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23 juin 10

Les actualités du 23 juin 1910

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Émouvantes funérailles à Calais pour les 27 victimes du Pluviôse

Funerailles pluviose

Calais, 22 juin. Le temps est triste et sombre, le ciel voilé de nuages que chasse un vent froid un vrai temps de deuil. A peine réveillée, la ville reprend les derniers préparatifs. L'animation croit d'instant en instant, les rues venant de la gare regorgent de visiteurs membres de sociétés, corps constitués des villes voisines, groupements militaires, venant prendre part au cortège. On croise à chaque instant des gens porteurs de magnifiques couronnes qu'on va déposer sur les cercueils. Les rues que suivra le cortège ont été sablées, les becs de gaz voilés de crêpe. Tous les ateliers et bureaux sont fermés. Les commerçants baisseront leurs devantures à midi.

Hier soir, à dix heures, les 27 cercueils ont été transportés du hangar aux sucres où avait été installée la chapelle ardente à la mairie. Les bières ont été placées sur des fourgons funèbres recouverts d'un drap noir et le cortège s'est dirigé par les rues de Calais jusqu'à l'Hôtel de Ville. A une heure du matin, les corps étaient installés sous leur nouvelle chapelle ardente de l'Hôtel de Ville, installée dans le grand vestibule. L'ensemble de la chapelle est très harmonieux. La mairie a reçu une décoration des plus somptueuses. La façade a été tendue de draperies noires lamées d'argent aux écussons tricolores. La chapelle ardente est splendide, partout des couronnes, des palmes, des fleurs.

A dix heures et demie, une compagnie du 8e d'infanterie et un escadron du 27e dragons prennent position sur la place de la Gare Centrale. La pluie commence à tomber. A 11 h. 49 arrivent les délégations, de la Chambre et du Sénat conduites par M. Hennion, directeur de la Sûreté générale, le préfet du Pas-de-Calais et le sous-préfet de Boulogne. On remarque tout particulièrement MM. Ribot, Tournade, Etienne. Les présidents de la Chambre et du Sénat sont absents. Sur la place de la gare, les troupes, sous les ordres du général Kremer, rendent les honneurs. A midi 10 les canons tonnent; le soleil commence à paraître tandis que la pluie cesse de tomber. M. Fallières, qui a été reçu par les autorités, se dirige vers sa Daumont dans laquelle il prend place, ayant à sa gauche M. Briant, président du Conseil, et en face de lui M. Ramondou, secrétaire général de la présidence, et M. Salembier, maire de Calais.

Le cortège officiel se dirige, au trot des chevaux, vers la mairie, où doit avoir lieu la levée des corps les lanternes des voitures sont recouvertes de crêpe il en est de même des réverbères qui sont allumés et des drapeaux qui sont disposés en faisceaux de dix mètres en dix mètres. Le cortège présidentiel s'engage sur le quai du Rhin puis parcourt les boulevards Jacquard et La Fayette; celui-ci aboutit à la mairie.

Lorsque le cortège débouche sur la place de la Mairie, où ce trouve l'église Saint-Pierre, le bourdon de l'église sonne le glas et ce triste tintement, alternant avec les coups de canon de la citadelle, jette sur la ville et la foule silencieuses un air d'impressionnante et lugubre mélancolie. La foule est accourue de tous les points de la ville; tout Calais est présent sur les voies du parcours: ouvriers qui portent leur casquette à la main, matelots du port endimanchés, femmes, enfants. La consternation est peinte sur tous les visages. Il en est venu de toutes les villes et des campagnes environnantes et jusque de Paris par des trains spéciaux organisés dans une louable attention par la Compagnie du Nord. Toute cette foule se presse derrière la haie unique de soldats et garde un silence impressionnant.

Toutes les maisons sont ornées de drapeaux en berne - non seulement sur les voies du parcours, mais encore dans les rues les plus éloignées et les plus humbles. Les fenêtres sont noires de monde. On remarque qu'un grand nombre d'habitants ont revêtu leur bras d'un crêpe. Une pluie fine commence à tomber quand le cortège arrive à l'Hôtel de Ville qui disparait sous des tentures noires lamées d'argent. Le président de la République, suivi par le président du Conseil, les ministres de la marine et de la guerre, leurs sous-secrétaires d'Etat, tous les attachés navals en grand uniforme, se découvre devant les cercueils tous recouverts du drapeau tricolore. Le chef de l'Etat s'incline ensuite profondément devant les membres des familles des victimes, qui se tiennent aux côtés de chaque cercueil et dont plusieurs ne peuvent retenir leurs sanglots.

La levée des corps s'effectue. Les vingt-sept cercueils sont, un par un, portés sur des prolonges d'artillerie par huit-artilleurs. L'un des soldats montant la garde d'honneur dans la chapelle ardente est pris d'une syncope. Il est aussitôt conduit dans une maison voisine où il ne tarde pas à recouvrer ses sens. Il demande alors à reprendre son poste avec tant d'insistance qu'on est obligé de lui donner satisfaction.

Sur la place de l'Hôtêl-de-Ville, bien qu'il y ait plus d'un millier de personnes, il règne un silence religieux. On entend seulement le bourdon de l'église contiguë, l'église Saint-Pierre qui sonne le glas.Tous les-hommes sont tête nue, malgré la pluie qui recommence à tomber. Beaucoup pleurent des femmes sanglotent. Un sentiment de compassion et d'affliction étreint tous les assistants. Il est impossible de traduire l'impression d'oppressante tristesse qui se dégage de l'émouvante cérémonie.

II est une heure quand le cortège se met marche devant la mairie, pour se rendre à la cathédrale. Une foule éhonne est massée, tout autour de l'immense place. Les prolonges d'artillerie sur lesquelles reposent les cercueils des marins du Pluviôse viennent en tête. Celles qui portent les dépouilles mortelles de l'enseigne de vaisseau Engel, du commandant CaIIot et du commandant Prat, sont a la fin du convoi; sur les trois derniers cercueils, on aperçoit les uniformes des infortunés officiers du Pluviôse. En tête du-cortège vient M. Fallières, la tête couverte. Sur le passage du cortège, les officiers saluent, de leur épée. La foule observe la plus respectueuse attitude.

Il est une heure quarante-cinq lorsque le cortège arrive à la Place d'armes où la foule est encore plus dense. Toutes les fenêtres, les balcons, sont noirs de monde. Sur la tour du guetteur même, il y a des curieux. Le soleil se montre enfin. A deux heures exactement, la tête du cortège arrive devant la cathédrale. Sur le seuil, Mgr Williez, évêque d'Arras, entouré de son clergé, se tient tête nue. Un à un, les affûts sont débarrassés de leurs précieuses dépouilles, que recouvre Le pavillon aux trois couleurs, et pénètrent dans l'église.

La cérémonie religieuse, très imposante, dure exactement trente-cinq minutes. Il est deux heures quarante-cinq quand le cortège, complètement désorganisé, se remet en marche pour se diriger vers le hangar des sucres. La marche est trop précipitée ; elle étonne tous les assistants. Enfi, à trois heures, on arrive au hangar où se trouve la chapelle ardente, le soleil brille radieusement. Les discours terminés, le Président de la République remet la croix de ia Légion d'honneur au docteur Savidan et au capitaine Lemonnier, commandant la gabare la Girafe.

La cérémonie est terminée, il est trois heures et demie. Alors,un spectacle émouvant se produit. Les troupes défilent sur le quai de la Colonne devant l'épave du Pluviôse qui émerge à peine. M. Fallières se dirige alors vers la gare et, à 3 h. 45, le train part de Calais-Maritime. C'est fini, la foule s'écoule lentement.

Le Presse – 23 juin 1910


EN BREF

La tsarine caricaturiste - On ignore probablement que la tsarine Alexandra-Feodorovna, épouse de Nicolas II, est une caricaturiste distinguée et que sa plume et son crayon produisent des dessins pleins d'imagination et d'humour. Lorsque l'impératrice de Russie n'était encore que la princesse de Hesse, son goût pour la caricature faillit lui jouer un mauvais tour et lui aliéner celui qui devait être son. époux. Un soir, en effet, elle se plut à tracer sur une carte de menu le portrait peu flatté du personnage royal qui sollicitait sa main et pendant un moment le jeune homme en manifesta quelque mécontentement. Dans l'entourage de la tsarine, on affirme qu'elle possède une sûreté de main tout à fait étonnante et qu'elle sait en quelques coups de crayon saisir et caractériser une ressemblance quelconque d'une façon merveilleuse. Elle est douée d'un esprit d'observation très aiguisé, et elle excelle à retracer les drôleries de la vie politique et sociale. Sous le titre "Livre des rois et des princes", elle a formé un album ou sont caricaturés tous les puissants du monde, rois et reines, princes et princesses. Personne ! n'est épargné. Inutile de dire que ce livré rare où les sujets sont traités de la façon la plus réjouissante n'a pas été publié. La tsarine toutefois ne se borne pas à la caricature, elle a abordé le portrait et a fait de ses enfants des reproductions fort réussies et fort ressemblantes. La Presse – 23 juin 1910

Les fêtes de nuit du jardin de Paris -Si en tout temps, le Jardin de Paris est le rendez-vous de toutes les notabilités parisiennes et étrangères, c'est surtout durant la Grande Semaine qu'il prend un aspect des plus extraordinaires. On sait que, chaque année, pendant cette brillante période M. Oller organise dans son superbe établissement, à l'occasion des grandes épreuves hippiques, des fêtes de nuit qui sont célèbres par l'affluence qu'elles attirent. A ce point de vue la Fête du Grand Steeple, dimanche dernier, fut réussie en tous points et rarement on vit solennité plus brillante et plus joyeuse. Voila qui nous promet de belles chambrées pour demain vendredi à la soirée de Gala des Drags et pour dimanche à la Fête de nuit du Grand Prix qu'agrémentera un magnifique feu d'artifice. La Journée des Drags, la plus aristocratique et la plus élégante réunit dans le ravissant pesage d'Auteuil l'élite de toutes les notabilités et nulle solennité n'a un pareil cachet d'élégance. Et le véritable tournoi de luxe auquel se livreront demain, à Auteuil, les plus jolies de nos parisiennes, se continuera le soir même au Jardin de Paris, où on verra, reproduits par le Cinéma-Eclipse. le défilé des Mails, leur arrivée à Auteuil, l'aspect du pesage et le Prix des Drags. De même, dimanche prochain, on verra le Grand Prix auquel assisteront le président Fallieres et le roi de Bulgarie. Le programme du Jardin de Paris, élaboré par M. Ollar, avec son habituelle habileté, comprend actuellement des attractions de la plus amusante diversité. Au concert, gros succès pour la gracieuse danseuse Pomponnette; puis on applaudit Mlle Daurelly, une fine et spirituelle diseuse ; La Tostiana, Barnes et Irène West, des Américains d'une étonnante agilité ; les Malagenitas, d'alertes danseuses espagnoles, etc. Dans le Cirque on fait fête à la toute charmante Eve de Clerc, une écuyère de haute école et de la bonne école, dont la science du cheval fait l'admiration de tous les connaisseurs ; puis voici les Luttes Aériennes, un désopilant numéro sportif et encore M. Renoldi, dont les exercices équestres accomplis avec une impeccable correction lui valent de chaleureux bravos. Le Jardin de Paris réserve, comme on voit, de belles soirées à son élégant public ; avec de tels éléments, il y aura foule dans le joyeux établissement des Champs-Elysées et vendredi et dimanche. La Presse – 23 juin 1910


Posté par Ichtos à 15:30 - A la une de la presse il y a 1 siècle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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