trois quarts d'heure après, la voiture repartait, sans que rien dans l'attitude des consommateurs eût pu faire supposer la tragédie qui devait se dérouler quelques instants après. Un charretier qui, ce matin à cinq heures se rendait à son travail, rencontra le taximètre arrêté sur le bord de la route et ne s'en préoccupa pas. Le soir, en s'en revenant, le charretier s'aperçut que la voiture était encore à la même place. Pris d'inquiétude, il prévint la gendarmerie, qui se rendit immédiatement sur les lieux. Dans l'intérieur de la voiture, deux corps gisaient. La femme, la tête percée de deux balles de revolver; avait cessé de vivre. L'homme, le chauffeur, la tempe également trouée d'une balle, respirait encore. On transporta en toute hâte le blessé et la morte à l'hôpital. On n'a trouvé sur les désespérés que des papiers sans importance, ne permettant pas d'établir leur identité. Sur l'automobile, portant l'inscription 910-X-3, se trouve une plaque avec ces mots: "Second, Enghien-les-Bains ". La gendarmerie continue son enquête. Le Matin – 22 avril 1910

Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires

Poster un commentaire