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29 avr. 10

Les actualité du 29 avril 1910

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Paulhan rallie Londres à Manchester et remporte le prix du Daily Mail

Paulhan avant le depart

uk C'est encore un grand triomphe pour la France que cette victoire remportée de l'autre côté de la Manche par l'aviateur Paulhan, qui au premier essai, sans hésitation, sans faiblesse, s'en est allé au-dessus des villes, en aéroplane, de Londres à Manchester. Déjà un autre Français — le premier lui aussi — avait traversé le détroit. Il était parti par l'atmosphère, de la terre de France sur la grande île anglaise. Paulhan, avec le même calme, la même insouciance du danger, la même crânerie, a voulu comme continuer plus loin encore ce premier vol historique de Calais à Douvres.

Nulle tentative n'était plus dangereuse, car nul exploit jusqu'à ce jour ne peut être comparé à cette randonnée aérienne qui débute par l'agglomération londonienne, pour se continuer vers Watford, Wolverton, Rugby, Lichfield, Stafford et Crewe au dessus de contrées où la population est très dense et de cités industrielles qui se succédaient et qui offraient à l'aviateur français pour tout atterrissage la forêt des cheminées d'usines dont la fumée obscurcissait le ciel. Paulhan a vaincu tout cela. Son appareil était arrivé hier matin à Londres. Douze heures après il partait, et aujourd'hui à l'aube il atterrissait aux portes de Manchester.

Nous avons dit il y a deux jours l'échec qu'avait subi l'aviateur anglais Graham White, lequel avait été arrêté par le froid dans une première tentative. L'aéroplane avait même été quelque peu endommagé à son second atterrissage et Graham White était revenu à Londres pour se préparer à nouveau. Mais en même temps que, lui arrivait à Londres Paulhan, décidé à partir coûte que coûte; et ce fut un véritable match entre l'aviateur français et le pilote anglais, dont Manchester était le but, et le prix de 250,000 francs du Daily Mail la récompense.

On sait que les conditions du prix étaient les suivantes : Le vol pouvait commencer à tout endroit choisi par le concurrent, toutefois, au cours de l'épreuve l'appareil devait passer dans un rayon de cinq milles des bureaux du Daily Mail à Londres et a Manchester respectivement. Le vol devait être accompli dans l'espace d'une journée de vingt-quatre heures, et le concurrent ne pouvait atterrir que deux fois.

Arrivé hier matin à Londres, Paulhan dont l'envoi de l'appareil avait été retardé par le chemin de fer, faisait procéder hâtivement à son montage, Graham White, stimulé, procéda de même, et dans la matinée les aviateurs se rendirent visite. Tous deux firent d'ailleurs montre de la plus parfaite courtoisie et décidèrent très sportivement de ne partir que sur le soir, alors que le vent tombe et que la sécurité des vols s'accroît. Puis Graham White dit adieu à son adversaire en lui exprimant ses vœux, celui-ci lui formula ses souhaits et l'aviateur anglais s'en fut prendre avant l'effort qu'il devait accomplir un repos utile.

L'après-midi se passait. Le temps devenait non, pas calme, mais moins menaçant. Le montage de l'appareil de Paulhan était depuis longtemps terminé. Paulhan, puisque le soir venait et conformément à sa promesse, résolut de partir. A cinq heures vingt une foule énorme attendait, enthousiaste et frémissante aux environs de Londres. A cinq heures trente et une, exactement, il s'élevait de Hampstead, faisait un crochet au-dessus de la ligne de départ, s'élevait vite, tout en s'éloignant rapidement dans le ciel au milieu des hourras qui l'acclamaient.

Il gagnait aussitôt la ligne du North Western. Railway, guide indicateur de sa route, qu'il devait suivre jusqu'à Manchester, et bientôt disparaissait dans le lointain. On apprit dans la soirée qu'il avait atterri à Trent Valley, à 187 kilomètres du départ, à 8 h. 10 du soir. Voici du reste le récit que fit Paulhan de cette première partie de son voyage ;

Après avoir pris congé de ma femme, je sautai sur mon siège et quittai Hendon à 5 h. 31 exactement. Trouvant que tout allait bien à bord et que ma machine marchait admirablement, je m'élevai rapidement. Au-dessus du cimetière de Hampstead je montai à 90 mètres et j'aperçus en bas les mouvements du drapeau de départ. En arrivant au-dessus de la voie ferrée, je me plaçai à une altitude de 120 mètres. Les trains me servaient de guide. Je distinguais leur fumée et pus me maintenir facilement dans l'axe du chemin de fer. Il faisait froid, terriblement froid. Le vent me mordait la figure, mais pour m'encourager je me mis à siffler et à chanter.

Après une heure de parcours la pluie s'en mêla. D'instant en instant elle précipita sa chute. Il me devint impossible de rien voir. J'étais aveugle. Allais-je descendre? Jamais de la vie! Et bientôt la pluie cessa. Au loin j'aperçus une ville assez étendue. Ma carte m'indiqua Rugby. Le sifflet d'un train se fit entendre au-dessous de moi; c'était mon train spécial d'où ma femme agitait un mouchoir. J'en fis autant de mon côté et criai des compliments à ma femme, mais autant en emportait le vent, si je puis dire.

Après Rugby je ne pus plus voir mon train, mais je remarquai des gens attendant mon passage et mon cœur bondissait de joie à la vue des saluts qu'ils m'envoyaient de la main. Mais l'obscurité augmentait et comme une grande ville s'offrait tout près, je résolus d'atterrir. Comme il n'y avait pas d'arbres à redouter, je piquai droit sur un champ près du chemin de fer et descendis tout de go. Le froid était si vif que j'étais transi et l'on dut me frictionner tout à travers le corps. J'avais du pétrole plus qu'il n'en fallait pour continuer mon vol. Ma plus forte altitude a été peut-être 300 métres, mais ma moyenne a été de 250 mètres. J'ai été enchanté de mon appareil.

De son côté, Graham White n'était pas resté inactif et à son tour, à 6 h. 32 hier soir,—une heure après Paulhan, — il quittait Wormwood Scrubs aux environs de Londres. A 6 h. 50, il passait au-dessus de Watford, où Paulhan était passé à 5 h. 52. A 7 h. 50, il était à Wolverton, ayant encore perdu du terrain sur son concurrent. Enfin, à 8 heures, à peu près en même temps que Paulhan, Graham White atterrissait à Roade, près de Northampton, n'ayant couvert que 300 kilomètres environ. Ce matin, à 2 h. 50, l'aviateur anglais reprenait l'atmosphère, s'éclairant à l'aide de phares. Une heure après il passait au-dessus de Nuneaton et poursuivait son vol vers Manchester quand il se vit obligé d'atterrir à Polesworth, soit à 171 kilomètres de Londres. Paulhan, que l'avance prise par lui la veille rendait confiant, prenait pendant ce temps à Lichfield un repos mérité. Moins de 100 kilomètres lui restaient à parcourir pour triompher et ce ne fut qu'à quatre heures du matin que l'aviateur français se décida à reprendre son vol.

A quatre heures quinze il s'élevait, filait droit sur Stafford qu'il atteignait à quatre heures cinquante, et trois quarts d'heure après, exactement à cinq heures trente deux minutes, l'aviateur français atterrissait à Didsburg, localité située aux portes de Manchester et choisie par lui comme point terminus du parcours. Paulhan paraissait tout étourdi et semblait se rendre difficilement compte de la situation. Tandis que la foule l'acclamait, quelques agents de police l'accompagnèrent au train spécial qui l'avait suivi depuis Londres. Immédiatement après, le train fila sur Manchester.

Le Temps – 29 avril 1910

EN BREF

Un détraqué candidat — Dans le 17e arrondissement, il se produit un incident amusant. Un M. Cosnard, qui croit être le député de la Seine de ce nom, s'attribue le succès que celui-ci a obtenu au premier tour et couvre d'affiches les murs de sa circonscription pour remercier les électeurs des voix qu'ils lui ont données et pour exposer son programme. Il signe : "Cosnard, député de la Seine". Ce qu'il y a de plus curieux, c'est que sa bonne foi est entière : il croit vraiment qu'il est M. Cosnard. Il a écrit à la fille de celui-ci une lettre pour lui réclamer le montant de l'indemnité parlementaire, qui est, dit-il touchée à son détriment par la famille de son homonyme. Le candidat aux élections législatives, le vrai M. Cosnard, est fort ennuyé de l'immixtion de ce détraqué dans la lutte électorale. Le Temps – 29 avril 1910

Une chasse au loup dans Paris - Sur la place de Breteuil se dressent les carcasses de quelques baraques foraines qui, la semaine prochaine, resplendissantes de lumières, étourdissantes de cris et de musique, feront la joie des badauds. Hier après-midi, le gardien d'une ménagerie, procédant au nettoyage des cages, eut la maladresse de laisser échapper un superbe loup de Sibérie, qui, profitant de cette liberté inespérée, se mit à gambader folâtrement sur la place. Mais les cris de : "Au loup ! Au loup ! " retentirent de tous côtés. Bientôt de courageux citoyens se précipitèrent vers l'animal qui, affolé, prit sa course dans la direction de l'avenue de Ségur. Et la chasse commença. La meute, sans cesse grossissante, des poursuivants descendit en vitesse l'avenue, tandis que le malheureux loup, absolument terrorisé, serrant la queue et couchant les oreilles courait de plus belle. Filant entre les voitures, se jetant dans les jambes des passants qui n'avaient pas le temps de se garer, il renversa un malheureux soldat qui, sans penser à mal, examinait les devantures. Le loup courait, courait toujours ; si bien qu'il finit par échapper à ses poursuivants et disparut dans la direction du bois de Boulogne. Il fut impossible de retrouver sa trace. Le Matin – 29 avril 1910



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