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22 juin 10

Les actualités du 22 juin 1910

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Le Meeting de Rouen

Bathiat meeting de Rouen 1910

Le meeting de Rouen est un grand meeting, et il l'est effectivement. Les rues sont pavoisées. La ville est en fête. Toute la Normandie y pérore ou y boit, les rues vivent une animation considérable. Les automobiles passent et repassent sur les quais, sur les places. Les autos-taxis, venus de Paris, s'alignent à partir de midi: L'exode commence. Une route superbe conduit au champ d'aviation.

Ce champ d'aviation est installé avec goût et heureusement disposé. Des tribunes mondaines, le spectateur voit devant lui un décor admirable de collines où les bois et les prairies alternent. Rouen se devine dans le fond de la vallée, ses fumées montent et ses merveilleuses cathédrales élancent vers le ciel leur prière de pierre. Comme piste d'aviation, celle d'ici, qu'on a baptisée d'un nom charmant, est excellente. Il n'en est guère de meilleure. Le programme et ses résultats égalent le décor.

Bien que le temps fût couvert; que le vent fût violent; les aviateurs dont l'assurance et l'intrépidité croissent chaque jour, ont multiplié les prouesses. La grande foule est venue trop tard. Elle eut tort, car pas un instant l'intérêt n'a langui. On eut même, vers quatre heures, la forte émotion. C'est au biplan Brégùet et à son pilote, Bathiat, que nous l'avons due.

Le biplan de Bréguet est remarquable: sa silhouette est mécanique, nette, robuste. Il ne ressemble pas aux appareils auxquels nos yeux se sont habitués. Il à des allures de gros insecte, d'un gros insecte étrange avec des ailes épaisses, où brillent les reflets de ses garnitures d'aluminium et avec son fuseau métallique, allongé et joli. Il débutait d'ailleurs. Mais on savait qu'aux essais il avait donné de brillants résultats, récompense méritée des efforts de son charmant, obstiné et courageux inventeur, M. Louis Bréguet. L'aéroplane vole magnifiquement. Il tient l'air avec beaucoup d autorité, se manie avec beaucoup d'aisance et obéit avec une rare docilité. Il est vite, extrêmement vite, très beau dans son vol, dans le décor superbe par l'ampleur et ravissant par le détail des hauteurs où verdoient les forêts de Roumare et de Bois-Guillaume.

Hélas notre admiration devait être courte. Léon Bathiat, qui le pilotait et qui le pilote avec une vraie maestria, venait de commencer son quatrième tour. Il volait à trente ou trente-cinq mètres de haut, quand, soudain; à hauteur des tribunes, son appareil piquait du nez et descendait vers le sol à une vitesse vertigineuse. Ce fut si subit, si vraiment effrayant, que pas un cri ne s'éleva. Pétrifié, on assista à la courte lutte de l'homme contre la catastrophe, tirant désespérément sur l'équilibreur pour relever l'appareil et le ramener à l'horizontale. En vain, car l'aéroplane touchait terre, capotait, roulait plié, tordu, brisé, tandis que Bathiat était, par la secousse, lancé à huit mètres en avant.

On le crut mort. A peine tombé, Bathiat bondissait sur ses pieds, courait vers son appareil, en faisant signe qu'il n'avait rien ou presque rien, qu'une légère blessure au menton, dés éraflures aux jambes. Un verre de calvados, quelques tapes amicales sur l'épaule et les ovations du public eurent vite fait de remettre Bathiat de l'émotion que nous avions eue. Vieille gloire des pistes cyclistes, adroit conducteur d'automobiles, qui par trois fois déjà cabriola vertigineusement, Bathiat eut, en quittant le bureau du comité, un mot touchant.

Près de la porte, désolé de l'accident qui venait, en une seconde, de détruire son œuvre et d'anéantir toutes ses espérances de victoire et de gloire, Louis Bréguet se tenait pâle et émouvant. Bathiat l'aperçoit, voit sa douleur, s'approche et puis, dans un geste qui semblait dire ''Vous savez, ce n'est pas de ma faute'' il ajouta, en lui tendant la main ''Je suis désolé, pardon''.

L'heure la plus belle de la journée fut la dernière. Quatorze appareils volaient ensemble dans le ciel Latham, Hanriot, Audemars, Morane, Cattaneo, Dubonnet, en monoplans, Dickson, Bruneau de Laborie, Chavez, Mme de Laroche, Effimoff, Verstraeten, Paillette et Christiaens en biplans. Le ciel en était peuplé, et ils étaient admirables, au-dessus de la vallée d'où montaient des fumées paresseuses, et au-dessus de la colline, glissant dans le bleu infiniment pâle de l'horizon.

Tant d'aviateurs dans les airs a failli provoquer un grave accident. Morane, gêné par les tourbillons de Latham et de Paillette, a manqué de capoter. Il s'est miraculeusement, et grâce à une adresse incroyable, sauvé d'une situation critique. Il est allé tomber hors de la piste, presque dans le public, qui, à son ébahissement le plus profond, vit descendre de l'appareil l'aviateur Morane, puis MM. le lieutenant de Mas-Lastrie et M. de Lafreté, qu'il avait emmenés comme passagers.

Les plus étourdissants pilotes du meeting sont Cattaneo, d'une témérité affolante Dickson, d'une sûreté incomparable Audemars, étourdissant sur sa minuscule demoiselle, infernale mouche d'or et Bruneau de Laborie, qui conduit avec l'habileté, la franchise et l'audace d'un vétéran. Mme de Laroche a fait un vol superbe; elle a volé haut et s'est comportée, au milieu de l'essaim tourbillonnant des aviateurs, avec un courage et une virtuosité qui lui ont valu les acclamations et les applaudissements de la foule. Commencés à deux heures de l'après-midi, les vols ont cessé à huit heures.

Aujourd'hui sera disputé le prix du vol plané. C'est une des épreuves les plus intéressantes du meeting. Il s'agit, pour l'aviateur, de parcourir les plus grandes distances dans les conditions que voici Au moment où il franchit une ligne fixée, il coupe l'allumage et descend sur son élan pour aller loin. Il doit donc aller haut, et je ne connais rien de plus joli et de plus impressionnant que cette plongée de l'homme vers la terre.

Le Figaro – 22 juin 1910


EN BREF

Pour venger un gamin giflé, la foule saccage un débit - La nuit dernière, un enfant de treize ans, Louis Jouin, s'amusait à faire partir des pétards devant la terrasse du café tenu par M. Maurice Maupin, 1, rue Brise-Echalas, à Saint-Denis. Un des consommateurs fut atteint par une de ces pièces d'artifice. Furieux, le patron de l'établissement administra au gamin une vigoureuse paire de gifles. Le bambin rentra au logis paternel en pleurant à chaudes larmes. Les parents appelèrent, aussitôt, un médecin. Soit que la correction eut été excessive, soit que l'émotion eût donné la fièvre au pauvre petit, le praticien jugea qu'il était nécessaire de le transporter à l'hôpital de Saint-Denis, et il requit, a cette fin, un brancard au poste de police. A cette vue, une foule hostile, d'instant en instant grossissante, s'amassa devant le café Maupin : elle était d'autant plus irritée que des gens se disant bien informés annonçait à qui voulait l'entendre la mort de l'enfant. Cette nouvelle était d'ailleurs complètement erronée. Les manifestants commencèrent par exhaler leur colère en cris et en injures. Mais à un certain moment, M. Maupin étant sorti pour fermer sa boutique, ils se ruèrent à sa suite dans le débit, brisant tout, les portes, les fenêtres, les bouteilles, les verres, le comptoir et, pour couronner le tout, mettant au pillage le tiroir-caisse où se trouvait une somme de 450 francs. Afin d'échapper à ses ennemis, M. Maupin se réfugia en toute hâte au premier étage. Déjà, les plus exaltés se disposaient à l'y suivre et quelques-uns parlèrent même de le ligoter et de le jeter dans le canal. Mais des agents survinrent. Ils réussirent à refouler ces forcenés. Cependant, d'autres manifestants, restés dehors, arrachaient les fusains de sa terrasse emportaient des piles de chaises et allaient précipiter le tout à l'eau. Enfin, la foule calmée par ses excès mêmes se dispersa. Le Petit Parisien – 22 juin 1910

Autophobes — M. Carlos, rentier, boulevard Malesherbes, revenait hier en automobile de Fontenay-sous-Bois avec sa femme et M. Leguizamon, attaché à la légation argentine, lorsqu'en passant rue de Lagny, à Vincennes, son chauffeur, pour éviter un enfant qui traversait la chaussée, donna un brusque coup de volant. La voiture fit une embardée et alla serrer contre un réverbère M. Victor Dupont, qui fut légèrement blessé. M. Carlos lui offrit de le ramener chez lui et de l'indemniser. Mais un attroupement se forma, et bientôt quelques énergumènes se jetèrent sur l'automobile, brisant le radiateur et endommageant le capot. Un mauvais parti allait être fait aux automobilistes. Heureusement des gardiens de la paix parvinrent à dissiper le rassemblement et arrêtèrent deux des plus acharnés autophobes, Lucien Percial, mécanicien, et René Courtret. Le Temps – 22 juin 1910


Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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