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03 mai 10

Les actualité du 3 mai 1910

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Scènes d'émeute à Dunkerque

Dunkerque bourse du travail

Dunkerque, 2 mai — De graves incidents se sont produits aujourd'hui. On sait que depuis plusieurs semaines les ouvriers du bâtiment ont décrété la grève générale. Ce matin à onze heures et demie, à l'issue d'une réunion à la Bourse du travail, les grévistes se disposaient à former leur cortège habituel, quand le commissaire central vint les avertir que toute manifestation était interdite. Les rues étaient barrées par des cordons de cavalerie et de gendarmerie que les manifestants voulurent rompre. Une courte bagarre s'engagea au cours de laquelle le cheval d'un lieutenant de dragons reçut un coup de couteau au poitrail. Le cheval tomba, entraînant l'officier, qui se releva sans mal. En même temps un gendarme était désarçonné.

Les dragons et les gendarmes chargèrent alors au petit trot, sabre au fourreau. Mais la charge renversa néanmoins un certain nombre de manifestants, et notamment un nommé Poulain, qui fut relevé après le passage des dragons, la face ensanglantée et portant à la tête les traces d'un violent coup de pied de cheval. Trois ou quatre autres ouvriers, et notamment les nommés Siollet et Masset, furent également renversés, mais ils se relevèrent sans mal ; Poulain, plus gravement atteint, fut emporté par ses camarades.

Les grévistes se rendirent alors à la Bourse du travail, où de violents discours furent prononcés. Une délégation alla demander au sous-préfet, M. Bonhoure, de faire rompre les barrages de troupes. M. Bonhoure acquiesça. Mais pendant ce temps un certain nombre de grévistes s'étaient rendus sur le port et avaient averti les dockers de ce qui venait de se passer, leur demandant de se solidariser avec les ouvriers du bâtiment. Les dockers cessèrent aussitôt le travail et se formèrent en cortège pour se rendre à la Bourse du travail. M. Terquem, maire de Dunkerque, essaya vainement de haranguer les grévistes et de les ramener au calme.

A ce moment, le bruit se répandit, que Poulain était mort. Un nouveau cortège s'organisa, précédé de placards sur lesquels on lisait : Nous voulons venger Poulain. Trois bandes de grévistes se répandirent alors à travers la ville. L'une, sur son passage, démolit un hangar où s'abritaient des dragons. Elle renversa à travers les rues des camions, arrêta les tramways et en fit descendre les voyageurs. Une autre bande se rendit devant la gendarmerie et injuria les gendarmes de service. Deux ou trois arrestations furent opérées.

Enfin une troisième colonne de manifestants gagna les principales usines de Dunkerque et arrêta le travail à l'huilerie Marchand, aux chantiers Bourdrel, aux chantiers de France, à la scierie Dubuisson et à la filature Weil. Une bande de grévistes voulurent également se rendre à la filature de Saint-Pol-sur-Mer, mais changeant de route, ils s'en vinrent envahir la gare, où de graves bagarres se produisirent.

Il était six heures du soir quand les grévistes, au nombre d'environ trois mille, envahirent la cour de la gare en passant par la petite vitesse. Ils poussèrent devant eux les wagons qui les gênaient et traînèrent sur les quais un camion chargé de vieille ferraille. Ils s'armèrent de morceaux de de chopes prises dans les estaminets voisins, et se mirent à faire pleuvoir ces projectiles sur les cavaliers du 21e dragons qui se trouvaient dans la cour.

Les soldats montèrent à cheval et chargèrent les assaillants. Ceux-ci se réfugièrent derrière les voitures, dont ils firent des barricades. Trois fois les soldats revinrent à la charge sous une pluie de projectiles. Plusieurs d'entre eux furent désarçonnés. Quatre chevaux s'enfuirent sans cavalier. Mais à ce moment un nouveau peloton de dragons, arrivant par derrière, prit les manifestants à revers et les dispersa. Au cours de ces nouvelles charges, deux soldats se heurtèrent, et le cheval du brigadier Victor Gay tomba, entraînant sous lui son cavalier. Enfin le maire arriva, se plaça résolument entre les manifestants et la troupe, et les grévistes se retirèrent.

Un meeting de grévistes a été tenu ce soir à la Bourse du travail. Au cours de ce meeting, après de violents discours, la grève générale de toutes les corporations, y compris les ouvriers de l'alimentation, les compositeurs et les imprimeurs de journaux, a été décidée pour demain. De nouveaux incidents se sont produits dans la soirée. Une bande s'est portée devant une scierie, menaçant d'y mettre le feu. On a fait venir en hâte des troupes pour garder l'usine. M. Vincent, préfet du Nord, est parti ce soir pour Dunkerque. On a dirigé en hâte sur cette ville deux cents gendarmes de la première légion, deux escadrons de dragons, deux escadrons de cuirassiers et un régiment d'infanterie.

Quatre gendarmes et un dragon ont été blessés. Ce sont le brigadier de gendarmerie Georget, de Maubeuge, blessé à la tête par une pierre, le brigadier Léchon, de Landrecies, tombé de cheval, le gendarme Debuire, de Douai. Ils ont été transportés à l'hôpital avec le brigadier Victor Gay, des dragons, tombé de cheval. Un grand nombre de gendarmes, d'officiers et de soldats sont contusionnés. Une vingtaine de grévistes, d'autre part, ont reçu des blessures légères. Contrairement au bruit qui avait couru, il n'y a eu aucun mort.

Le Matin – 3 mai 1910


EN BREF

Suisse Une exécution à Lucerne - Lucerne, 2 mai. Ce matin a été exécuté le nommé Mathieu Muff, qui dans la semaine de Noël, à Ruswil, près de Lucerne, a assassiné le fermier Bisang, sa femme et deux domestiques pour voler, puis a incendié la maison. Malgré tous les efforts de son défenseur, Muff s'était obstinément refusé à adresser aucun recours en grâce. Il a simplement supplié qu'on lui laissât la paix pour le temps si court qui lui restait avant de passer la tête sous le couperet de la guillotine lucernoise. Si Muff avait demandé sa grâce, le grand conseil lucernois lui eût certainement changé sa peine en celle de la prison a perpétuité. Muff a écrit une dernière et touchante lettre d'adieux à sa malheureuse femme pour lui demander pardon de l'affreuse calamité qu'il a amassée sur sa tête à elle et celle de ses enfants. Hier soir encore, il reçut une visite de sa femme, visite durant laquelle il pleura abondamment. Puis il s'endormit profondément pour ne se réveiller qu'à deux heures du matin. La nouvelle de l'exécution avait attiré à Lucerne un grand nombre de curieux, mais ils en furent pour leur frais. En effet, la guillotine avait été montée dans un angle de la cour de la prison de façon que des maisons voisines, il fût impossible de rien apercevoir. Le bourreau Mengis et ses deux aides étaient arrivés de Rheinfelden à midi. Vingt personnes ont assisté à l'exécution qui a eu lieu à neuf heures. Parmi ces vingt personnes, il y avait les autorités et des professeurs de l'Université. Le condamné fut courageux jusqu'au dernier moment. Le Petit Parisien – 3 mai 1910

Morte d'émotion — Mme Lamont, garde-barriere du passage à niveau de la rue d'Aire, à Lille, avait, avant-hier soir, arraché, à la mort un malheureux vieillard qu'un express allait broyer. La locomotive avait frôlé la courageuse femme qui fut vivement félicitée. Dans la nuit, M. Lamont, qui avait terminé son service, rentrait chez lui pour se reposer. Avec effroi, il s'aperçut que sa femme était morte subitement en plein sommeil, ayant à ses côtés sa petite fille qui dormait encore, inconsciente, près du cadavre. Journal des débats politiques et littéraires - 3 mai 1910

Courses mouvementées — A Marseille, la journée de courses au parc Borely, hier, a été des plus mouvementées. Le public a manifesté contre le starter, a envahi le pesage pour demander l'annulation de la course. La Société des courses ayant opposé une fin de non-recevoir, le tumulte augmenta. On tendit des cordes en travers des pistes pour empêcher les courses suivantes. La police dut intervenir pour refouler les manifestants. Le starter fut changé. L'effervescence se calma jusqu'à la dernière course où de nouveaux incidents se produisirent à cause d'un cheval qui galopa dans une course de trot. Enfin tout rentra dans l'ordre. Journal des débats politiques et littéraires - 3 mai 1910

Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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