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01 mai 10

Les actualité du 1er mai 1910

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Le 1er mai se déroule dans le plus grand calme

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Premier mai bourse du travailParis, 1er mai — Les mesures d'ordre sévères prescrites pour parer aux éventualités, dont nous annonçaient les révolutionnaires de la C G. T., ont produit tout leur effet. Déjà, dans l'après-midi d'hier, on constatait du flottement parmi les syndicats turbulents. La réponse énergique faite par le président du conseil aux délégués de la C. G. T. finit par intimider les groupes qui voulaient persévérer quand même dans leur projet d'une manifestation au Bois de Boulogne. Puis, dans la nuit, l'Union des syndicats rédigeait la proclamation suivante, qui a été distribuée ce matin, au lever du soleil, dans les faubourgs :

Evitons le massacre. Camarades, Comme tous les ans, l'Union des syndicats avait décidé de célébrer le 1er mai et, cette fois, s'inspirant de ce qui se fait couramment en Angleterre, notamment à Trafalgar-Square et à Hyde-Park, elle avait pensé qu'une manifestation semblable pourrait avoir lieu au Bois de Boulogne. Mais elle avait compté sans le gouvernement actuel, dans lequel trois de ses anciens camarades, élus des mares stagnantes, échappés du socialismes et adeptes de la bourgeoisie, régnant en maîtres. En effet, sous le ministère Briand, ce qui est permis dans les pays monarchiques est rigoureusement interdit sous le régime républicain.

Cette constatation résulte précisément des déclarations que M. Briand, par l'organe de son sous-ordre M. Huart, a fait hier soir aux délégués de l'Union des syndicats. De cet entretien il ressort d une façon évidente, pour tous ceux qui y assistaient : 1. Que les soldats ont reçu l'ordre de tirer sous le moindre prétexte et même sans aucun prétexte ; 2. Que M. Briand voulant à toute force sauver la société d'un péril imaginaire, veut avoir aussi son Draveil-villeneuve-Saint-Georges. Dans ces conditions. l'Union des syndicats a décidé de ne pas tomber dans le piège meurtrier que lui tend le Gouvernement. Elle décide que les manifestations de Boulogne n'auront pas lieu et engage tous les travailleurs à ne pas s'y rendre, mais à aller simplement se promener sur les boulevards.

Dès qu'il a connu la suprême décision des meneurs de la C G. T., le préfet de police a rapporté toutes les mesures qu'il avait prises la veille, tous les ordres qu'il avait donnés en vue de la concentralisation des troupes autour du Bois de Boulogne. A 10 heures, il réunissait colonels et chefs d'escadron, ainsi que commissaires divisionnaires, pour leur annoncer ce changement et leur donner des instructions nouvelles.A l'issue de cette conférence, M. Lépine a communiqué à la presse la note suivante: Les grands boulevards seront gardés militairement par des troupes massées dans les rues qui y aboutissent, ces troupes se tiendront prêtes à intervenir le cas échéant.

Durant toute la matinée, le temps est resté maussade, gris et frais, comme l'an dernier d'ailleurs. Jusqu'à 11 heures, le centre de Paris est demeuré à peu près désert. Le long des devantures fermées, c'est à peine si quelques groupes d'étrangers et de provinciaux déambulaient d'un pas de flâneur. Les marchands de muguets qui, d'habitude fourmillent le 1er mai sur tous les boulevards, étaient plus que rares. Sur les trottoirs, sous les arbres, aux branches desquels pointent timidement les première bourgeons, peu de flâneurs. De loin en loin, un gardien de la paix fait pacifiquement les cent pas entre deux kiosques.

Dans les faubourgs, comme toujours, l'animation est plus grande. Mais les guinguettes sont vides. Leurs clients habituels sont partis. Les uns, militants convaincus, se sont acheminés vers les lieux de réunions syndicalistes, où ils comptent recevoir le mot d'ordre pour la grande manifestation du 1e mai. Les autres, comme les midinettes, ont jugé plus prudent et plus gai de partir simplement vers un coin fleuri de la banlieue. Et c'est là toute la physionomie de Paris, au moins jusqu'à midi.

Car, après le déjeuner, des badauds se montrent sur les boulevards, dans l'espoir que les manifestants ayant renoncé au meeting du Bois de Boulogne, se rattraperont au moins par une procession, qui vaudra aux spectateurs la vue toujours intéressante des gardes républicains et des cuirassiers, chevauchant de la Madeleine à La Bastille. A partir d'une heure, les nouvelles dispositions arrêtées d'un commun accord par le, préfet de police et l'autorité militaire, ont été mises à exécution. Sur la ligne des grands boulevards de la Madeleine à la Bastille, les troupes prennent position des points les plus importants. A la Madeleine un peloton de gardes républicains à pied surveille la direction de la Concorde où sont massés le 89e de ligne et le 8e cuirassiers. L'Opéra est gardé par le 46e de ligne.

Les Boulevards présentent une physionomie inaccoutumée. Tous les carrefours sont occupés militairement. Les cuirassiers assurent le service d ordre rue Montmartre et Porte St-Martin. La place de la République est occupée par deux sections du 51e de ligne, un peloton de cuirassiers et une cinquantaine d'agents de police. La circulation n'est pas interrompue et les passants circulent librement. A une heure et demie, il n'y a pas plus de monde sur la place de la République que les jours habituels. A la Porte St-Denis, on met un bataillon du 31e de ligne. Vers 3 heures, des gardes municipaux à cheval occupent la rue du Château d'Eau devant la Bourse du travail, où il n'y a d'ailleurs personne... Place de la République, les cuirassiers font continuellement le tour de la place. Cette manœuvre attire de nombreux curieux. Mais aucun incident a signaler. Les Champs-Elysées ont conservé leur aspect habituel. A 2 heures, sur la place de la Concorde las troupes évoluent. L'infanterie coloniale et les agents montent vers l'Arc-de-Triomphe La Palais-Bourbon est gardé. Avenue Marigny, devant le Jardin de l'Elysée un escadron de cuirassiers est au repos.

Place de l'Etoile, les voitures vont comme d'habitude vers le bois. Avenue de Grande-Armée et du Bois, le mouvement est encore plus intense et le nombre des curieux sur les fortifications est incalculable. A la Porte Maillot des agents et des gendarmes sont groupés, et au fur et à mesure qu'on avance dans le Bois, ce ne sont que mouvements de troupes. Les manifestante sont par petits groupes accompagnés de beaucoup de femmes Ils ont presque tous l'églantine à la boutonnière. Malgré le contre-ordre donné aux militants syndicalisés par l'Union des syndicats, des manifestants, terrassiers pour la plupart, se sont rendus au Bois de Boulogne. Ils ont la boutonnière ornée de l'églantine rouge, marchant d'un pas lent dans le plus grand calme, et se disséminent dans toutes les allées du Bois.

Cependant, la troupe arrive et va prendre position aux alentours du Tir aux pigeons. A 2 h. 30 une partie de l'allée des Acacias est occupée par le 13e dragons. Le 21e d'infanterie coloniale va se mettre à la cascade. Puis, voici la garde républicaine suivie d'un escadron de cuirassiers et de deux brigades d'agents, le revolver en bandoulière A 2 h. 30, de nombreux promeneurs envahissent le Bois. La physionomie en est des plus mouvementées. Elle rappelle le traditionnel défilé, au moment du retour des troupes les jours de grande revue. Par groupes de huit et de dix, les manifestants continuent à arriver. Ils échangent des coups d'oeil significatifs. On prévoit qu'ils n'attendent que le moment de se rassembler et d'agir À la Croix-Batelan, le 27e dragons est massé. A 3 heures, l'affluence grandit toujours, et la foule occupe principalement la route de Madrid au lac. On circule difficilement. Sur l'ordre de l'officier, on fait circuler la foule qui grossit d'instant en instant.

A 3 h. 15, M. Orsatti, commissaire divisionnaire, organise un service d'ordre. Sur la route de Longchamps, des cinématographes enregistrent les différents mouvements de la foule, et une nuée de reporters photographes prennent position. Les manifestants forment sur la pelouse des petits groupes, qui ne sont pas encore inquiétés. A 4 heures, arrive M. Touny, qui donne ordres à M. Orsatti d'envoyer des renforts dans la direction du Champ de courses. Toutes tes portes du Bois sont gardées militairement. A 4 heures et demie, le mouvement se dessine. Les groupes de manifestants se rapprochent. La porte de Madrid semble être le point de concentration. Les manifestants envahissent le Champ de tir, en passant par dessus les grilles. L'Internationale éclate de toutes parla. La police semble laisser faire les manifestants. Elle n'intervient pas. Elle ne tente même pas d'empêcher la foule de franchir la grille du Tir aux pigeons.

L'Ouest-Eclair – 2 mai 1910


EN BREF

us-1908 Match de boxe mortel - San-Francisco, 30 Avril. Au cours d'un match de boxe entre Moran (Angleterre) et Mac Carthy (Etats-Unis) ce dernier a été terrassé d'un coup de poing et a expiré quelques heures après. Moran est un des meilleurs poids légers anglais. En rentrant d'Amérique, il doit même rencontrer Jim Driscoll, pour le titre de champion du monde des poids légers. Ce match se disputera au pays de Galles. Le nom de Mac Carthy est encore plus connu. Ce boxeur a combattu de très nombreuses fois en Amérique et, cela va sans dire, il était, lui aussi, un poids léger. Moran a été arrêté. Dernièrement, au Wonderland de Londres, semblable accident était déjà arrivé: un boxeur, très connu en France, Curly Watson, mourut une heure après un combat à la fin duquel il avait reçu un coup à la mâchoire. Le Petit Journal – 1e mai 1910

Missionnaires dévorés par des anthropophages - Seattle 30 avril — Le trois-mâts barque américain Mary-Winkelman, qui vient d'arriver à Seattle, venant des îles Tonga rapporte que deux missionnaires presbytériens, les révérends Horatio Hopkins et Hector Macpherson, ont été mangés par des cannibales de l'ile Savage. Le capitaine du Mary-Winkelman ajoute que les indigènes des iles Tonga, de la Société, Salomon et Cook paraissent revenir a leurs anciennes coutumes et font des festins de chair humaine. Le Matin – 1e mai 1910

Une noce en voiture à bras- Dédaigneux du landau vulgaire et jugeant l'automobile trop onéreuse, M. Duportail, ébéniste, et sa fiancée, Mlle Bertucci, résolurent hier le délicat problème de se faire véhiculer à bon compte, alors que M. Rabier, adjoint au maire du douzième arrondissement, venait de célébrer leur mariage. C'est devant une foule d'au moins six cents personnes fort amusées que les nouveaux époux et leurs témoins prirent place dans une voiture à bras, louée 30 centimes l'heure chez un voisin. Des bouquets de lilas blanc, ornaient le char nuptial. Des fleurs s'accrochaient sur la redingote grise de M. Duportail et brochaient la robe kaki de l'épousée. Puis, au milieu des acclamations, on partit au grand... galop d'un ami robuste, qui déposa chez un marchand de vin de la rue de Charenton la noce, cependant que le rapide clignotement des objectifs préservait de l'oubli les épisodes fugaces de cette heureuse journée ! Le Matin – 1e mai 1910

Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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